CHANT ROYAL
Sur le mariage de Mademoiselle avec le roi d'Espagne (i)
n crut jadis que Thabitant du Tage , Pour au couchant du soleil se trouver, ^J/li En amassoit l'or sur son beau rivage ; Mais plus de biens lui sont prêts d'arri- Par le soleil qu'un illustre message [ver]
Lui donne espoir qu'il verra se lever.
Pour te marquer une joie immortelle Par ton moyen d'avoir si vite appris Cette importante et si grande nouvelle, Qu'il mette au jour tout ce qu'il a de prix , Et quand viendra reine tant noble et belle, Que tous ses bourgs retentissent des cris : Rien de si beau , rien de si noble qu'elle !
(î) Marie-Louise d'Orléans, née le 2 de mars 1662, mariée le 3i d'aoïit 167g à Charles II, roi d'Espagne, dont elle fui la première femme , et morte sans postérité le 12 de février 1689, étoit fille de Philippe de France, duc d'Orléans, frère unique du roi Louis XIV, et d'Henriette-Maric Stuart, princesse d'Angleterre.
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Aussi quand Dieu vit sur la Terre et l'Onde
Tout par l'envie en désolation,
Enfin touché de la compassion
Qui dans son sein pour nous toujours abonde,
11 résolut que , pour calmer le Monde,
11 y falloit une sainte union.
Dans ce dessein sa bonté paternelle
En tous lieux roule et sur tous les pays
Sa clairvoyante et lointaine prunelle.
Dont la princesse il découvre à Paris ,
Où, contemplant la royale pucelle :
« Non , le Ciel n'a , dit-il , dans son pourpris
Rien de si beau , rien de si noble qu'elle. »
Lors il voulut descendre dans son cœur,
Et de nos lys y trouvant l'innocence,
11 la jugea la digne récompense
Qu'au jeune roi devoit le roi vainqueur,
Et ne crut pas sa sage Providence [heur.
Mieux pouvoir rendre aux chrétiens leur bon-
D'un seul clin d'oeil, dont le pôle chancelle.
Il fait venir un de ses purs esprits.
Lui parle ainsi : « Va joindre à tire d'aile
Des Espagnols le monarque, et lui dis :
Dieu t'offre en France une épouse, mais telle,
Que de Goa n'est jusques à Cadix
Hien de si beau , rien de si noble qu'elle.
w Son âme aspire à cette piété Dont ta maison croit tenir sa puissance ; Sur son front prend sa chaste résidence Un air d'auguste et douce majesté,
Diverses. 2'iy
Qui n'appartient qu'au sang royal de France
Et dont son père a si fort éclaté.
Elle a de lui quelque vive étincelle
De ce qui brille en ses faits inouïs ;
Elle prendra pour tes armes un zèle
A méconnaître et Philippe et Louis.
Par quoi, laissant leur haine naturelle,
Diront les tiens , étonnés , éblouis :
Rien de si beau , rien de si noble qu'elle.
» De la vertu le solide mérite , Qu'elle préfère à ses divins appas , Du moindre mal et l'horreur et la fuite Qui vers le bien guident toujours ses pas , Sont les trésors dont ta juste poursuite Va t'enrichir, toi, prince, et tes états. Pour la beauté sache même qu'Apelle Rien de pareil ne produisit jadis.
Le grand Mignard confesse et point ne cèle Qu'à pas un d'eux la peindre n'est permis. En la voyant, tous ses portraits rappelle. Et tu diras que dans eux tu ne vis Rien de si beau, rien de si noble qu'elle. )>
Envoi.
Roi des François, que ta valeur a mis
Trop au dessus de tous tes ennemis ,
Pour craindre encor quelque guerre nouvelle;
Roi très chrétien, qui jamais ne la fis
Que pour fonder une paix éternelle.
Qui puisse un jour dans la vaste Memphis
Et dans Byzance alarmer Tinfidèle, Par un présent bien cher tu l'établis, Puisque, excepté ton magnanime fils, Tu n'eus jamais dans l'empire des lys Rien de si beau, rien de si noble qu'elle.
A Monsieur le Marquis d'Effiat.
,ous mander qu'on est accueilli Et traité des mieux à Sulli, iLa chose vous est trop notoire, Illustre marquis de Chilli.
Puis la chanson rôti , bouilli, En est preuve si péremptoire, Que l'on peut , sans avoir failli Contre les maîtres de Sulli , N'en rafraîchir point la mémoire.
Aussi nous ne vous écrivons Et ne prenons notre écritoire Que pour, ainsi que nous devons, Vous souhaiter prompte victoire , Vous mandant qu'à vous nous buvons Tout aussi frais qu'on sauroit boire ; Et, suivant l'antique grimoire.
Prions Dieu qu'ainsi soit de vous , Chose assez difficile à croire.
C'est pourquoi nous pensons bien tous Que bien mieux seriez sur la Loire Que sur le Rhin ; avecque nous
alo OEUVRES
Qu'avec tous ces friands de coups , Et de louanges dans Thistoire , Mais qui , pour être fous de gloire, N'en sont, par ma foi, pas moins fous.
Ainsi que l'tavez ordonne,
La belle, sage et trop prudente
Madame de Valentiné
A lu votre lettre, et contente
De cette manière obligeante
Dont il vous a plu me gronder,
A jugé devoir seconder
Votre bonne amitié grondante;
Et si bien encor m'a grondé ,
Que, si grondeuse aussi touchante
Qui vous a si bien secondé
N'est sur mon cœur assez puissante
Pour vaincre son foible et sa pente,
L'ami Ménil est bien fondé
De dire qu'il en perd l'attente.
Mais non pas ce dévergondé
Qui va perdre en un coup de dé
Plus qu'il n'a de fonds et de rente.
Mais vous connoissez trop mon cœui- Et moi trop cette bienveillance Dont vous procurez mon bonheur En tous lieux , en toute occurrence.
Pour ni moi ni vous avoir peur Que je manque de déférence Pour si notable remontrance , Et que même je crois, seigneur,
Diverses. 241
De telle et si grande importance, Que je prétends m'en faire honneur.
Sur moi vous avez un empire Qui seul de moi s'est pu saisir ; Je sens dans mon cœur introduire Cet honnête et sage désir Pour la campagne et son loisir.
Dieu veuille encor qu'il me retire Des lieux où je verrois moisir Le peu d'esprit qu'on a cru luire Dans quelques brouillons qu'à vrai dire Personne ne m'a vu choisir Ni pour réciter ni pour lire, Et que le vin et le plaisir M'ont à peine permis d'écrire (i).
Mais si jamais , bien desy vré
Et parfaitement délivré
De la Croix Blanche et de la Sphère,
Même d'un brelandier outré
Et tout à fait désespéré
Qu'on devroit remettre en galère ,
Je suis, cet hiver, retiré
Dans votre beau château , j'espère
Pour lors enfin vous pouvoir faire
Peu de chose , mais à mon gré ,
Et qui soit digne de vous plaire
(1) Voilà quelques vers qui confirment pleinement ce que nous avons dit dans la notice, que Chapelle devint auteur sans le savoir et sans le vouloir.
Autant que , même avec colère , Vous 1 "avez toujours désiré.
En quoi je ne vous saurois taire Combien vous m'avez honoré.
Vous pouvez donc bien , cher marquis , Me croire et tenir pour acquis Plus que jamais ne fut personne.
Aussi vous tiens-je un don exquis Du ciel , qui dans vous seul me donne Le tout dont je Tavois requis.
Mais sur quelques vers que je fis Dans Tàge où le sang nous bouillonne , Et qu'à l'âge aussi Ton pardonne , Auriez-vous bien cru qu'on m'eût mis Entre ces Messieurs qu'on a pris Et qu'à bon droit on pensionne Pour bien savoir donner le prix Aux grands progrès de la couronne (i).
Que j'aime la douce incurie Où je laisse couler mes jours !
Qu'ai-je affaire de l'industrie , De l'intrigue et des faux détours ,
(i) Il résulte de ce qu'on lit ici que Louis XIV pensionna Chapelle. L'éditeur de i-32 semble croire que ce fut à l'occasion des stances qui suivent ; mais Saint- Marc, après avoir remarqué que ces stances ne sauroient guère se rapporter qu'aux événements de Tannée 1668. époque à laquelle notre auteur étoit âgé de quarante-deux ans, et qu'il nepouvoil par conséquent
Diverses. 243
Dont usent, même avec furie, Ces rimailleurs suivant les cours ,
Et ceux encor que crie.
Et que renchérie
Aide de tous ses beaux atours?
Quelques contes d'hôtellerie , Des lettres de galanterie , Du vin et de folles amours , Ont fait jusques ici toujours Ma plus heureuse rêverie ; Et bientôt ma veine tarie, Se sentant des fins de ma vie , En saura bien borner le cours.
Mais , bien que votre bienveillance Aille pour moi jusqu'à déchoir De cette fine intelligence Qui vous fait pénétrer et voir Tout, hormis mon insuffisance, Lettre n'est pas de conséquence ; Il faut subir votre vouloir.
Et qu'importe ce que j'avance, Si ce n'est que pour émouvoir Les Muses à résipiscence ?
pas citer comme celle de sa grande jeunesse, euconchu assez judicieusement qu'on doit plutôt penser que la réputation d'homme de talent que Cliapelle dut à ses premiers essais, notamment à son Voyage , l'avoit tout naturellement fait comprendre plusieurs années auparavant parmi les beaux esprits à qui le roi donnoit des pensions.
244 Œuvres
Filles de la reconnoissance
Et du roi du tonnant manoir,
Qui de cette haute naissance
N'avez eu pour toute chevance
Que parler en votre pouvoir,
Qu'en faites-vous , quand pour la France
Tout parle et passe notre espoir?
Quel ingrat, quel honteux silence!
Quoi ! ces auteurs par excellence
Doivent-ils mettre à nonchaloir
Cette mémorable occurrence ,
Et peuvent-ils en conscience
Vous dire bonjour et bonsoir
Sans implorer votre assistance?
Dites, Muses, en confidence ,
Est-ce qu'entre gens de savoir
Rien qu'à se louer on ne pense?
Quant à moi, que ma négligence, *
Tout comme un auteur d'importance.
Porte assez à ne rien valoir.
De grâce , force remontrance ,
Et faites-moi bien concevoir
Que toujours quelque extravagance
M'arrache à mon jutte devoir.
Vous savez trop bien que je dois Le peu que j'ai d'art et de voix A ce grand frère qui seconde Si dignement les Gers exploits D'un roi qui sur la terre et l'onde Vient d'étendre le nom françois Si loin, que pour eux tout le monde
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Oubliera la tige féconde
Qui nous donne soixante rois.
De cette éclatante origine,
Du ciel et des dieux si voisine,
Qui des plus hardis potentats
Sut mieux qu eux , dans les fâcheux pas ,
Pour peu que l'honneur y domine,
Descendre aux emplois les plus bas?
Qui, sans horreur, les imagine.
Moindres que leurs moindres soldats,
Des périls faire leurs ébats
A la tranchée , à la fascine ,
Et sûrs aux plus sanglants combats?
Confessons donc que ce n'est pas
Sans quelque assistance divine
Qu'ils sont rendus à leurs états.
Revenez, princes généreux.
Dont les hauts faits, tous merveilleux ,
N'eurent et n'auront point d'exemples.
Partagez-vous entre nos vœux
Et le laurier qui ceint vos temples (i).
Un peuple fidèle et nombreux
Eclaire nos places de feux
Et d'encens obscurcit nos temples.
Contentez-vous que jamais ceux
Qu'y mirent leurs exploits fameux
N'ont laissé des sujets plus amples
A faire parler leurs neveux.
(i ) Mauvaise loculion de l'époque , pour lemprs.
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Rendez-vous donc à votre France , Qui , grand roi , par votre vaillance Voit tous les jours plus de François.
Croyez la Meuse en assurance , Qui mil sa plus ferme défense Dans l'honneur d être sous vos lois.
Regardez la trijjle alliance Sur ses fins et comme aux abois; L'Espagne dans une indigence Qui ne pourra pas de vingt mois Remandier une puissance Qui pour une dernière fois Mérite encor votre présence.
Et vous, suivez l'auguste frère, Pour qui désormais nos autels Fumeront d'encens éternels Sur l'un et sur l'autre hémisphère, Qui n'en virent jamais de tels.
Soyez , moins par vaincre et tant faire Que par gagner les cœurs et plaire , L'honneur et l'amour des mortels.
Dauphin, qui, ne faisant que naître, Trouvâtes l'univers soumis , Qui depuis avez fait paroitre Tant de qualités dignes d'être Au rang où le Ciel vous a mis, Les destins vous ont tout promis; Mais il faut prier notre maître Qu'il vous laisse des ennemis.
J'élois auprès d'un prince aimable
Diverses.
Pour être autant brave que bon (i), Ce qui se trouve inséparable De Tauguste sang de Bourbon, Quand d'ennui ma muse opprimée , Par son bon accueil ranimée , M'inspira ceci près ces bains Que , pour fuir un peuple profane Et se donner tout à Diane, Bâtirent de royales mains (2).
Et pour vous expliquer plus net.
Illustre marquis, où j'ait fait Ces vers , qui bientôt à la Halle Passeront de mon cabinet.
Si votre bonté les étale , C'est dans cette maison royale Où d'anis, où de serpolet.
De thym, marjolaine et genêt, Une si douce odeur s'exhale Qu'elle en a pris le nom d'Anet.
(1) Le duc de Vendôme.
(a) Henri II, qui fit bâtir Anet pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois.