LES MÉTAMORPHOSES
D'ÉRÉSICTÉE.
La naïade Érésictée Se jouait sur son ruisseau; Et sans bruit , l'heureux Protée S'approchait en nageant sous l'eau.
Soudain la nymphe éperdue Voit son amant , se voit nue :
Elie fuit dans les airs , et s'envole en oiseau ; Elle s'abat toute agitée
Sur un rameau , Près d un moineau :
C'était Protée.
Elle fuit, et le dieu n'atteint au haut des airs, Qu'une flamme pareille à celle des éclairs. Heureux modèle Des amants , Il la suit dans ses changements , Change comme elle, Et la poursuit dans tous les éléments.
Se mêlant aux feux du tonnerre, Il entraîne avec lui cette vapeur légère. La nymphe en pleurs Echappe à la nue embrasée, Tombe en rosée :
CONTES. 4oi
Mais le dieu la devance , et l'attend sous les fleurs. Nymphe sévère, Vous fuyez vainement :
Rien n'est seul; tout a son aimant ,
Et tout ce qui pourra vous plaire
Cachera toujours votre amant.
Elle a cessé de se défendre , Et le premier plaisir que son âme ressent,
Est le doux plaisir de reprendre
Tous ses attraits pour son amant.