À UN AGENT DU FISC
^g ^— -^ p^**''^^^'^'* ' agent du fisc, je ne sais pourquoi "SS» 5^lfll> M^vous vous êles permis de ne pas me recenser. ^S® ^^v^ PK^^*^^^ omission indique, de votre part, pour 23â^°il 1° ^^mon mobilier et ma personne, un mépris que, afsnS^^^^^Sfiquant a ma personne du moms, rien ne justifie. Aurais-jc été desservi auprès de vous par quelque ennemi
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secret, ou bien m'auriez- vous pris pour un autre? Je sais qu'il y a des contribuables mal élevés qui ferment leur porte au fisc sous prétexte que ses opérations sont illégales, et lui disent par la fenêtre qu'ils ne sont pas à la maison. Ce sont eux qui , en polilefse du moins, commettent une illégalité, .apprenez, monsieur l'agent, que je ne suis pas de ces puristes de constitulionnalité qui s'imaginent que les lois sont faites pour tout le monde, pour les gouvernants comme pour les gouvernés. Quoi ! lorsque les ministres font les majorités et que les majorités font les lois, pourquoi les ministres, pour s'épargner la confection d'une majorité, ce qui ne laisse pas d'être dispendieux, ne feraient-ils pas les lois sans aucune opération préliminaire?
Vous prétendez que les choses n'étaient pas ainsi quand nous avions un roi qui régnait par la grâce de Dieu. Fi ! monsieur l'agent, la peur que vous avez de me recenser vous fait dire des inconstitulionnalilés; vous êtes en arriére de vingt cabinets. Depuis que nous avons un prince oint de la poussière sanglante de la rae et qui régne par la grâce du peuple, les choses sont bien changées. Croyez-vous que nous ayons fait une révolution pour nous amuser, pour nous donner de l'exercice? A quoi nous eût servi de renvoyer la restauration, si nous avions gardé son système ?
Quoi qu'il en soit, je vous déclare que je veux profiler du bénéfice de l'illégalité, je veux être recensé, entendez-vous ! recensé autant qu'on peut l'être, recensé depuis mon lire-botle jusqu'au dernier bouton de mon paletot.
Je ne serais même pas f;\ché de payer une petite patente comme rédacteur de VAssociaîion. Mes confrères feront ce qu'ils voudront, mais je ne veux pas, moi, que le gouvernement soit la dupe de sa générosité. Ce qu'il daigne ne pas nous prendre, moi, je le lui abandonne de bon gré. Voyez-vous, nous vivons sous un gouvernement paternel ; quand nous n'aurons plus rien, le percepteur nous fera mettre en prison et nous serons nourris aux
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frais de l'élat. Cola ne se Irouvo pas dans ics circulaires, mais c'est une raison de plus pour que ce soit authentique.
Comment peut-on, en elTet, lésiner avec uu gouvernement qui fait si bon usage de notre argent ? Ce qu'il nous fournil, hommes cl choses, est un peu cher, mais aussi c'est de première qualité. Voyez d'abord quelle magnifique armée nous avons. Notre armée, dites-vous, qu'en fait donc M. Guizot? Comment, ce qu'en fait M. Guizot? et la victoire de Toulouse! et la victoire de Vizille! et la victoire de Mùcon ! et la victoire de Clermont! sur quel peuple encore les a-t-il remportées? sur le peuple le plus brave de l'Europe, celui qui a porté le plus loin la gloire de ses exploits militaires, le seul que Napoléon n'ait pas vaincu. Le grand capilainc a-t-il une campagne mieux remplie? Rallre des Russes et des Prussiens, forcer des rois cl des empereurs de venir à son bivouac Implorer la paix, les tenir effacés et confondus au milieu de ses courtisans, distribuer des trônes à ses généraux, changer un nom d'aubergiste ou de petit marchand en majesté, faire sortir un sceptre de la giberne d'un soldat, cela vaut-il la peine de tirer l'épée ?
Notre vieille armée, dites- vous, nous conquérait des capitales. Fi ! monsieur l'agent, vous ne songez pas à ce que vous dites, vous parlez comme la mauvaise presse. A quoi cela nous servirait-il , des capitales? est ce que nous n'en avons pas une, et une belle encore, une capitale armée jusqu'aux dents et qui porte je ne sais combien de canons à sa ceinture ?
Vous regrettez, dites-vous, que cette tapisserie de drapeaux conquis sur l'étranger commence à se faire un peu râpée; mais, prenez-vous donc M. Guizot pour le tapissier des Invalides? A quoi servent ces vieux lambeaux de taffetas qui traînent le long des murs comme des toiles d'araignées? Un tableau tout neuf, dans un cadre d'or, représentant les ducs d'Orléans et dé Nemours au camp de Compiègne, ou la marche triomphale du duc d'Aumale au milieu des autorilés constituées du pays, et déposant aux
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pieds de son auguste père les discours qu'il a affrontés datis sa route, ne vaudrait-il pas mieux que toutes ces vénérables guenilles ?
Vous parlez de gloire, monsieur l'agent, mais ne savez-vous pas qu'il y a déficit dans le trésor? c'est d'argent qu'il faut parler. Si M. Humann l'osait, il ferait fondre en décimes l'étui de bronze de la colonne Vendôme. Quoi ! dites-vous, ces glorieuses bandelettes qui déroulent si longtemps et si haut nos victoires ? Si longtemps et si haut! tant mieux, il y en aura plus à fondre. Nous n'avons plus besoin de souvenirs de gloire, alors que la gloire nous a délaissés ; et d'ailleurs, qu'est ce donc que la gloire? Un nom sur des feuilles de papier, un petit murmure dans la bouche des hommes, un tombeau de marbre sur le sol ras d'un cimetière. Croyez-moi, les compliments de lord Robert Peel, dans le Times, ont quelque chose de bien plus positif que tout cela. Je ne sais point l'histoire, mais comment puis-je croire que noire gouvernement ne soit point belliqueux, quand j'ai sous les yeux de jeunes princes qui sont généraux, colonels, capitaines de vaisseau à l'âge où Napoléon n'était encore que sous-lieulenant? Si depuis la révolution de juillet nous n'avions pas eu de champ de bataille, où ces petits jeunes gens auraient-ils pris leurs épaulettes ? Notre époque nous coûte un peu cher ; mais, croyez-moi, nous avons une belle époque !
L'empire, dites-vous, l'empire ! oh oui ! c'était une grande chose : l'empire rayonnait comme une comète à l'horizon de l'Europe ; j'avais alors douze ans, et je sentais qu'il élait beau d'être Français, et je porte encore au fond de mon cœur le deuil de toute cette gloire. Je crois voir encore resplendir Napoléon entouré de ses lieutenants, tous grands hommes, tous célèbres par des triomphes, tous rebaptisés par une victoire ; de rois plus fiers de leur épée que de leur sceptre; de ces rudes soldats basanés par tous les soleils, hommes de fer et de cuivre, qu'il semblait avoir fondus tous dans le même moule.
Quand il revenait de ses victoires, un immense applaudissement
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éc>atail sur son passage; il rajonnail, de celhotume, je ne sais quoi qui troublait l'ame cl enivrait la raison ; il fallait battre des mains à son aspect; il y avait du nous dans cette existence ; nous croyions avoir remporté ses victoires; nous étions enthousiastes de lui, comme s'il eût été de notre famille. Tout Français, si l'empereur eût eu besoin de son sang, eût été fier et content de le répandre à ses pieds.
Pendant qu'il faisait ses grandes guerres, tout le peuple se rassemblait palpitant autour de ses bulletins ; jamais je n'ai rien vu de pareil. Le lecteur était monté sur un banc ou sur uns chaise ; la feuille se déployait lentement entre ses mains, comme si elle eût contenu pour tous un arrêt. Hommes et enfants, car là il y avait aussi des enfants, tous écoutaient jusqu'à la fin dans un religicui silence; puis, quand on était bien sûr que la victoire nous appartenait, un cri auquel nulle autre acclamation n'a jamais ressemblé et ne ressemblera jamais, un cri de : Vive l'empereur! faisait explosion comme un coup de tonnerre qui roule d'éclats en éclats d'un bout de l'horizon à l'autre et se perd lentement dans les profondeurs du ciel. Tous ces pères de famille auxquels cette guerre sans fin, qui n'apportait que des victoires, avait dévoré leurs enr fants, poussaient le cri sacré avec le même enthousiasme que nous, nous que bientôt peut-être elle allait dévorer aussi ! Les raéres elles-mêmes étaient presque consolées quand leurs fils reposaient sur un champ de bataille illustre. C'est que, pour un peuple, être grand entre tous les peuples, savoir que son nom est prononcé avec admiration par toute la terre et qu'il le sera de même tant qu'il y aura des hommes, c'est plus encore que d'être heureux.
Mais, qu'est-ce que tout cela ? Du bruit, de l'éclat, un tourbillon de fumée qui s'élève d'un champ de bataille. Heureusement le régime constitutionnel voi.t les choses en philosophe ; il aime mieux être gros et gras que d'être immortel ; il préfère, à une couronne de lauriers, un bounet de coton qui lui tient chaudes les
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oreilles ; il ne voudrait pas, au prix d'un rhume, de la plus belle campagne de Napoléon. Peu lui importe que les frontières soienl ouvertes à l'ennemi, pourvu que ses parcs soient bien clos el que ses lapins soient à l'abri de toute invasion. Les cris de la Pologne assassinée ne troublent point sa quiétude; pourvu qu'il griffonne, qu'il pérore et qu'il encaisse, il est plus que content.
L'ordre, la simplicité, la modestie, voilà ses vertus à lui.Qu'aî-il il l'aire, dans les salons, de ces grands seigneurs de cliainp de bataille, tout balafrés et tout hérissés de moustaches, de ces noms sinistres qui resplendissent comme le reflet d'un glaive, et éclatent dans la bouche de l'huissier de service comme une fanfare ? Ces gloires modestes d'épicier, de drapier, de mercier, sorties incognito d'une arrière-boutique, qui clignotent au lustre du château et déjettent sur le manteau royal leur duvet de peau de lapin, sont assez bonnes pour lui ; il trouve le grand sabre que traîne M. Liadièrcs sur le grand escalier des Tuileries, suCDsant pour faire peur à l'Europe; il aime mieux causer chicane avec M. Dupin, son honorable ami, que conquêtes et plans de campagnes avec des généraux.
Je parie, monsieur l'agent, que vous êtes comme ces fanfarons de la presse, qui trouvent que l'Angleterre se souvient trop dp la victoire de hasard qu'elle a trouvée dans les champs de Waterloo, qu'elle prend avec nous des airs et un ton qui conviendraient à peine avec une de ces principiculités d'Allemagne qu'on n'aperçoit sur la carie qu'à l'aide d'un microscope? Sous un certain rapport, vous avez raison, monsieur l'agent ; mais au lieu d'ensanglanter l'Océan pour si peu de chose, ne vaut-il pas mieux prendre ces rodomontades de mauvais ton et qui n'ont que l'inconvénient de nous déconsidérer aux yeux des nations comme des plaisanteries sans conséquence? Qu'attendre, en fait de procédés, d'un gros matelot plein de goudron, d'une cruche de bière forte qui jette son écume, d'un fromage de Chester qu'un flaire de Calais, d'un épais assommeur de taverne qui a toujours une cou-
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lusioii sur l'uDou l'autre de ses yeux, d'un funallque conlrebandier d'opium qui croit que c'est pour son île enfumée seulement et son ciel plein de suie que Dieu a fait le soleil, et pour son plus grand bénéfice qu'il a créé tous les hommes ? Parce que ce quartier d'éléphant, ce bloc qui semble tiré d'une carrière de chair humaine, a fait peser un de ses larges orteils sur votre botte vernissée, irezvous mettre habit bas pour vous vautrer avec lui dans la boue de sonruisseau? Je vous le demande, cela serait-il d'un homme de bon sens et d'un philosophe ? La jeune France, qui s'est placée à la léte de la civilisation par l'élégance de ses moustaches, par le luisant de ses gants jaunes et le génie de ses tailleurs, peut elle descendre à de telles luttes ?
Et qu'importe que l'Angleterre nous outrage, si ces humilialions ne portent aucun préjudice à nos intérêts, si les draps se vendent bien et si les fers sont en hausse.
Honneur, dignité, qu'est-ce que tout cela veut dire? Ces grands mots n'ont de sens que pour ces imbéciles qu'on appelle hommes généreux, que pour ces niais qui courent à la mort pour leur pairie. M. Guizot a trop d'esprit pour comprendre ce pathos. Il nous a délivrés du despotisme des belles phrases, et il a bien fait. Tout cet orgueil qui jette lant de trouble et de discorde parmi les hommes, ce n'est qu'une plume qui, après s'être élevée quelque temps dans l'atmosphère, retombe sans bruit sur le couvercle d'uu cercueil.
Croyez-moi, monsieur l'agent, rira bien qui rira le dernier, M. Guizot sait bien ce qu'il fait quand il nous abaisse. Lord Robert Peel s'amuse aux bagatelles de la terre ; mais lui, M. Guizot, c'est pour le ciel qu'il travaille. Ce lourdaud d'Anglais a choisi la gloire de verre et a laissé à M. Guizot la gloire de diamant. Il est écrit dans l'Évangile : « Quiconque s'élève sera abaissé, quiconque s'abaisse sera élevé. » Grâces aux fanfaronnades de son ministère, l'Angleterre se trouvera reléguée au bas du paradis avec la racaille des bienheureux.