‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 11 sur 28 · LES CA>0>S · texte numérisé non relu

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canons. Que lui importait, en effet, que M. Miot déposât sa ferraille dans son cellier ou l'élalàt sur les murs de son jardin ? D'abord, personne n'eut peur des canons ; M. Miot. possesseur de deux pièces d'artillerie, n'en parut pas plus terrible qu'auparavant; les habitants de Moulins-Engilbert passaient à portée et à demi-portée des pièces, sans la moindre inquiétude : l'on dit même que de braves enfants osèrent plusieurs fois leur regarder dans la gueule. Il y a plus, aucuns riaient de cette fantasmagorique artillerie.

Mais des avis venus de Château-Cliinon troublèrent la sécurité publique. On représentait au conseil municipal que M. Miot, avec son parc d'artillerie, menaçait incessamment la ville; qu'il la tenait comme assiégée; qu'il était maître de lui imposer ses volontés les plus révolutionnaires ; que le jour de la Saint-Philippe, si les habitants criaient vive le roi avec trop d'enthousiasme , s'ils illuminaient leurs fenêtres, il pourrait tirer sur la ville et la réduire, avec tous ses monuments, en décombres ; qu'il pourrait encore, lorsque l'agent du fisc viendrait lui apporter son bordereau, le mettre en fuite à coups de canons, au lieu de lui donner à boire un coup, ainsi que tout bon Français doit le faire. Puis, quel homme était-ce que ce M. Miot? un patriote farouche, toujours prêt à venir au secours des infortunes de son parti. Dans le conseil municipal, il ne perdait jamais de vue les intérêts des plus pauvres; hors du conseil, il ne parlait que d'abus à réformer et de réformes à établir. Il avait, d'ailleurs, écrit à M. Gautherin, le sous-préfet, une lettre peu révérencieuse, dans laquelle il citait dos vers de Voltaire : évidemment, ce n'était pas sans dessein qu'il avait acheté deux canons hors de service ! Et, d'ailleurs, outre son artillerie, il avait pour arme offensive une barbe d'un demi-mètre de long, aiguisée en pointe comme un poignard: un tel homme ne pouvait manquer de tramer quelque chose c ;ntre la ville et le gouvernement. Le danger était d'autant plus grand, que Moulins- Engilbert n'était point fortifié. Les habitants, sur ces avis presque

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oiTiciels, se crurent obligés d'avoir peur : les deux petits canons de M. Miot leur semblèrent des pièces de quarante-huit ; les gendarmes se détournèrent pour ne point passer sous les murs de son jardin; il fut même question, dans le conseil municipal, de faiic construire, par le voyer, des ouvrages avancés dans la direction de l'habitation de M. Miot, et d'établir des retraites casematées pour les femmes et les vieillards. Monsieur le procureur du roi se crut obligé d'intervenir, et, en effet, il ne pouvait tarder davantage : un ennemi puissant, décidé, capable de tout, était au cœur de l'arrondissement, et la capitale elle-même, malgré la hauteur escarpée de sa double cime et sa brigade de gt^ndarmerie, n'était pas, dans son aire, à l'abri d'une attaque !... M. Miot fut donc cité à la police correclionnelle, conmie détenteur d'armes prohibées.

Ce formidable artilleur obéit à la cédule du parquet, ainsi que le ferait un homme faible; il se rendit au tribunal, seul, sans canons, ne portant avec lui d'autre arme offensive que sa grande barbe : il ne daigna pas même tirer son avocat du fourreau, tant il se croyait sûr de la victoire, et il prit lui-même la défense de ses canons; mais, malgré sa résistance désespérée, il fut obligé de céder. Le tribunal ordonna une expertise. C'était envoyer un médecin constater l'état sanitaire d'un homme mort depuis vingt ans. Toujours est-il que l'opération eut lieu avec solennité, et les deux canons eurent l'honneur d'être visités par un ancien capitaine d'artillerie.

Il résulte du tjpport du capitaine, que les deux canons sont encloués; qu'il leur manque à chacun un tourillon et le bouton de ïa culasse; que, déplus, ils sont obstrués par des corps étrangers jusqu'à la moitié de leur profondeur; qu'en y faisant certaines réparations, ils pourraient recevoir une charge ; mais que, dans ce cas même, attendu qu'ils ne peuvent être ni transportés, ni pointés, ils seraient peu susceptibles de nuire.

Le tribunal de Château-Chinon a pris ce petit adverbe de quantité — pec — au sérieux; il en a profité pour condamner

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