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— Fichue! fil le [;ére Dinot , je ne vous croyais pas si brave; vous avec donc marciié ce malin sur le vieux sabre de votre beaufrére le gendarme?
« Dinot me fit traverser une cour étroite et longue, semblable à une ailée. Sur la neige dont la terre était couverte, je remarquai une traînée de sang, dont les gouttes se groupaient en larges lâches là où sans doute s'était arrêté, pour reprendre baleine, un homme qui portail un cadavre. A l'extrémité de celle allée, s'ouvrait une [iClite porte ronde, noire comme la porte d'un caveau sépulcral. Dinot me fit passer par celle porte. 11 eut même la politesse de me céder les honneurs du pas.
« La pièce dans laquelle je me trouvais ne recevait de jour que parla porte. Dabord, je ne distinguai rien, mais lorsque mes yeux se furent un peu habitués à ce crépuscule, j'aperçus, pendant du plancher jusqu'à terre, quelque chose de hideux, d'informe, de mort, que recouvrait un linge blanc, mais ensanglanté, .le jiigeai que c'était un cadavre pendu par les pieds , et qui ,'!v;iil le ventre ouvert , et que cette chambre était l'abattoir des Dinot.
« La mort, c'est toujours la même vieille, au crâne terreux, aux yeux vides, à la bouche san-t lèvres, qui, riches et pauvres, nous jette au même trou. Seulement elle nous arrive avec diverses toilettes, i'our la jeune fille, c'est une vierge vêtue de blanc, ayant des bagues aux doigts, des roses fanées sur le sein, une blanche couronne sur la lêle, couchée pudiquement dans un Cercueil resplendissant de cierges: pour le soldat, c'est une déesse au manteau tricolore, répandant à pleines mains des palmes sur une immense fosse, qu'on aj^pelle un champ de bataille, ou si lu l'aimes mieux, un aigle couronné qui em perle des armes, plein ses serres, au temple des braves; pour le condamné, elle se présente sous l'horrible écarlale du bourreau, les veux couverts d'un bandeau noir
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Cl le doigt sur un chilTre d'horloge. Mais au fond, c'est toujours la même chose, le même néant ou la môme immorlalité, le m<?me paradis ou le même enfer; cl encore, pour celui qui meurt de maladie, le vestibule de la tombe est-il plus affreux que la tombe, elle-même. On a beau se dire c"la, et vouloir se le persuader, la mort violente et à heure fixe, cette mort qui prend un homme et l'enveloppe tout vivant dun linceul, ce néanl qui succède loul-à-coup à la plénitude de l'existence , celle grande lumière de l'éternité qui vous arrive sans crépuscule, c'est toujours quelque chose d'effrayant, un quart d'heure bien difTiciie à passer.
<( L'idée que moi, prêtre, à qui l'on accordait quelque talent , auquel on promettait un bel avenir, j'allais mourir de la mort d'une volaille qu'on saigne, d'un mouton qu'on égorge, sans avoir seulement un pauvre demi-collège, c'était pour- moi un affreux supplice. Je pensais aussi à voire mère, à vous, à mon presbytère rebâti à neuf, et une larme me venait malgré moi au bord de la paupière; mais, je la réprimais, je la faisais refluer, je voulais mourir avec dignité. C'était peut-être un péché, mais j'avais l'amour-propre du sauvage qu'on va livrer aux tortures et qui brave encore ses bourreaux.
« Je vis le père Dinol qui ouvrait son couteau.
— Monsieur Dinot, lui dis-je, encore quelques minutes, s'il vous plaît, je veux prier.
— Pour qui ? me répondit-il.
— Pour vous d'abord, parce que vous êtes mon assassin, pour moi ensuite qui vais mourir sans qu'un prêtre m'ait dit: va les péchés le sont remis; pour ma sœur, pour ses pauvres orphelins
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qui n'auront plus que Dieu pour père, enfin pour cet infortuné que vous allez me donner sans doute pour compagnon de cercueil.
« A celte dernière parole, le masque de férocité que Dinot avait mis sur son visage, tomba lout-à-coup. 11 se mit à pousser de grands éclats de rire.
— Parbleu, dit-il, vous ne pouvez mieux faire que de prier pour cet infortuné, car je soupçonne qu'il n'était pas trop en état de grâce lorsqu'il est mort. Du reste, c'est un père de famille comme vous, qui laisse deus ou trois petits orphelins, mais la mort de leur père ne les empêchera pas de faire leur chemin dans le inonde ; je vous en réponds.
« A ces mots, il leva la serviette que j'avais prise pour un drap mortuaire, et je vis un énorme sanglier pendu en cITet nu plancher par les pieds.
— Voilà, dit-il, monsieur le curé, l'infortuné pour lequel vous vouliez prier tout à l'heure; s'il n'est pas votre compagnon de cercueil, il sera du moins votre compagnon de table. En disant cela, il enlevait du sanglier une énorme tranche, qu'il me remit entre les mains. Tenez, dit-il, voilà pour vous, monsieur le curé; dites à votre sœur qu'elle le laisse mariner pendant trois jours dans du vin blanc, et invitez ensuite un confrère. S'il vous faut un lièvre, ne vous en faites pas faute.
— Oh ! m'écriai-je, voilà donc mon rêve fini, car il me semble bien que je rêvais. Mais, dites-moi, monsieur Dinot, pourquoi m'avez-vous fait une si grande peur?
— Pour vous prouver, monsieur le curé, qu'il ne faut pas juger sur l'apparence.
tOMMEKT LK CHASOIÎ(E KDT PKLR.
« Nous sorltmes. Le père Dinol prit son fusil, et me conduisit jusqu'à la porte du presbytère, où il refusa d'entrer de peur d'effrayer ma sœur.
« Je ne l'ai pas revu depuis ce lemps-lâ. »
— Eh ! dit le capitaine, l'apparetice à l'égard de cet homme était-elle bien trompeuse?
— Pas lout-à-fait, répondit le chanoine. Mais c'est une histoire que je te raconterai à la première visite, quand ton empereur nous aura donné la paix.