‹ Œuvres choissiesChapitre 99 sur 232 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

tàéê générale de la religion protettantê et de ses variations.

I. Idée générale de la religion prolestante el de cet oovrage. — Si les prolestants savaient à fond comment s^esl formée leur religion, avec combien de variations et avec quelle inconstance leurs confessions de foi ont été dressées, comment ils se sont séoarés premièrement de nous et puis entre eux ; par comVyfen de subtilités, de détours, et d'équivoques ils ont tâché de réparer leurs divisions, et de rassembler les membres épars de leur réforme désunie ; cette réforme, dont ils se vantent, ne les contenterait guère ; et, pour dire franchement ce que je pense, elle ne leur inspirerait que du mépris. C'est donc ces variations ces subtilités, ces équivoques et ces artifices, dont j'entreprends de faire Thistoire. Mais, afin que ce récit leur soit plus utile, il faut poser quelques principes dont ils ne puissent disconvenir, et que la suite d'un récit, quand on y sera engagé, ne permettrait pas de déduire.

II. Les variations dans la foiy preuves de fausseté. — Lorsque, parmi les chrétiens, on a vu des variations dans l'exposition de la foi, on les a toujours regardées comme une marque de fausseté et d'inconséquence {qu'on me permette ce mot) dans la doctrine exposée. La foi parle simplement: le Saint-Esprit répand des lumières pures, et la vérité qu'il enseigne a un langage toujours uniforme, Pour peu qu'on sache l'histoire de l'Église, on saura qu'elle a opposé à chaque hérésie des explications propres et précises, qu'elle n'a aussi jamais changées; et si l'on prend garde aux expressions par lesquelles elle a condamné les hérétiques, on verra qu'elles vont toujours à attaquer l'erreur dans sa source par la voie la plus courte et la plus droite. C'est pourquoi tout ce qui varie, tout ce qui se charge de termes douteux et enveloppés, a toujours paru suspect, et non seulement frauduleux, mais encore absolument faux, parce qu'il marque un embarras que la vérité ne connaît point...

XVIII. Combien ces variétés dégénèrent de Vancienne sim-' plicité du christianisme. — On sera fatigué, sans doute, en voyant ces variations et tant de fausses subtilités de la nouvelle Réforme, tant de chicanes sur les mots, tant de divers accommodements, tant d'équivoques et d'explications forcées sur lesquelles on les a fondées. Est-ce là, dira-t-on souvent, la religion chrétienne, que les païens ont admirée autrefois comme si simple, si nette et si précise en ses dogmes? Christianam religionem absolutam et simplicem ? Non certainement, ce ne Test pas. Ammien Marcellin * avait raison, quand il disait que Constance *, par tous ses conciles et tous ses symboles, s'était éloigné de cette admirable simplicité, et qu'ii^avait affaibli toute la vigueur de la foi par la crainte perpétuelle qu'il avait de s'être trompé dans ses sentiments.

XIX. Pourquoi il faudra beaucoup parler dans cette histoire de ceux que les protestants appellent les réformateurs. — Encore que mon intention soit ici de représenter les confessions de foi et les autres actes publics où paraissent les variations, non pas des particuliers, mais des Églises entières de la nouvelle Réforme, je ne pourrai m'empêcher de parler en même temps des chefs de parti qui ont dressé ces confessions, ou qui ont donné lieu à ces changements. Ainsi Luther, Mélanchton, Carlostad, Zwingle, Bucer, OEcolampade, Calvin, et les autres, paraîtront souvent sur les rangs ; mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres écrits, et toujours d'auteurs non suspects : de sorte qu'il n'y aura dans tout ce récit aucun fait qui ne soit constant^, et utile à faire entendre^ les variations dont j'écris l'histoire.

XX. Pièces de cette histoire, d'où tirées. Pourquoi il n'y à point d'histoire plus certaine ni plus authentique que celleci. — Pour ce qui regarde les actes publics des protestants, outre leurs confessions de foi et leurs catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans le recueil de Genève ; d'autres dans le livre appelé Concorde, imprimé parles luthériens en 1654 ;

1. Ammien MARCELLm, livre XXI. — 2. Constance (337-361) fit réunir iasqu'à huit conciles pour arriver à une formule de foi qu'il cherchait loujours. — 3. Conslant. Lex. — 4. Entendre. Lez.

d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus réformés, que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du roi ^; d'autres dans V Histoire sacrameniaire, imprimée à Zurich en 160"2, par Hospinien, auteur zwinglien; ou enfin dans d'autres auteurs protestants : en un mot je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable. Au reste, pour le fond des choses, on sait bien de quel avis je suis: car assurément je suis catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Église, et tellement disposé ? que personne ne craint davantage de préférer son sentiment particulier au sentiment universel. Après cela, d'aller l'aire le neutre et l'indifférent à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis quand tout le monde le sait, et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière; mais avec cet aveu sincère, je maintiens^ aux protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance, et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci, puisque dans ce que j'ai à dire contre leurs Eglises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement par leurs propres témoignages.

XXV. Quelles plaintes les protestants pourront faire et combien vaines. — Je ne crains ici qu'une chose, c'est s'il m'est permis de le dire, de faire trop voir à nos frères le faible de leur réforme. Il y en aura parmi eux qui s'aigriront contre nous plutôt que de se calmer en voyant dans leur religion un tort si visible: quoique, hélas! je ne songe point à leur imputer le malheur de 1 ur naissance, et que je les plaigne eiieore plus que je ne les blâme. Mais ils ne laisseront pas de s'élever contre nous. Que de récriminations prépare-t-on contre l'Église, et que de reproches peut-être contre moi-même sur la nature de cet ouvrage ! Combien de nos adversaires me diront, quoique sans sujet, que je suis Sorti de mon caractère et de mes maximes en abandonnant la modération qu'ils ont eux-mêmes louée, et en tournant les disputes de religion à des accusations personnelles et particulières ? Mais

1. Aujourd'hui à la Bibliothèque naUonale (cf. Rébeluau, Bossuet hisiO' rien du protestantisme, p. 188). — 2. Tellement disposé. Grammaire: Adverbe, — 3. Maintiens. Grammaire Verbe.

assurément ils auront tort; si ce récit rend le procédé de la réforme odieux, les bons esprits verront bien qu'en cela ce n'est pas moi, mais la chose même qui parle. Il ne s*agit de rien moins que de faits personnels, dans un discours * où je me propose d'exposer, sur les matières de la foi, les actes les plus authentiques de la religion protestante. Que si on trouve dans leurs auteurs, qu'on nous vante comme des hommes extraordinairement envoyés pour faire renaître le christianisme au xvi® siècle, une conduite directement opposée à un tel dessein ; et^qu'on voie en général, dans le parti qu'ils ont formé, tous les caractères contraires à un christianisme renaissant, les protestants apprendront, dans cet endroit de l'histoire, à ne point déshonorer Dieu et sa providence, en lui attribuant un choix spécial qui serait visiblement mauvais.

XXVI. Quelles récriminations leur peuvent être permises.^ — Pour les récriminations, il les faudra essuyer avec toutes les injures et les calomnies dont nos adversaires ont accoutumé de nous charger ; mais je leur demande deux conditions qu'ils trouveront équitables: la première, qu'ils ne songent à nous accuser de variations dans les matières de foi qu'après qu'ils s'en seront purgés ^ euxmêmes : autrement il faut avouer que ce ne serait pas répondre à cette histoire, mais éblouir le lecteur, et donner le change ; la seconde, qu'ils n'opposent pas des raisonnements ou des conjectures à des faits constants, mais des laits constants à des faits coû^stants, et des décisions de foi authentiques à des décision»- de foi authentiques. Que si par de telles preuves ils nous montrent la moindre inconstance ou la moindre variation dans les dogmes de l'Église catholique depuis son origine jusqu'à nous, c'està-dire depuis la fondation du christianisme, je veux bien leur avouer qu'ils ont raison, et moi-même j'effacerai toute mon histoire.

XXVII. Cette histoire est très avantageuse pour la connaissance de la vérité. — Au reste je ne prétends pas faire un récit sec et décharné des variations de nos réformés. J'en découvrirai les causes : je montrerai qu'il ne s'est

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