CONFÉRENCE AVEC LE MINISTRE CLAUDE
premiers coups qu'on se porte : quand on s'est un peu expliqué, quand on croit avoir découvert où chacun met la difficulté, et avoir, pour ainsi parler, senti le faible, tout ce qui suit est plus vif et plus pressant. Si tout cela se trouve aussi naturel dans le récit de M. Claude que dans le mien, le lecteur en jugera. De la manière que le sien est tourné, plusieurs auront peine à croire qu'il n'ait pas été du moins rajusté et raccommodé sur la lecture du mien. Mais je ne veux point m'arrôter à ces réflexions. Tout le monde ne sait pas sentir dans les discours, non plus que dans les tableaux, ce qu'il y a d'original, et, pour ainsi dire, de la première main. Je ne veux non plus employer ici les reproches odieux de mauvaise foi. On ne se souvient pas toujours si exactement, ni de choses qui ont été dites, ni de Tordre dont elles l'ont été ; souvent on confond dans l'esprit ce qu'on a pensé depuis, avec ce qu'on a dit en effet dans la dispute ; et, sans dessein de mentir, il se trouve qu'on altère la vérité. Ce que je dirai de M. Claude, il le pourra dire de moi. Notre conversation s'est faite en particulier, et aucun de nous ne peut produire des témoins indifférents ; ainsi chacun jugera de la vérité de nos récits suivant ses préven'tions.
Je ne prétends point tirer avantage du succès de la conférence, qui fut suivie de la conversion de Mlle de Duras. C'est l'œuvre de Dieu dont il faut lui rendre grâce ; c'est un exemple pour ceux qui se trouvent bien disposés ; mais ce n'est pas un exemple pour des opiniâtres. Les catholiques regarderont ce changement d'une façon, et les prétendus réformés d'une autre. Ainsi quand nous nous mettrons, M. Claude et moi, à soutenir chacun son opinion, il n'en résultera «qu'une dispute, dont le public n'a que faire. Et qu'importe au fond, dira le lecteur, qui des deux ait eu l'avantage ? La cause ne réside pas dans ces deux hommes, qui se montreraient trop vains, et par là même trop peu croyables s'ils voulaient que tout le monde, et leurs amis aussi bien que leurs adversaires, les en crussent également sur leur parole. Dans ces altercations, ce que le sage lecteur peut faire de mieux, c'est de s'attacher au fond des choses, et, sans se soucier des faits personnels considérer la doctrine que chacun avance...