‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 32 sur 75 · LA CHANOINESSE · texte numérisé non relu

LA CHANOINESSE

Une superbe chanoinesse Portait dans ses sourcils altiers L'orgueil de trente- deux quartiers.

Un jour , au sortir de la messe, En présence de l'Eternel, En face de tout Israël, Tandis qu'elle fendait la presse , Et s'avançait le nez au ve.nt , Un faux pas fit choir la déesse, Jambe en l'air, et front en avant.

Cette chute fut si traîtresse, Qu'en dépit de tous ses aïeux , Qui voulut , vit de ses deux yeux Le premier point de la noblesse ; Car on ne peut nier cela,

Œuvks diverses. 26

Toute noblesse vient de là.

Ce point en valait bien la peine,

L'ivoire , le rubis, l'ébène

N'ont rien de plus éblouissant ;

Elle avait raison d'élre vaine.

Le beau chevalier qui la mène ,

Noble et timide adolescent ,

La relevait en rougissant ,

Et rassurait d'un air décent ,

Mais plein de feu , mais plein de grâce ,

Sa pudeur prise au dépourvu :

Ah ! monsieur, dit-elle à voix basse ,

Ces messieurs bourgeois l'ont-ils vu?

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