‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 8 sur 28 · X , IL >'V A PAS EU · texte numérisé non relu

X , IL >'V A PAS EU

notée sur les tables astronomiques de l'Europe. On vous a fait grâce; mais, depuis qu'on ne vous hait plus, on vous méprise, et vous êtes sous la surveillance de la haute police de l'Europe ! Si vous aviez fait une révolution, ne préfércriez-vous pas une mort glorieuse à une telle vie?

Et que s'est-il donc passé encore ?.. L'Angleterre est notre éternelle ennemie : c'est une phrase qui est au cœur et dans la bouche de tous les Français ; et, d'ailleurs, elle est l'ennemie de tous les peuples. La France et elle, c'est un lion et un tigre dont les retraites se touchent : elle n'oubliera jamais que, pendant vingt ans, nous l'avons effacée par notre gloire, et nous, nous n'oublierons jamais Waterloo, cette fatale et suprême rupture de Napoléon et de la fortune, Waterloo, cette victoire de hasard que Wellington a trouvée ; la colonne qu'ils ont mise là sur le cercueil de l'Empire nous pèse aussi sur la poitrine. Cependant, vous avez sollicité l'alliance de l'Angleterre... que dis-je, sollicité? vous l'avez achetée. Ce que vous avez donné en échange, nous le savons ; ce que vous avez promis, nous ne pouvons que le soupçonner; mais, au fond de ces négociations, il a dû y avoir de la honte pour la France , puisque Talleyrand en était chargé ! Vous dites que les haines nationales ne peuvent être éternelles, soit ; mais votre amitié ne vautelle pas bien celle de l'Angleterre? Pourquoi donc est-ce vous qui lui tendez les premiers la main? L'Angleterre, ce monstre difforme qui a les membres plus gros que le corps, est-elle si puissante que vous lui abandonniez le premier rang? Paris, ne pouvait-il être, comme Londres, la capitale des protocoles? Elesvous de ces gens sans importance qu'on fait venir chez soi quand on veut leur parler ?... Non, si vous aviez fait une révolution, vous aimeriez mieux avoir l'Angleterre pour ennemie que de l'avoir pour protectrice !

Et que s'est-il passé encore ? Une étincelle de vos Trois Journées était tombée sur la Belgique. Elle se débarrassa de la domination de la Hollande. Mais se sentant trop faible pour être un ueuîile,

DE aÉVOLBTION DE JUILLET. 137

cilc voulut effacer celte îignc do démarcation tracée dans la poussière, qui la séparait de la France, et elle vous oirril sa liberté. C'étaient cinq à six millions de Français faits prisonniers par la Sainte-Alliance qui venaient, comme les bris d'un fleuve se réunit au lit natal après avoir été quelque temps séparé, se réunir à la mère-patrie. Vous alliez lui tendre les bras ; mais l'Angleterre a secoué la tête, et vous les avez bien vile fermés ! Il y a plus : il entrait dans les projets des souverains que la Belgique fûl un peuple nul ; vous y avez prêté les mains. Vous avez laissé couper les bras et les jambes à votre allié, de peur qu'au jour d'une guerre européenne il n'accourût dans vos rangs, tant vous aviez peur qu'on vous prît pour des révolutionnaires ! Pour comble de précaution, les mêmes souverains ont voulu qu'une haine nationale surgît contre vous en Belgique ; celte haine, vous vous êtes chargés vous-mêmes de la faire naître. Vous avez consenti à ne laisser déployer sous les murs d'Anvers que le seul drapeau français, vous avez exclus de l'expédition l'armée belge qui en réclamait à grands cris sa part. Ainsi le voulaient les protocoles. La Belgique ne vous a point pardonne cet affront, et vous êtes revenus du siège d'Anvers chargés de ses malédictions! Si, du moins, vous eussiez renversé, en passant, le lion de AValerlooqui pèse d'un poids si lourd sur la poitrine de nos braves, la France ne regretterait pas le peu de sang qu'elle a versé dans celte expédition ! Allez ! un peuple qui a fait une révolution ne se laisse pas lier les mains avec les bandes d'un protocole !

Et que s'est-il encore passé ? La Pologne avait vu du fond de ses brumes un éclair briller à votre horizon. Elle crut que la chaude saison était revenue pour vous. Elle élait déjà notre sœur de gloire et de combats, elle voulut être aussi notre sœur de liberté. Elle avait couché avec la France aux mêmes bivouacs, elle avait été avec nos pères sur les grands champs de bataille de l'Empire, elle n'avait pointproflté de nos victoires, etelle avait souffert de nos désastres.Elle crut que vous ne renieriez pas la délie de sang contractée

138 sajv , IL n'y a pas eu

envers elle; qu'à son premier cri d'alarmes, vous voleriez a soft secours à travers tous les obstacles. Elle alla bravement enfoncer sa lance dans les flancs du boa russe, et le força de rouler ses anneaux jusque sur ses domaines. Mais, débris mutilé d'un petit royaume, elle était trop faible pour lutter contre un empire ; elle ne pouvait que se débattre sous l'étreinte du colosse et déchirer les bras fermés sur elle qui létouffaient. Au milieu de ses combats désespérés, elle tournait de temps en temps la tête de votre côté, et s'écriait : « A moi, ma sœur, on m'assassine ! » Mais vous, pendant qu'elle mourait abandonnée, vous criiez : « Vive la Pologne! vivent les braves Polonais! » Une stérile admiration et des acclamations, voilà tout le secours quelle a eu de vous ; et plus lard, le sang que vous deviez à cette malheureuse nation, vous étiez obligés de l'acquitter par une aumône envers ses enfants orphelins !...

Vous ne pouviez, dites-vous, secourir la Pologne ; la Prusse vous barrait le passage. Mais qu'est-ce que la Prusse pour la France qui marche en armes? Une poutre, un sillon, une ornière! J'aurais roulé mes canons jusqu'à sa frontière, et j'aurais dit à la Prusse : « Ces hommes qu'on assassine là-bas sont nos frères ; laisse-nous aller à leur secours, ou nous allons te percer de part en part de nos boulets ! » Et si elle eût dit non, je l'aurais enfoncée comme un vitrage ! Entre elle et une révolution qu'on égorge, une révolulion qui grandit Irouve-t-elle des obstacles? Les souverains eussent menacé; ils eussent dit: « Nous ne pouvons souffrir.... les puissances de l'Europe ne sauraient permettre.... nous regarderions comme une déclaration de guerre, si... » Il fallait répondre: « Je veuï ! » — syllabe de fer qui vaut, lorsqu'elle est dite à propos, des armées, — et pousser en avant le wagon terrible de votre révolution ! La Pologne ne serait point morte ; elle serait là, veillant à votre seconde frontière, prête à percer de sa balle l'ours blanc de la Russie, s'il voulait sortir de ses frimas. Si les souverains eussent été assez forts pour vous attaquer, ils l'eussent fait. Ce ne sont pas vos concessions cl vos airs d'obséquiosité qui les

Page 1