‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 9 sur 14 · LXV1II A L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

LXV1II A L'ÉDITEUR

ser la pierre et réjouir les mânes du poète dans sa tombe. Eh bien ! je dois dire aujourd'hui encore, avec la même conviction et de la même façon, par la propre voix de l'auteur , à force de citations et de preuves tirées de ses écrits, je dois dire encore, et au public et a la presse , à celle de province qu'il honore, à celle de Paris qu'il abaisse , je dois dire à tous : Il y a là dans ce tombeau un grand , un très grand écrivain , un prosateur, ce qui est plus rare encore qu'un poète ; un homme d'un véritable génie , qui est l'héritier de Courier comme Moreau devait l'être de Béranger ; le pendant, le frère d'Hegésippe Moreau même ! car tous deux sont nés du peuple et presque de la même génération ; tous deux ont reçu une éducation de charité , connu les mêmes besoins , subi les mêmes épreuves, servi le même parti avec le même talent ; tous deux ont vécu de la même vie et sont morts enfin de la même mort , morts au service du peuple , dans l'isolement et l'obscurité. Attention donc à celui-là aussi ! regardez-le encore, car il est digne de la même faveur ! Saluez-le comme l'autre ; rendez-lui du moins le même honneur, maintenant qu'il n'est plus aussi ! c'est son tour ! Une main amie a recueilli ses œuvres ; lisez-le, louez-le, donnez-lui cette gloire qu'il a tant, souhaitée , qu'il a tant méritée ; donnez-la lui pour tout ce qu'il a voulu, pour tout ce qu'il a fait, pour ses souffrances et son génie. Imitez ce peuple de la

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Nièvre qui l'aime el l'admire , qui a déjà placé le maître d'école de Clamecy au dessus du menuisier de Nevers, qui l'a placé, lui, Claude Tillier, avant maître Adam dans [sa mémoire , clans sa grande mémoire , le seul trône qui soit digne des rois de la pensée ! Connaissez-le, achetez-le : c'est son droit, c'est votre devoir ; c'est le seul salaire qu'il ait espéré , le seul héritage qu'il ait laissé ! 11 est mort obscur, ses enfants vivent pauvres. Il s'agit d'un peu de gloire pour lui, d'un peu de pain pour eux. Je vous avertis donc, j'ai fait mon devoir, à vous de faire le vôtre ! à vous de m'écouter et de me croire quand je vous montre le bien , comme vous m'écoutiez et me croyiez naguère quand je vous signalais le mal ! à vous de m'êlre fidèles cette fois encore dans mes sympathies comme dans mes colères, car j'ai aussi, moi, Dieu merci ! comme le bon pamphlétaire , autant de zèle pour le bien que de mépris pour le mal ; et si vous m'avez suivi quand je mettais le pied sur le serpent qui rampe dans la boue , battez , battez des mains comme moi devant le cygne aux ailes pures qui plane dans les cieux !

Félix PYAT.

Sainte-Pélagie. 18 février 1846.

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