I)K M. MIOT
corps étrangers qui les obstruent. Assurément, M. Miol ne s'est Jamais demandé si ces canons pouvaient être remis en étal de service, et il a dû être bien étonné d'apprendre, par le rapport de l'expert, que la chose était possible. Mais, suppo-ons que M. Miol se fût mis en léle de faire de ses canons dos armes prohibées ; qu'il eût bien voulu sacriGer cinq à six mille francs pour avoir le plaisir d'entendre leur voix, comment aurait il pu arrivera son but, je vous prie ? Un canon n'est pas un objet que le serrurier du lieu puisse mettre sur son enclume. II aurait donc fallu qu'il demandât au gouvernement dos machines et des ouvriers de ses fonderies? Puis, les canons une fois réparés, la difficulté eût été de trouver un homme assez hardi pour mettre le feu à ces pièces ainsi rasfistolées ; et, je le demande à monsieur le président lui-même, voudrait-il, quand il y aurait un siège de conseiller à gagner, se charger de la besogne"?
Mais, j'accorde que M. Miol puisse mettre ses canons en état de faire acte de pièces : à quoi lui serviront-ils? Si je poursuis l'examen du rapport, je vois qu'ils sont estropiés chacun d'un tourillon. Cette inflrmilé empêche qu'ils ne puissent être montés sur des affûts, et leur rend toute locomotion très laborieuse ; ils ne peuvent plus guère s'écarter de la place où ils sont, et il leur faudrait six mois au moins pour aller se mettre en ligne devant les Tuileries. Tout le mal qu'ils sont peu susceptibles de commettre ne peut donc s'adresser qu'à la villedeMoulins-Engilbert. Si donc M. Miol voulait faire le siére de la place, voyons quel parti il pourrait tirer de ses canons.
D'abord, pour les mettre en batterie — c'est l'expert qui le dit, il faudrait qu'il élevât une plate-forme assez étendue pour que le recul ne les jetât point à terre. Élever une montagne factice, ce n'est pas là un travail d'une minute; il faudrait pour cela bien des Auvergnats, et la journée d'un Auvergnat, garni de sa pioche et de sa brouette, ne coûte pas moins de quarante sous : vingt sous pour la brouette, vingt sous pour la pioche; on a
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l'homme par dessus le marché. Or, croyez-vous donc que M. Miot ait une caisse de siège ? Ensuite, un canon n'est pas un pistolet de poche, un objet qu'en emporte sous son bras comme un portemanteau ; et M. Miot, tout vigoureux qu'il est, n'est pas un hercule. Après avoir perdu beaucoup de temps pour élever la plateforme, il faudra en perdre autant pour y faire arriver les deux canons ; or, pendant que ces ouvrages s'exécuteront, monsieur le maire de Moulins ne pourra-t-il appeler à son secours la brave garde nationale deNevers, qui a déjà rétabli le drapeau tricolore à Saint-Saulge? elle se ferait, j'en suis sûr, un plaisir d'aller remettre M. Miot sous la domination de Louis-Philippe. Mais, supposons que M. Miot achève, sans être dérangé, ses travaux de siège : il résulte, du rapport de l'expert, que les deux canons n'ont plus de bouton de culasse, et que le pointage en est impossible ; or, quel mal ces deux canons aveugles peu\enl-ils faire à la place? Lorsque M. Miot ajustera la ville, il frappera le village qui est à côté. Comment donc serait-il possible que de pareilles attaques triomphassent de la bravoure des assiéganls? Que M. Miot les somme tant qu'il voudra de capituler, il est évident pour moi qu'ils répondront : « Nous aimons mieux mourir que de nous rendre ! » ce qu'on traduira dans la postérité par ces éclatantes paroles : Moulins-Engilbert meurt, il ne se rend pas! Puis, il paraît, d'après le rapport de l'expert, que nos deux canons, si fermes du temps de la Convention, reculent maintenant d'une manière scandaleuse. C'est, du reste, le sort de tous les braves qui ont le malheur de vivre trop longtemps, et Soult lui-même, notre dernier général, ainsi que Lafayette, n'ont pu échapper à cette maladie. Or, le transport des pièces étant fort difficile, il faudra beaucoup de temps pour les remettre en batterie, à moins que M. Miot ne les retourne et, pour les faire refenir à leur place, ne les tire en sens contraire. Toujours est-il que cette artillerie ne pourra guère tirer qu'un coup par jour; or, pour peu que monsieur le commissaire de police de Moulins-Engilbert sache la