EXTRAITS
•' Quam pulchra tabernacula taa, Jacob^ et lentoria tua, Israël !
Que vos tentes sont belles, ô enfants de Jacob ! que vos pavillons, ô Israélites, sont merveilleux I Cesl ce que ditBalaam, inspiré de Diea. à la vue du camp d'Israël dans le déserl.{Au livre des Nombres, XXIV, 1, 2, 3,5.)
Messeigneurs,
Cest sans doute un grand spectacle de voir l'Église chrétienne figurée dans les anciens Israélites ; la voir, dis-je, sortie de TÉgypte et des ténèbres de Tidolâtrie, cherchant la Terre promise à travers d'un désert immense 2 où elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables brûlants ; nulle terre, nulle culture, nul fruit; une sécheresse effroyable ; nul pain qu'il ne Ini faille envoyer du ciel; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d'une roche ; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce. Mais ce n'est pas ce qu'elle a de plus surprenant. Dans l'horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis, ne marchant jamais qu'en bataille, ne logeant que sous des tentes, toujours prête à déloger et à combattre ; étrangère que rien n'attache, que rien ne contente, qui regarde tout en passant sans vouloir jamais s'arrêter, heureuse néanmoins dans cet état, tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage, qu'à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l'image de l'Église pendant qu'elle voyage sur la terre. Balaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze
1. Ce titre n'est pas dans l'édition originale ; mais il traduit bien Tidéa maîtresse du discours. — 2. A travers Se. Grammaire : Préposition»
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tribus rangées sous leurs étendards ; Dieu, son chef invisible, au milieu d'elle ; Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l'Église sous l'autorité de Moïse souverain législateur et figure de Jésus- Christ : le sacerdoce étroitement uni avec la magistrature, tout en paix par le concours de ces deux puissances ; Coré et ses sectateurs, ennemis de l'ordre et de la paix, engloutis à la vue de tout le peuple dans la terre soudainement entr'ouverte sous leurîs pieds et ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spectacle ! quelle assemblée ! quelle beauté de l'Église ! Du haut d'une montagne, Balaam la voit tout entière ; et au lieu de la maudire, comme on l'y voulait \>ntraindre S il la bénit. On le détourne, on espère lui eh cacher la beauté en lui montrant ce grand corps par un coin d'où il ne puisse en découvrir qu'une partie ; et il n'est pas moins transporté, parce qu'il voit cette partie dans le tout avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit Tune avec l'autre*. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère, il est hors de lui, et ravi en admiration ^ il s'écrie : Quam pulchra tabernacula lua, Jacob, et tentoria tua, Israël ! Que vous êtes admirables sous vos tentes, enfants de Jacob ! quel ordre dans votre camp ! quelle merveilleuse beauté paraît dans ces pavillons si sagement arrangés ; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie I
Il n'est pas possible, mes Frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de TÉglise universelle se présente à vous. C'est l'Église gallicane, qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ, Église renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats^ que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l'ordre qu'ils en ont reçu du Ciel. C'est en leur nom
1. Balac, roi des Madianites, Pavait fait venir pour cela. — 2. As.<orlit avec. Grammaire : Préposition et verbe. — 3. Ravi en admiration. Gramlaaire : Préposilion, — 4. Trente-six prélats et trente-huit ecclésiastiques, qui étaient censés représenter toutes les provinces
SERMON SUR l'UNITÉ DE l'ÉGLISE 998
que je vous parle ; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Église gallicane, pleine de science et de vertu I mais qu'elle est belle dans son tout qui est l'Église catholique, et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie à son chef, c'est-à-dire au successeur de saint Pierre ! 0 î que cette union ne soit point troublée 1 que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite I Esprit saint, Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison * affermissez-y la paix. La paix est l'objet de cette assemblée : au moindre bruit de division, nous accourons effrayés pour unir partaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef *^ét les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave..,
[L'orateur montrera que l'Église est belle et une dans son tout ; qu'elle est belle et une en chaque membre ; qu'elle est belle et une d'une beauté et d'une unité durable.]
PREMIER POINT
[L'unité de TÉglise tient à la primauté de Pierre choisi par Jésus pour la fonder. Paul lui-même lui a été soumis.]
... Mais une autre faute ^ de Pierre donne une autre leçon à toute l'Église. Il en avaJt déjà pris le gouvernement en main quand sainlVPaul lui dit en face qu'il ne marchait pas droiîemenî selon l'Évangile*, parce qu'en s'éloignant trop des Gentils^ convertis, il mettait quelque espèce de division dans TÉglise. Il ne manquait pas dans la foi, mais dans la conduite; je le sais, les anciens l'ont dit, et il est certain ^ mais enfin saint Paul faisait voir à un si grand apôtre qu'il manquait dans la conduite^; et encore que cette faute lui fût commune avec Jacques, il ne s'en prend pas à Jacques, mais à Pierre qui était chargé du gouvernement; et il écrit la faute de Pierre dans une
1. Psalm., CXXXII, 1, etLXVII, 7,-2. CVie/. Lex. -- 3. Il avait commis la première en reniant son maître. — 4. II Galat., II, H, 14. —6. Païens
— 9. // est certain. Grammaire • Pronom. — 7. Conduite. LeZ. - • • •
Épître* qu'on devait lire éternellement dans toutes les Églises avec le respect qu'on doit à l'autorité divine; et Pierre, qui le voit, ne s'en fâche pas, et Paul, qui l'écrit, ne craint pas qu'on l'accuse d'être vain ^ : âmes célestes, qui ne sont touchées que du bien commun, qui écrivent, qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce qu'ils croient inutile à la conversion des Gentils et à l'instruction de la postérité ! Il fallait que dans un pontife aussi éminent que saint Pierre, les Pontifes ses successeurs apprissent à prêter l'oreille à leurs inférieurs, lorsque, beaucoup moindres que saint Paul et dans de moindres sujets, ils leur parleraient avec moins de forcé, mais toujours avec le même dessein de pacifier l'Église. Voilà ce que saint Cyprien, saint Augustin et les autres Pères ont remarqué dans cet exemple de saint Pierre. Admirons, après ces grands hommes, dans l'humilité l'ornement le plus nécessaire des grandes places; et quelque chose de plus vénérable dans la modestie que dans tous les autres dons ; et le monde plus disposé à l'obéissance quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison ; et Pierre qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend.
Suivons^; ne vous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire nous oblige aujourd'hui de vous prêcher. On veut de la morale dans les sermons, et on a raison pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je vous prêche, je vou^. le dis^ est un grand mystère en Jésus-Christ et en son rL'gtise ^, et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix, dans Tobéissance et dans l'unité catholique.
Vous avez vu cette unité dans le Saint-Siège; la voulez-vous voir dant tout l'ordre et dans tout le collège épiscopal? Mais c'est encore en saint Pierre qu'elle doit paraître, et encore dans ces paroles : Tout ce que tu lieras sera liéy tout ce que tu délieras sera délié ^. Tous les papes et tous les saints Pères l'ont enseigné d'un commun accord.
1. L'épïlre aux Galates — 2. Vain. Lax. ^ 3. Suivons. Lex. — 4. Eph€$.\ V, 3«. -- 5. Matlh., XVI, 19.
SERMON SUR l'uNITÉ DE l'ÉGLISE 396
Oui, mes Frères, ces grandes paroles où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évêques, puisque la force de leur ministère consiste à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire et comme le dernier sceau de la prédication que Jésus-Christ leur a confiée; et vous voyez en passant tout Tordre de la juridiction ecclésiastique. Cest pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : Tout ce que lu lieras sera lié, tout ce que îu délieras sera délié, a dit la même chose à tous \^f apôtres, et leur a dit encore : Tous ceux dont vous remettriez les péchés^ ils leur seront remis; et tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus ^ Qu'est-ce que lier, sinon retenir, et qu'estce que délier, sinon remettre ? Et le même qui donne à Pierre cette puissance, la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres. Comme mon Père m'a envoyé, ainsi, dit-il, je vous envoie^; on ne peut voir ni une puissance mieux établie, ni une mission plus immédiate. Aussi souffle-t-il également sur tous; il répand sur tous le même Esprit avec ce souffle, en leur disant : Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous remettrez les péchés, ils seront remis ^, et le reste que nous avons récité^. C'était» donc manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs. Mais la suite ne renverse pas le commencement, et le premier ^ ne perd pas sa place. Cette première parole : Tout ce que tu lieras, dite à un seul, h Cféjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : Tout ce que vous remettrez \ caries promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons, sont sans repentance ^, et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement est irrévocable; outre que la puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage, au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous, et sans exception, emporte la plénitude, et n'ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens
1. Mallh,, XVIII, 18. —2. Joan., XX, 21. — 3. Joan.. XX, 22. —4. RécUi Lex. — 6. Le premier: Grataimaire : Adjectif. — 6. — Bom.^ XI. 20.
docteurs de Paris que je pourrais ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même voix dans la chaire de saint Pierre la plénitude de la puissance apostolique : c'est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons, c'est-à-dire par les lois communes de toute l'Église, de peur que s'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise ellemême ses propres décrets. Ainsi le mystère est entendu : tous reçoivent la même puissance et tous de la même source, mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue; car Jésus-Christ se communique en telle mesure qu'il lui plaît, et toujours de la manière la plus convenable à établir ^ l'unité de son Église. C'est pourquoi il commence par le premier, et dans ce premier il forme le tout; et lui-même il développe avec ordre ce qu'il a mis dans un seul; eî Pierre^ dit saint Augustin 2, qui dans Vhonneur de sa primauté représentait toute t'Egiise, reçoit aassile premier et le seut d'abord les clefs qui dans la suite devaient être communiquées à tous les autres, afin que nous apprenions, selon la doctrine d'un saint évêque de l'Église gallicane^, que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu'à cor^dition d'être toujours ramenée au principe de son unité; et que tous ceux qui auront à l'exercer, se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire...
... S'il est ainsi, Chrétiens; si les évêques n'ont tous ensemble qu'une même chaire par le rapport essentiel qu'ils ont tous avec la chaire unique où saint Pierre et ses successeurs sont assis : si, en conséquence de cette doctrine, ils doivent tous agir dans l'esprit de l'unité catholique, en sorte que chaque évêque ne dise rien, ne fasse rien, ne pense rien qu» l'Église universelle ne puisse avouer : que doit attendre l'univers d'une assemblée de tant d'évêques? M'est-il permis, Messeigneurs, de vous adresser la parole, à vous de qui je la tiens aujourd'hui^ mais^ à vous qui êtes mes juges et les interprètes de la^ volonté divine? Ha! sans doute, puisque c'est vous qui
1. Convenable à établir. Grammaire: Préposition. — 2. Tr. ait. in. Joan. hv. — 3. CÉ9AIRE d'Arles {Epist. ad Symm.). — 4. Mais. Grammaire : Ad' verb€. . 3