LE DON DU CONTRE-TEMPS
Tout l'univers sait comment Vénus reçut dans la Grèce, Pour unique vêtement, Sa ceinture enchanteresse.
On sait moins communément Que l'époux de la déesse Reçut du sort malfaisant Un charme d'une autre espèce , Et tout un autre présent.
C'est une lourde besace, Où les dieux avaient jeté Esprit, savoir et gaîlé,
Ions trois pris hors de leur place; Ensuite l'empressement, Qui va , vient et se démène , Et se met tout hors d'haleine, Pour manquer le vrai moment.
Dans ses énormes sacoches , Pleines de talents pareils , Vous trouverez les reproches , Les soupçons et les conseils , Et la morgue du précepte , Le rire faux et l'inepte , Les pédantismes divers y Même celui des bons airs, Et tant de petites ruses ; Les grandes prétentions , Et les mauvaises excuses Des bonnes intentions; Mais fût-on la beauté même , N'eût-on que quinze ou vingt ans , Entre ces dons importants, Sûr de déplaire en tout temps , Le premier, le don suprême , C'est le don du contre-temps.
Or, sur la voûte céleste, Vulcain marchant de travers , Par un accident funeste , Son .sac s'ouvrit dans les airs, Et tout sortant pêle-mêle , Tous ces talents entassés Sont tombés, comme la grêle , Sur gens que vous connaissez.
4o4 CONTES.