I. — Esprit de rexposition
Après plus d'un demi-siècle de contestations avec messieurs de la religion prétendue réformée, les matières
dont ils ont fait le sujet de leur rupture doivent être éclaircies, et les esprits disposés à concevoir les sentiments de rÉglise catholique. Ainsi il semble qu'on ne puisse mieux faire que de les proposer simplement, et de les bien distinguer de«ceux qui lui ont été faussement imputés. En effet, j'ai remarqué, en différentes occasions, que l'aversion que ces messieurs ont pour la plupart de nos sentiments est attachée aux fausses idées qu'ils en ont conçues, et souvent, à certains mots qui les choquent tellement que, s'y arrêtant d'abord, ils ne viennent jamais à considérer le fond des choses. C'est pourquoi j'ai cru que rien ne leur pourrait être plus utile que de leur expliquer ce que l'Église a défini dans le concile de Trente, touchant les matières qui les éloignent le plus de nous, sans m'arrêter à ce qu'ils sont accoutumés d'objecter aux docteurs particuliers, ou contre les choses qui ne sont ni nécessairement ni universellement reçues. Car tout le monde convient, et M. Daillé^ même, que:« c'est une chose déraisonnable d'imputer les sentiments des particuliers à un corps entier » ; et il ajoute qu'on ne peut se séparer, que pour des articles établis authentiquement, à la croyance et observation desquels toutes sortes de personnes sont obligées. Je ne m'arrêterai donc qu'aux décrets du concile de Trente, puisque c'est là que TÉglise a parlé décisivement sur les matières dont il s'agit. Et ce que je dirai pour faire mieux entendre ces décisions est approuvé dans la même Église et paraîtra manifestement conforme à la doctrine de ce saint concile.
Cette exposition de notre doctrine produira deux bons effets : le premier que plusieurs disputes s'évanouiront tout à fait, parce qu'on reconnaîtra qu'elles sont fondées sur de fausses explications de notre croyance ; le second, que les disputes qui resteront ne paraîtront pas, selon les principes des prétendus réformés, si capitales qu'ils ont voulu d'abord le faire croire ; et que, selon ces mêmes principes, elles n'ont rien qui blesse les fondements de la foi.
1. Ministre protestant, d*un esprit très élevé, et d'une grande étendue de savoir.
EXPOSITION DE LA DOCTRINE DE l'ÉGLISE CATHOLIQUE 407
Voici ce que dit un bon juge, M. Rébelliau, de cette Exposition de la foi catholique : « Ce livre, si séduisant dans sa simplicité ferme et modeste eut un effet immense. Les docteurs protestants ne voulurent pas même attendre pour le réfuter qu'il fût paru. Mais leurs réponses trahissent leur embarras. Tantôt ils se demandent si ce n'est pa*s Bossuet qui vient à eux, qui abandonne les sentiments de son Eglise et entre dans ceux dfes Réformés. Tantôt ils sont tout près d'avouer que si vraiment l'Eglise était telle que Bossuet la peignait, les protestants de bonne foi n'auraient plus qu'à s'y rallier. Mais ils préfèrent le plus souvent accuser l'avocat de Rome d'adoucissements hypocrites, de dissimulations peu honnêtes, et ils le défient d'obtenir pour cette infidèle déclaration de la créance catholique l'approbation du Saint-Siège. Elle vint pourtant, cette approbation romaine, et alors il ne resta plus guère aux calvinistes qu'à ..contester sérieusement, comme Bayle le faisait par plaisanterie^ la- valeur du bref d'un pape « si suspect de jansénisme C[ue les Jésuites font prier Dieu pour lui dans les couvents de religieuses ». La vérité, est gue le protestantisme n avait jamais été attaqué d'une façon plus sensible, et si, à partir de 1670, il y eut, surtout dans la société cultivée, d'assez nombreuses conversions, l'Exposition y fut vraisemblablement pour beaucoup (1). »
§ 3. •— Conférence avec le ministre Claude (1682).
Mlle de Duras, protestante de marque, désirait passer à l'Église catholique, mais elle avait une difficulté sur la notion d'Église et elle désira entendre Bossuet et le ministre Claude discuter sur ce sujet. Elle espérait que ces deux docteurs, révérés chacun dans leur confession, diraient les paroles décisives.
Bossuet accepta la conférence avec joie. Après avoir dissipé les préjugés qui éloignaient les protestants, il devenait néces-^ saire de leur montrer où était la véritable Église et à quelles marques on pouvait la reconnaître. Claude était dans les mêmes sentiments; il allait à la conférence avec une joie égale et une égale confiance.
La discussion fut vive et parfois dramatique. Bossuet se sentit plusieurs fois ébranlé par les arguments de son adversaire. Mais la conclusion fut telle qu'il l'avait désirée. Une idée se dégageait l la discussion et s'imposait : l'Église est la force vivante ei visible qui fait l'unité spirituelle des chrétiens ; on est chrétien par l'adhésion à TÉglise une et on ne peut être chrétien sans adhérer à cette Église.
Bossuet et Claude publièrent tous deux une relation de cette conférence; les deux récits diffèrent dans le ton et dans les détails; chacun des deux adversaires se donne le beau rôle; mais sur le fond, sur la conclusion de Tentretien, ils sont d'accord.
RÉBELLIAU, Bo55u«f (Hachette, éditeur), pp. 64-65.
Voici une page de la préface de la relation de Bossuet. On remarquera le bon sens et la modération du controversiste.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE, MINISTRE DE CHARENTON, SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
AVERTISSEMENT
Je n'avais pas dessein de mettre au jour cette conférence, non plus que les instructions dont elle fut accompagnée. La conférence et les instructions avaient pour but la conversion d'une personne particulière ; et ayant eu leur effet ^, rien n'obligeait à en faire davantage de bruit. Mais comme je n'affectais pas d'en publier le récit, je n'affectais pas non plus de le tenir caché. J'en donnai un exemplaire à Mlle de Duras qui le souhaita : il était juste. Je consentis sans peine qu'on le communiquât à quelques uns de messieurs de la religion prétendue réformée, qui désirèrent de le voir, parce qu'on crut qu'il serait utile à leur instruction. Ce même motif m'a porté à le communiquer à quelques autres de ces messieurs, ou par moimême, ou par des amis interposés. Ainsi il a passé en plusieurs mains...
Après que mon récit se fut répandu, il. en tomba une copie entre les mains de M. Claude, ainsi qu'il le témoigne lui-même ; et il répandit de son côté, avec une Réponse aux Instructions que j'avais donnée à Mlle de Duras, une Relation de notre conférence fort différente de celle-ci. A dire franchement ce que je pense, cette Relation ne fait honneur ni à lui, ni à moi ; nous y tenons tour à tour de longs discours assez languissants, assez traînants, assez peu suivis. Dans la Relation de M. Claude, on y revient souvent d'où on est parti, sans qu'on voie par où on y rentre. Ce n'est pas ainsi que nous agîmes, et notre dispute fut suivie et assez serrée. Dans ces sortes de disputes on s'échauffe naturellement comme dans une espèce de lutte; ainsi la suite est plus animée que ne sont les commencements. On se tâte, pour ainsi dire, l'un l'autre dans les