‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 23 sur 28 · L'ÉLECTEUR DE PETITE VILLE · texte numérisé non relu

L'ÉLECTEUR DE PETITE VILLE

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^)l^ ^In^ 'Électeur esl fait comme tout le monde, il est "1^^ w dI^1° borene, boiteux, manchot ou bien fait ; c'est un "=C^5& Il ^3^)° sot ou c est un homme d esprit, selon que 1 a 2(|i) vio)^ voulu la nature. La dignité électorale ne change

«/6^3SB^^S^^à^>= rien ni au physique ni à rinlelliaeuce du lilu- IgTnrTVTnsTrir^j aire. Vous ôles électeur, vous 1 êtes depuis hier, et demain, avec l'aide du recensement, je serai peut-être électeur.

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Vos habitudes n'ont point changé avec votre patente et votre cote mobilière, et les miennes ne se modifieront pas sans doute avec mon bordereau. Cependant, il y a dans l'électeur, surtout dans l'électeur de petite ville qui paye 200 francs et peu de chose au delà de contributions, quelque chose suigeneris, quelque chose qui, aux yeux de l'observateur qui a un peu de tact, le dislingue de son voisin ; entre deux fermiers , deux épiciers, deux petits propriétaires, dont l'un est électeur et l'autre ne l'est pas, les yeux fermés je mettrai la main sur l'électeur.

L'électeur de petite ville, l'électeur à deux cents francs et quelque chose, ne perd pas un centime de l'importance que lui donnent ses deux cents francs de contributions; il se carre dans son privilège, il parle à tout propos, et le plus souvent sans propos, deson député qui l'estime ; quand il arrive que celui-ci lui fait visite, il le reconduit, le chapeau ou la casquette de loutre à la main, jusqu'au milieu de la rue, pour que personne n'en ignore. Lorsque son député lui envoie un discours, s'il n'est pas alTranchi, il le refuse sans miséricorde; s'il lui vient franco, il le reçoit des mains du facteur avec un respectueux empressement : il le prête à ses voisins lettrés. Il va le lire à son compère, il le commente, il le discute, il croit quec'est pour lui un devoir de l'admirer, et il fait tout ce qu'il peut pour le trouver magnifique. Il Onit ordinairement son analyse par ces mots : « Jamais le grand orateur, le grand homme ou le grand publiciste n'a jamais si bien parlé. » Lorsqu'il l'a lu, relu et cent fois relu, il le laisse traîner négligemment sur sa cheminée ou il l'inlercalle entre la glace et la muraille, mais toujours de façon que la suscription et le titre soient étalés aux yeux des allants et venants.

Le jour des élections est pour lui un jour solennel, un véritable jour de fête ; à tous ceux qui l'approchent il en parle quinze jours à l'avance. Il remplit avec une exactitude religieuse toutes les formalités prescrites psr la loi ; il attend ce jour là, le beau jour, le grand jour, pour l'aire retaper son castor, remonter ses bottes, ou

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pour se donner une redingole neuve donl il a long-lenips délibéré la fornoe, la couleur el le chiffre avec son épouse ; il est prêt deux heures à l'avance, il traverse les rues d'un air affairé, il mettrait volontiers sa carte électorale sur son chapeau, il a toujours soin de se mêler au groupe ou prédomine un homme d'importance ; s'il peut au passage accrocher une poignée de main à son candidat, il est au comble de la joie.

L'électeur est le prolecteur de toute sa famille , de ses amis, de ses connaissances. Ses neveux el cousins le regardent comme une providence; ils disent: «Mon oncle l'électeur, mon cousin l'électeur. » Avec sa protection, il n'est rien de si haut où il ne puissent arriver. L'électeur apostille des pétitions ; il adresse des lettres de recommandation à son mandataire ; il le fait intervenir dans toutes ses affaires qui ont un peu d'importance.

Notre électeur a ordinairement trois ou quatre enfants du sexe masculin; ils sont tous au collège du chef-lieu d'arrondissement : il ne néglige aucun sacriQce pour faire leur éducation. Il est rare, du reste, que son député ne lui vienne point en aide et ne lui fasse obtenir pour l'un d'eux une demi-bourse dans quelque collège de déparlement. Il dit à l'oreille de ses voisins que son député ne les laissera pas là ; il bûlil sur leurs létcs les plus beaux châteaux en Espagne Lorsqu'il est en famille, il dit de celui-ci, mon procureur du roi ; de celui-là, mon receveur particulier ; de cet aulre, mon sous-préfet : p .ur le quatrième, dit-il en se rengorgeant, il sera comme son père; il sera cultivateur.

L'électeur à deux cents francs tous secs, a ordinairement la probité légale, la probité du code ; son économie frise l'avarice et son habileté effleure la finesse. 11 est aventureux ; il a confiance dans sa qualité d'électeur: il ne craint pas de s'embarquer dans une affaire épineuse; il compte sur l'influence de son député pour le tirer d'embarras. II s'adresserait volontiers à l'honorable pour faire verdir ses prés et jaunir ses moissons.

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