LES CANONS
M. Miot à la confiscation de ses canons et aux dépens. Mais il résulte évidemment de l'étal des deux pièces qu'elles sont hors de service. Ici le mot peu employé pur l'espert est une espèce de correctif : c'est comme une concession qu'il fait aux ennemis de M. Miot. Il dit, en parlant des deui canons mutilés, qu'ils sont peu susceptibles de nuire, comme un ami de M. Lapaulme dirait qu'il est peu spirituel, pour ne pas dire qu'il est sans esprit; comme un maire dirait de VEcho de la Nièvre qu'il est peu consciencieux, pour exprimer qu'il parle toujours contre sa conscience; comme je dirais, moi, en parlant des vers de mon tailleur, qu'il a peu d'imagination, pour faire entendre qu'il en est totalement dépourvu. Le tribunal de Chàteau-Chinon me paraît peu familier avec les tropes, et, en effet, ces enfantillages de style ne sont plus de son âge. Toutefois, il y a des inconvénients à ne pas connaître la valeur d'une litote. Ainsi, si monsieur le président du tribunal de Château-Chinon entendait dire à Arago qu'il n'est pas aisé de prendre la lune avec les dents, il en conclurait que la chose est possible. Et quand bien même encore l'expert eût dit que les canons étaient très susceptibles de nuire, peu importe sa conclusion, du moment que les faits sur lesquels il l'appuie prouvent évidemment le contraire. Soit un facteur rural qui a été écrasé par une voilure : si le médecin envoyé pour constater son état, après avoir déclaré que cet homme a les deux jambes coupées, s'avisait de conclure qu'il peut cependant continuer son service, faudrait- il donc que le tribunal adoptât les conclusions du docteur ?
Suivons maintenant le rapport de l'expert dans tous ses détails, et voyons ce qu'il en résulte.
D'abord, les deux canons sontencloués, l'intérieur en est obstrué de ferraille qu'on y a enfoncée à dessein et qu'une rouille]; de trente ans a soudée aux parois de la pièce; pour obtenir une explosion, il faudrait, d'après le rapport, forer une autre lumière , fermer l'ancienne par une masse de fonte fortement vissée , et chasser, par une charge de poudre, de l'inlérieur des canons, les