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Fac-»imilé de la première ^{page de l'édition 'originale de V Histoire des ^Variation* det Eglise* Protestantes.
HISTOIRE DES TARIATIONS 411
8 3. — L Histoire des VariaUons. (1688)
Portée ihéologique de VHisloire des Variations, — Bossuet a démontré aux protestants la nécessité d'adhérer à l'Eglise une. Les meilleurs d'entre les ministres, effrayés par l'anarchie ou mène le libre examen, en convenaient. Mais où est la véritable Eglise ? Les protestants affirmaient que l'Eglise catholique ne pouvait pas prétendre à ce titre, parce qu'elle avait changé et qu'elle n'était donc plus l'Eglise de Jésus- Christ.
C'est sur ce point que Bossuet va faire désormais porter l'effort de la controverse. Par le Traité de la Communion sous les deux espèces (1682)» il tache de réfuter le ministre Jurieu qui prétendait que l'Eglise a changé dans l'administration de l'Eucharistie. Puis il élève le débat à un point de généralité qui lui permet d'échapper aux insolubles difficultés de détail et de s'imposer à laAlention de tous les esprits.
Voici la substance de son raisonis^ment. On nous avoue que l'Eglise primitive a eu autrefois le dépôt de la vérité. Elle n'a donc pas changé parce que, si elle avait changé, elle serait tombée dans Terreur. Or, elle est garantie de l'erreur parce qu'elle est infaillible. En effet, la source de notre croyance est dans l'Ecriture. Mais l'Ecriture doit être interprétée par une Eglise infaillible, sans quoi nous aurons bientôt sur les matièi'es de foi autant d'opinions diverses que de docteurs.
Les protestants en sont une preuve vivante. Malgré leurs efforts pour constituer l'unité de foi, malgré leurs synodes et leurs décrets, ils sont dans un état perpétuel de changement. Ils ne peuvent pas établir une Eglise, tandis qu en face d'eux l Eglise catholique garde son unité parce qu'elle est infaillible.
Donc, écrire une Histoire des variations des éjjliscs protestantes, c'est montrer l'impuissance du libre examen à constituer une église, la nécessité d'une Eglise infaillible, la vérité de l'Eglise catholique qui n'a pas changé.
Portée historique de l' «Histoire des variations ». — Cette œuvre de controverse théologique est en même temps une œuvre historique. Bossuet ne nous cache pas qu'il veut démontrer une thèse et qu'il n'est pas neutre : mais nous ne demandons plus à l'historien — comme le faisaient Lucien etFénelon — d'oublier sa personnalité; nous lui demandons la conscience dans la recherche, la loyauté dans l'affirmation, le bon sens dans l'interprétation. Nous savons que la vue qu'il nous donne des choses est limitée par ses « préjugés » et quand nous le lisons, nous opposons notre partialité- à la sienne.
Bossuet est catholique et il veut-démontrer que les réformés sont dans l'erreur. Mais il ne néglige aucune précaution scientifique : par lui-même ou par ses secrétaires, il recourt aux sources : il lit les œuvres des théologiens réformés et les recueils de leurs décisions synodales. Sauf pour l'histoire d'Angleterre et pour l'histoire des Vaudois — où il parait insuffisamment renseigné — son information est à peu près complète.
Quand il interprète les documents, auand il les rapproche et les explique l'un par l'autre, il fait preure d'une psychologie avisée et d'une loyauté absolue. Surtout, il sent la vie de la Réforme et il la fait sentir; son récit est animé d'un mouvement dramatique, rare en ce temps, et
3ue nous n'avons été habitués à trouver que chez les historiens du ix-neuvième et du vingtième siècle.
Pour tous ces motifs, il ne faut pas craindre d'affirmer avec M. Rébelliau *, que Bossuet est un véritable h»siorjen et un grand histo-
1. RÉBELUAU, Bossuet historien du protestantisme (Hachette, éditeur). J. Calvet. — Bossuet. 1*
4li feOSfiUEt
rien. Cependant, pour mettre sous les yeu^x du lecteur les diverses opinions sur ce sujet, je reproduis ici un extrait de la critique que le brillant historien Albert Sorel d faite du livre et du jugement de M. Rébelliau.
« Il n'écrit point une histoire de la Réforme ; il écrit une histoire des variations des Eglises réforinées. Il n'entreprend pas de raconter comment la Réforme est née, comment elle s'est propagée, la cause et les conditions des grands mouvements et des révolutions politiques dont elle est sortie et qu'elle a portées dans l'Europe: l'étudier et la développer ainsi, ce serait, en l'expliquant, lui donner une sorte de raison d'être et l'assimiler tout au moins aux grandes révolutions des anciens empires. Une telle proposition, aux yeux de Bossuet eût été presque blasphématoire...
L'œuvre ainsi conçue est une œuvre de controverse; la controverse y prend la forme historique ; mais les méthodes qu'y emploie Bossuet sont celles de la controverse plutôt que celles de Thistoire proprement dite ..
Il ne faut point lui demander de chercher dans l'Etat, dans l'Eglise, dans la société surtout, dans les institutions et dans les mœurs des causes profondes et générales à la Réforme. Il n'en voit que de partie culières tout intéressées, toutes passionnées et, partant, inépuisables. Pour faire honte aux réformes de leur prétendue réforme, il y rapetisse tout et l'abaisse : les idées, ce ne sont que querelles sur les mots, erreurs sur les textes infidèlement rapportés ou détournés de leur sens, déguiseîhents fourbes, 6opi:)ismes, subtilités, détours, équivoques, artifices de langage et abus de l'esprit humain; les hommes, l'or* gueil seul et la sensualité les animent: l'appétit déréglé de rintelligence humaine pour les nouveautés, Tarrogance, la vanité, l'ostentation, la curiosité Vâine des choses interdites, l'impatience de la règle, pardessus tout l'ambition d' « esprits superbes, pleins de chagrin et a'aigreur» , voilà ce qui les « pousse à tout remuer pour se faire distinguer des autres »; voilà « la dépravation profonde qui les pénètre jus» qu'à la moelle des os ». L*Hisluire des variations est, sous ce rapport, une sorte de commentaire vivant du Traité de la concapiscence.Bossuei en tire toutes ces grandes leçons de misère humaine ou il excelle. Les caractères y sont merveilleusement dessinés, et nulle part, personne n'a mieux montré, ainsi que Nisard l'a si bien dit^ « comment l'intérêt se mêle aux opinions spéculatives, et la passion aux vues de l'iBlelligence, comment les hommes de parti exploitent leurs doctrines t;t en sont dupes ». Mais dans ce cadre de théologie et de prédication, l'histoire demeure toute psychologique; tous les mouvements s'y réduisent à des sophismès dans la pensée, à des intrigues et à des cabales dans l'action...
Les causes et les conditions sociales des réyolutions» les passions nationales qui s'y mêlent^ les grandes transformations de nations et d'Etats qui s'y accomplissent» échappent à Bossuet dans la Réforme, comme elles ïui ont échappé à Rome. Il n'aperçoit dans la Réforme
3u'un égarement de la conscience, il n'y découvre point une révolution ans la conscience. Il rattache la Réforme à la série des éternelles aberrations de l'esprit humain; il n'y discerne point une époque de l'histoire de l'humanité. Enfin, le peuple en est absent; la multitude n'v apparaît qu'en instrument aveugle des hypocrites ou des séditieux qui l'exploitent. Ce qui est pour nous le fond môme et la substance de 1 histoire n'en est pour lui que le cadre ou le décor ^. »
1» Albert Soiucl» Temps du 5 janvier 189S.
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