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raine, il fallait être sans reproches, qui donc pourrait prétendre à cet honneur, quand le juste pèche sept fois par minute ? Il faudrait donc que Dieu, toutes les fois qu'un nouveau-né nous arrive , envoyât tout exprés du ciel, pour le baptiser, deux anges de différent sexe?
Mais, dans la paroisse de notre curé, s'agite une question plus importante. Le filleul du meunier est-il suffisamment baptisé, ou lui faut il un supplément de baptême? voilà ce que tout le monda se demande. Je ne suis pas assez casuilse pour trancher péremptoirement cette difficulté ; mais, pour tout au monde, je ne voudrais pas avoir été baptisé ainsi : j'aurais peur d'avoir au moins un bras ou une jambe en enfer.
Voici d'abord l'objection que je m'adresse : Je n'ai pas toujours été une noire fumée qui monte de l'abîme, un vent brûlant qui desséche; moi aussi, j'ai eu des commères, et je sais un peu ce que c'est que d'être parrain. Or, la première question que le prêtre m'a adressée a toujours été celle-ci: « Que demande cet enfant? » A quoi j'ai toujours répondu, comme si j'avais été parfaitement sûr des intentions de mon filleul : « Le baptême.» Ici le curé baptisant n'a adressé aucune question semblable ni au parrain, ni à la marraine ; et ni le parrain, ni la marraine ne lui ont rien dit de ce que le nouveau-né demandait; comment donc le curé sait-il que c'est le baptême? Ce petit être, il l'a pris criant des bras de la sage-femme, et quand il lui a versé son eau salée sur la léle, le petit malheureux criait plus fort. Ces vagissemenis acérés que jette tout enfant qu'on baptise , veulent-ils dire : « Donnez-moi, je vous prie, le baptême, » ou : « Reportez-moi bien vite à ma nourrice? » A la vérité, un monsieur et une dame bien attifés, la dame ayant un bouquet au sein, se sont présentés, avec un enfant, à l'église : mais qu'y venaient-ils faire ? Qu'est-ce qui prouve au curé qu'ils n'y avaient point apporté cet enfant pour le mettre préalablement, et en attendant mieux, sous la protection de quelque saint en renomuK'e dans le pays, ou qu'ils ne
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le promenaieiil poinl sous ces voûtes pour lui en faire admirer les beautés arcbltecloniques? Celte dernière supposition est peu vraisemblable, j'en conviens; mais enfin, quand les gens ne parlent point, de quel droit traduit-on leur silence? il est aussi très probable que deux jeunes gens qui viennent à la mairie en habits de noces, et suivis d'un long cortège de fête, veulent se marier ; cependant, sans le oui solennel du marié et de la mariée, très distinctement articulé, monsieur le maire ne saurait procéder à leur union. Le baptême n'est-il donc pas un acte aussi important que le mariage? Si, pour qu'il y ait baptême, il faut qu'il y ait parrain cl marraine, le filleul du meunier n'a pas été baptisé, je le soutiens ; pour lui, il n'y a eu ni parrain ni marraine. Ceux qui devaient lui servir de caution ont assisté à l'opération du baptême ; mais qu'importe! la présence muette d'un homme qui doit agir et parler est-elle toute sa personne, et un témoin qu'on n'interroge pas peut-il donc être un témoin ? Si, pendant la cérémonie, le meunier se fût esquivé pour aller fumer son cigare, et que la fermière fût allée jeter des graines à ses oiseaux, le curé, plein d'une sainte colère, n'eût pas manqué de laisser là l'enfant, car, alors, il n'y eût plus eu de baptême possible. Pourquoi donc le baptême serait-il plus valide, quand il a été fait comme si les parrain et marraine eussent été aux antipodes du diocèse? Et, d'ailleurs, qu'est-ce qui prouve au curé que le meunier est chrétien, puisqu'il ne lui a pas seulement fait faire un signe de croix, et que ce j'iyeux industriel n'a ornais le temps d'aller à l'église ?
Quant à la seconde objection que je me fais, c'est un dilemme : « Ou l'enfant en question est assez baptisé, ou il lui faut un supplément de baptême. » M. Dufêtre le trouve t-il assez baptisé, je le veux bien ; mais alors je m'inscris en faux contre toutes les cérémonies que les prêtres ajoutent au baptême. Depuis dix-huit cents ans et au-delà, le péché de charlatanisme est en permanence dans les sacristies ; or, le charlatanisme, c'est le mensonge, et encore, ce
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n'est pas celui des ames élevées. S'il suffit, pour baptiser un enfant, d'un cierge éteint, d'un sacristain et d'un curé, pourquoi donc ce bruit de cloches dont les prêtres troublent le repos de la ville? Que m'importe à moi que la femme de monsieur le maire lui ail donné un petitgarçon, ou que celledu sous-préfet ait paré l'hùtel de la sous-préfecture d'une petite fille ? est-ce que j'ai besoin que lesclociies m'instruisent de cette nouvelle? Que diraiton de moi, si, le jour que je fais inscrire un nouveau-né à la mairie, j'envoyais quatre tambours épandre leurs ra et leurs fia orageux par la ville? Pourquoi encore ces cierges que vous allumez? pourquoi ce parrain et celte marraine que vous appelez en grande toilette au bord de votre aiguière, si toutes ces cérémonies n'ont pas plus de valeur que celles avec lesquelles les francsmaçons reçoivent leurs adeptes? A la vérité, tout cela peut être utile à faire vendre des bouquets artificiels à la modiste et des dragées au confiseur; mais les cérémonies des francs-maçons sont-elles aussi sacrées, parce qu'elles font vendre des paniers de vin de Champagne au restaurateur? Et si un prêtre voyait un pauvre insensé jeler dans un trou ses écus, croyant qu'ils lui rapporteront, dans l'autre monde, un bon intérêt, ne serait-ce pas son devoir de l'en empêcher? Il y a plus, ici l'Église impose des gênes inutiles aux familles. Croyez vous qu'il ne me serait pas plus commode^'envoyer, un malin, mon poupon à l'église, sans tambour ni trompetle, que de me soumettre à toutes les formalités qu'ordonne le clergé? Allez, ce n'est pas une pelile corvée que de fouiller parmi ses connaissances pour y trouver un parrain et une marraine ! Les parrains surtout commencent à être fort rares : je suis sûr que, dans dix ans, ils se paieront six francs par heure; et peut-être, dés aujourd'hui, un spéculateur qui tiendrait un assorlimenl de parrains et de marraines bien élevés, ferai l-il de bonnes alfaires. Puis, si les cérémonies du baptême sont inutiles, pourquoi loules celles qu'en d'autres occasions élalenl les prélres ne seraientelles pus alleintes du même vice?
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Voilà nécessairement l'objection qui doit suivre la première partie de mon dilemme : « Si un marciiand m'a trompé sur sa toile, pourquoi donc ne me tromperait-il pas également sur son indienne ? » Alors, nous aurons lieu d'accuser le clergé de matérialiser la religion ; d'en faire, pour le peupla, un continuel spectacle, et de sacrifier au culte la morale de l'Évangile. Pourvu qu'il eût les corps, il se soucierait peu des âmes; il ne se proposerait d'autre but que d'attirer la foule à ses églises; du moment que la vigne du Seigneur jetterait beaucoup de feuilles , el aurait, de loin, l'apparence de la fécondité, peu lui importerait qu'il y eût ou qu'il n'y eût pas de grappes à ses rameaux ? Il ferait, en fait, du christianisme, un de ces livres illustrés, dont on ne lit pas le texte, et dont on se contente de regarder les gravures.
Ainsi, si notre pauvre bâtard de village est suffisamment baptisé, tout ce que j'ai dit est vrai, et je défie M. Dufétre d'en détruire une syllabe; si au contraire il n'est point suffisamment baptisé, il faut qu'il ordonne à son prêtre de procéder une seconde fois à son baptême : on ne peut laisser un enfant mourir dans l'idolâtrie, parce qu'un curé en veut à une fermière.
Ce sujet est petit quant aux personnes; mais la gravité d'un fait ne dépend pas de l'importance de celui dont il provient. Monsieur le procureur du roi poursuit aussi bien un charbonnier qu'un financier ; le fermier prend aussi bien ses précautions pour rendre son colombier inattaquable, quand c'est la belette qui lui a mangé ses pigeons, que quand c'est un aigle; et le pompier, avant de courir à un incendie, ne s'enquiert point si celui qui l'a allumé était un rustre ou un homme comme il faut. D'ailleurs, dans la personne de mon abbé, c'est tout le clergé rural qui est en cause ; dans ces âmes d'eunuques, il ne reste qu'une passion, celle de dominer, et ils s'y livrent avec plus ou moins d'ardeur, selon le milieu dans lequel ils dominent: ils ressemblent aux chats qui volent tous leur maître, mais plus ou moins, selon qu'il a l'œil