‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 9 sur 28 · DE IIÉVOLCTIO.N DE JUILLET · texte numérisé non relu

DE IIÉVOLCTIO.N DE JUILLET

eussent désarmés. Voilà ce qu'il fallait comprendre ! Ils savaient bien que leurs peuples étaient nos secrets allies, et que, s'ils montaient à cheval pour nous faire la guerre, leur coursier, appelé par le hennissement des nôtres, les emporterait dans nos rangs. Mais vous n'avez de ceux qui font une révolution ni l'œil, ni le cœur, ni le bras. Vous n'avez pas su proGter de la position admirable que vous vous étiez faite. Vous aviez en main la liberté de l'Europe, et vous avez craint d'ouvrir la main. La foudre était à côté de vous, et vous avez eu peur de vous brûler les doigts en la prenant ! Le bruit de cet immense océan qui roulait ses vagues devant vous, vous a effrayés, et vous avez refusé de quitter la terre. Non vous n'avez pas fait de révolution ! Si vous eussiez fait une révolution, on n'entendrait point un seul bruit de chaînes à la surface du monde !

Et que s'est-il passé encore ? L'Italie, celte solfatare qui toujours fume, celle cendre encore chaude de l'ancienne Rome, jetait des flammes. L'Italie avait secoué le joug de ses trente-six roitelets et arraché de sa chair la trompe de ces puces féroces qui sucent son sang depuis si longlemps:. Elle se croyait à l'abri d'une invasion de l'Autriche, parce que le principe de non-intervention avait été solennellement posé par la France, et que, d'ailleurs, la France l'avait encouragée et lui avait promis son appui. Mais, ce principe de non-intervention, l'Autriche l'a déchiré comme une toile d'araignée. Ce que vous n'avez osé faire pour sauver la Pologne, elle l'a fait, elle qui, cependant, n'est pas accoutumée à gagner des batailles, pour maintenir l'Italie dans la servitude. A peine celle-ci a-t-elle eu relevé son drapeau, qu'elle a envoyé ses lourds bataillons le fouler aux pieds, et servir de gendarmes aux bourreaux qui coupaient la tête des patriotes. Quoi ! vous avez fait une révolution, et vous êtes une puissance sans ullimatum? vous ne pouvez rien faire, ni rien empêcher en Europe ; on prend toujours le contrepied de ce que vous demandez. Et ici quels sont ceux qui vous bravent ? Ces mêmes Aulrichiens qui ont toujours tourné le

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dos devaul vos soldais, el dont les canons sont sur votre place Vendôme, roulés en images de bronze ! C'est ce même monarque que vous avez forcé deux fois de déménager et qui a été obligé de nous donner sa Glle pour faire des héritiers à notre empereur. Un principe posé par un peuple, c'est sa frontière ; celui qui le viole lui déclare la guerre. Vous dites que vous avez fait une révolution ! Mais, cette insulte devant laquelle vous restez impassibles, vos pères fussent allés la venger jusqu'à Vienne ! Si vous eussiez eu aux tempes la sueur d'une révolution, vous eussiez été enchantés qu'on vous fournît l'occasion de revoir ces vieux champs de bataille dont vos pères avaient semé l'Italie, de saluer du bruit de vos canons leurs grandes ombres, de cueillir quelques branches à leur laurier en fleurs pour vous faire une couronne, de faire boire encore un peu de sang autrichien à celte terre d'iialie qui le trouve si bon et qui en a perdu le goût. Mais vous n'avez plus l'haleine assez longue pour franchir les Alpes. Tout ce que vous avez osé faire, ce fut d'envoyer quelque infanterie à Ancône; et, encore, dans quel but cette expédition a-t-elle été entreprise ?.. En entrant en Italie, les Autrichiens savaient, du moins, ce qu'ils y venaient faire, el ce qu'ils y venaient faire, ils l'ont fait; mais vous, savez-vous, même aujourd'hui, ce que vous êtes allés faire à Ancône ? Tandis que vos soldats jouaient à la drogue derrière leurs murailles, les Autrichiens achevaient d'asservir l'Italie, et on eût dit que vous n'étiez venus là que pour voir s'ils s'acquittaient bien de leur besogne; et encore, si notre drapeau flâneur s'est montré sur les murs d'Ancône, c'est que nos soldats ont été trop tôt vainqueurs, qu'ils n'ont pu recevoir à temps l'ordre de leur retraite. Comme cet acte d'énergie a dû vous rehausser aux yeux de l'Europe ! La belle expédition que la prise d' Ancône!... S'il n'y a pas encore, au musée de Versailles, un tableau représentant le siège d'Ancône, il faut vous dépêcher d'en commander un. Prise d'Anvers, prise d'Ancône : le magniûque total que cela présente !... Vous dites : « Cet homme est mon pavent, et je défends à qui que ce soit d'y tou-

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cher. » — « El moi, répond un chenapan, il esl mon ennemi, et je vais le battre jusqu'à ce que mort s'en suive ! » Alors, vous prenez un attitude menaçante, et vous répondez : « Bats-le tant que tu voudras ; mais je me mettrai à ma fenêtre et je te regarderai faire. » Pour un peuple qui a fait une révolution, quel courage, quelle force de volonté, et qu'on est heureux d'avoir un pareil allié !.. Et n'est-ce pas à cette occasion qu'un des vôtres, un brave avocat qui ne peut souffrir ceux qui ont le sabre au côté, parce qu'il porte, lui, la plume derrière l'oreille, a dit : « Le sang de la France n'appartient qu'à la France? » Or, si vous eussiez fait une révolution, eùt-il osé vous tenir ce langage? Oui, le sang de la France gouvernée par des avocats, abrutie par l'égoïsme, n'appartient qu'à la France ; mais le sang de la France, quand elle a fait une révolution, appartient à tout opprimé qui réclame son secours : tous les tyrans sont ses ennemis, et tous les peuples qui s'affranchissent sont ses frères.

Que s'est-il passé encore? Méhémel-Ali était notre ami; c'était, du reste, noire dernier allié. Sous son gouvernement, l'Égyple commençait à devenir une puissance. Nos officiers lui disciplinaient une armée, et notre pavillon, joint au sien , eiil été aussi large que celui de l'Angleterre. Maintenant il n'a plus d'armée, il n'a plus de flotte ; de souverain qu'il s'était fait, le voilà redevenu vassal. La vieille Egypte est enfouie à tout jamais sous le limon d'u Nil ! Et pourquoi Bléhémet-Ali est-il tombé dans la disgrâce des souverains pi itocoliseurs de l'Europe? Parce qu'il était votre ami et votre allié. Il y a en Amérique un gros arbre de belle apparence qui donne la mort à ceux qui cherchent un abri sous son feuillage. Vous êtes de même. Votre protection est une cause de ruine ; et encore devez-vous vous trouver bien heureux que le congrès ne vous ail point forcés à prendre vous-mêmes Beyrouth !

L'Angleterre vous fait une guerre bien habile et parfaitement combinée. Elle vous affaiblit en vous déconsidérant. Elle sait bien.

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Ja perfide qu'elle est, qu'un acte de lâcheté est plus fatal à un pgupîe que dix défaites ! C'est non seulement vos alliés présents qu'elle vous ôfe ; c'est encore les alliés que pourrait vous donner l'avenir. Et, en effet, à quel peuple oserez-vous présenter votre alliance, quand on saura qu'elle se relire aussitôt qu'on a besoin d'appui? Cependant la honte avait monté au front de vos ministres; ils s'étaient retirés du congres européen. Mais vous êtes comme les enfants qui ont peur quand ils sont seuls, vous vous êtes effrayés de votre isolement. Ces hommes qui avaient laissé percer leur mécontentement de ce qu'on humiliait la France, étaient trop fiers pour vous. Vous avez pris un traître de notoriété publique et une poignée de ces hommes sans fibre nationale pour lesquels tous les portefeuilles sont bons, et vous les avez envoyés redemander aux rois la grâce de vous rasseoir à leur table verte eï de signer après eux leurs protocoles ! Or, je vous le demande, un peuple sorti d'une révolution eût-il voulu descendre à une telle humiliation? Agir ainsi, n'est-ce pas faire comme un valet qui, après avoir brusquement quitté son maître, revient le lendemain lui demander la faveur de reprendre sa place? Ici c'est la même chose qu'en Italie : vous vous fâchez, on fait toujours, et vous laissez faire. Cette colère est-elle donc celle du vaillant et du fort? Pour un peuple fort, ses alliés c'est lui-même, et malheur à qui les touche! ou il tombe avec eux, ou il les venge. Il sait que ce n'est qu'à ce prix qu'on a des alliés fidèles. Pour venger la ruine de Sagonte, Rome s'est mise à deux doigts de sa perte; mais aussi Rome est devenue la maîtresse de l'univers. Si Mébémet-Ali eût été l'allié de nos pères, au premier boulet tiré contre Beyrouth , tous nos canons fussent partis d'eux-mêmes, et le commandant de notre escadre, pour attaquer les Anglais, n'eût pas seulement cru devoir attendre un ordre de guerre. Céder toujours n'est pas une maxime à l'usage d'un peuple libre. L'honneur et la liberté sont sœurs ; là d'où l'honneur s'est retiré, la liberté ne reste pas longl«mps.

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Que s'csl-il donc passé encore? Jusque-là les Anglais s'étaient donné la peine de cacher leurs jalousies sous une apparence d'intérêt européen. Ils ne nous avaient encore attaqués que dans la personne de nos alliés. Mais voire impassibilité lésa enhardis, ils ont profilé de la bonne volonté de M. Guizol pour élever leurs insultes jusqu'à nstre pavillon lui-même. Sous prétexte d'un droit de visite équivoque, ils ont exercé sur nos navires marchands une espèce de piraterie. Ils les ont arrêtés au milieu de leur course; ils y ont porté le désordre et le pillage, et le nom français n'a pu préserver nos matelots de ces indignes traitements dont on ne flétrit que les esclaves. Oui , des officiers anglais ont frappé nos concitoyens ! Ces faits ont été portés à la tribune ; maïs l'insulte est demeurée impunie. M. Guizot semblait même penser que les Anglais n'avaient pas usé assez complètement de leur droit, et il voulait qu'on étendît encore le Irailé qui avait servi de prétexte à ces avanies. El vous diles que vous avez fail une révolution ! Mais cette révolution, de quelle nature est-elle donc? Il y a donc des révolutions qui vieillissent au lieu de rajeunir, et au lieu d'aviver qui éteignent! Sous quel gouvernement la France a-t-elle donc laissé insulter son drapeau? et la vieille monarchie, e!le-mêm?, avait-elle habitué les Anglais à tant d'audace? Vous avez dit que ce serait un cas de guerre si on attaquait votre frontière, — c'est, je crois, M. Dupinqui a osé prononcer cette belliqueuse parole; — vous avez dil encore que le vaisseau décoré de son pavillon était la frontière qui s'éloignait du rivage. Est-ce donc encore là une vaine parole? Pour . s-'pousser la violence parla force, attendez-vous donc que les Anglais jettent leurs bombes dans nos ports ? Depuis que M Dupin a parlé ainsi, vos boulets ne sont-ils plus aussi pesants qu'auparavant? vos caronades n'ont-elles plus la même portée, ou est-ce l'Océan qui refuse de plier sous vos vaisseaux? Pourquoi donc tous ces sacrifices d'inlérêls et d'honneur que vous faites à l'Angleterre, et quand le dernier sera-t-il accompli ? L'Angleterre est-elle donc, ô mon Dieu, l'arbilrc de nos destinées : La

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Frauce a vécu (rois à quatre cents ans avec l'inimitié acharnée de i' Angleterre; comment se fail-ii donc qu'elle ne puisse maintenant se passer de son alliance? La République était seule en Europe ; son isolement ne l'a pas empêchée de triompher de ses ennemis; et vous, ses fils, vous ne pouvez faire un pas sans vous tenir au bras de l'Angleterre! Mais vous n'êtes donc que la rouille d'une épi^e, que la cendre d'un amas de poudre .'...

Et voyez comme l'insulte amène l'insulle ! Une reine de sauvages, une femme qui était presque notre sujette, ose, elle aussi, excitée par les Anglais, insulter votre drapeau. Le chef de votre escadre eût cru manquer à ses devoirs s'il eût laissé tant d'insolence impunie. Il n'y avait rien, dans ses instructions, qui lui indiquât la manière dont il devait agir si le cas actuel échéait ; M. Guizot avait oublié de mettre dans sa note que, sous son ministère, il était défendu à nos marins de montrer du courage et de la fierté : il céda à un sentiment d'honneur national, et s'empara de cette poignée d'iîes. C'était une conquête bien facile, à la vérité ; mais la conduite de notre amiral n'en était pas moins ferme et honorable, parce qu'en mettant à la raison ces magots insolents, c'était les Anglais eux-mêmes qu'il châtiait. Cependant, M. Dupelil-Thouars a été désavoué ; on a justifié ceux qui nous avaient insultés, et on a donné satisfaction aux Anglais, les provocateurs de l'insulte. Volontiers il eût fallu, si la reine des Iles-Marquises lui eût intimé l'ordre de quitter ses rivages, que notre amiral ramenât sa flotte en France. Ainsi, voilà les glorieuses actions que votre révolution a produites! Il faut que tous les peuples du monde sachent vos faiblesses ; que vous les rendiez témoins de vos humiliations. Il semble que vous ayez prisa tâche de démentir toutce que la renommée leur a dit de nous ; que vous teniez à les détromper de notre gloire. François I*^"", vaincu et prisonnier, s'écriait avec un noble orgueil : « Tout est perdu, hormis l'honneur ! » Vos ministres s'écrient, à la tribune, avec plus de fierté encore. « Tout est sauvé, hormis l'honneur ; » car voilà le résumé de toutes leurs

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liaranguesjuslificatives. Et vousqui avez fait une révolution, vous applaudissez à de telles paroles ! vous appelez ceux qui les disent les sauveurs de la patrie!... Oh! non, révolutionnaires transis, ne nous parlez pas de votre révolution; dans l'h.stoire d'une révotion, il n'y a point de pareilles choses !

Voilà ce qui s'est passé à l'extérieur; mais, à l'intérieur, que se passe-t-il donc? Sans douie votre révolution a épuré vos mœurs; elle a cautérisé cet ulcère de corruption qui rongeait le corps politique et allait toujours s'élargissant? Les comptoirs électoraux sont renversés ; on ne traflque plus du suffrage des arrondissements avec les routes, les canaux, les chemins de fer de la Nation ? vos rubans rouges dont vous aviez fait la monnaie de billon de cet infâme commerce, sont redevenus le signe de l'honneur ? quand un homme influent a un trou à sa réputation, ils ne servent plus à y mettre une pièce? — Or, est-ce bien là l'effet qu'a produit votre révolution sur la moi*-ale publique?

Et que se passe-t-il encore à l'intérieur ? Sans doute, le candidat à la députation ne veut pas d'autre recommandation que son patriotisme et sa vertu? il est, au micu des électeurs, sans promesses et sans poignées de main, immobile et muet comme est une statue à vendre au milieu d'un groupe d'amateurs ? Sa vie passée, voilà toute sa profession de foi ? Une fois qu'il est à la chambre, il ne sait plus quel arrondissement l'y a envoyé? Il est libre de toute ambition locale et personnelle ; il est inconnu dans les bureaux du ministère, et scf commettants ignorent son adresse? Il ne songe, lui qui est magistrat et père de famille, ni à s'élever, ni à faire entrer au parquet son fils, jeune avocat sans causes, mais plein d'espérances? Il se regarde comme un végétal qui a atteint toute sa croissance et ne demande au soleil que de le revêtir tous les ans de ses feuilles accoutumées? — Or, est-ce bien là les députés que voire révolution vous a faits?

Que S3 passe-t U encore à l'intérieur ? De leur côté, sans doute, vos ministres ne veulent exercer autour d'eux aucune influcnci^ il-

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légiliiue? Ils savent que les emplois ne leur appartiennent point ; qu'ils ne peuvent en disposer comme de leur chose ? que, dans le choix des fonctionnaires publics, ils ne sont pas aussi libres que l'est un maître dans le choix de ses valets? Ils n'en font ni le patrimoine de leurs parents, ni la solde de leurs créatures? Ils se feraient scrupule de gouverner avec des boules pipées ? leurs subalternes restent complètement maîtres de leur vote : ils ne savent ce que c'est que de contisquèr à quelqu'un sa conscience? Si un fonctionnaire venait dire à M. Guizot : « Faut-il voter pour vous, ou pour l'opposition?» cet austère ministre répondrait: « Pour moi, si j'ai raison; pour l'opposition, si j'ai tort? Leur vertu est inflexible avec tout le monde ; que le choc vienne d'en haut, qu'il vienne d'en bas, ils résistent? Ils ne reconnaissent d'autre maître que la Nation? Ils veulent bien que le roi les préside, mais ils ne veulent point qu'il leur impose sa volonté : ils le laissent régner, et ils gouvernent? Ils ne font rien pour conserver leur portefeuille; arrivés au pouvoir avec la majorité, comme un bois inerte que le flux pousse, quand le reflux vient, ils ne cherchent pointa se retenir au rivage ? — Or, est-ce là les ministres que votre révolution a amenés au pouvoir ? Répondez !. .

Que se passe-t-il encore à l'intérieur ? Sans doute la représentalion nationale est maintenant une vérité? La Chambre n'est plus encombrée de fonctionnaires salariés, majorité inerte, indifférente, que prend celui qui vient des mains de celui qui s'en va, comme, en prenant une ferme, on prend les troupeaux qui en dépendent ? Elle est indépendante comme le sénat d'une vieille république; elle est l'ame et le cerveau de la France ; toutes les sympathies et les antipathies de la Nation ont un écho dans son urne ? Un ministre qui oserait porter atteinte à l'honneur du pays en répondrait sur sa tête, et si quelqu'un de ces chercheurs de portefeuilles s'avisait de déclarer à la tribune qu'il est allé au devant de nos ennemis autrement que pour les combattre, il serait chassé de la Giambre par une huée ? — Or, votre assemblée législative, est-ce

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a.n.i depuis volrc révolulicn do juillet, qu'elle est faite? Quant a l'autre Chambre, j'en conviens, il n'est point de révolution qu.

puisse la rajeunir.

Que se pa^se-l-il encore à l'intérieur ? Sans ooute cette promesse d'un gouvernement à bon marché qu'on vous faisait n'éla.l pas un leurre? Votre royauté citoyenne ne vous coûte pas plus cher qu'une présidence de république; peut-être même ce roi bourgeois qui trouvait un parapluie assez bon pour abriter son diadème, se conlente-t-il de ses immenses revenus personnels? Qu'avez-vous besoin, d'ailleurs, d'une royauté si bien galonnée? Votre France est-elle plus grande que du temps de Charlemagne, qui faisait vendre au marché les légumes de ses jardins? est-elle plus glorieuse que sous le gouvernement du premier consul Bonaparte, auquel suffisaient, pour vous représenter, les appointements de trois ministres? Sans doute encore les fils du roi promus aux premiers grades de l'armée aussitôt qu'ils ont la force déporter de grosses épaulelles. trouvent la ration de général dont Hoche, Kléber, Jourdan , Marceau , et tant daulrcs grands capitaines ont vécu, assez grosse pour les faire vivre ? Ils r.e nous demandent point, pour se rehausser, des escadrons de laquais et des files de carosses ? Us trouvent que de trop grosses poches ne vont point à un habit militaire ? Us ont, du reste, leurs revenus particuliers et la dot de leur femme ; si cela ne suffisait point pour leur faire mener le train d'un prince, c'est à la tendresse de leur père et noii à la munificence du peuple qu'ils s'adresseraient ? et , en effet, estce notre faute, à nous, s'ils sont altesses? - Or, en est-il ainsi,

je vous prie ?

Que se passe-l-il encore à l'intérieur ? Après une révolution, le fer et l'acier sont plus précieux que l'or. Sans doute, donc, ce n'est plus l'or qui fiiit vos capacités? dans votre âge de sincérilé, la richesse ne peut plus être ni un talent, ni une vertu : le titre de Français, voilà la seule capacité électorale que vous reconnaissiez ; el, en effet, parce qu'un maçon se retrousse les bras tous les

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malins, cela empéche-l-il qu'il n'ait de la capacité ? El pourquoi, si l'arrondissement lui payait sa journée, ne le représenlerait-i! pas aussi bien qu'un avocat qui a la langue enflée ? — Or, je vous le demande, depuis quatorze ans que régne voire révolution, a-t-on vu beaucoup de maçons à la Chambre ?

A l'intérieur, que voit-on encore ? La presse a sans doute sa part de la liberté qu'elle a faite aux autres ? Une révolution, parce que tout est tranquille, n'encloue pas son canon d'alarmes : quand le champ est ensemencé, elle ne brise point le semoir qui y a épanché le bon grain ; elle ne jette point la faucille qui a coupé les abus, parce qu'elle sait que c'est une mauvaise herbe qui repousse vile. La presse est l'amie des peuples : ce qui le prouve, c'est que les rois la persécutent. Or, si vous êtes le peuple, pourquoi la traiteriez-vous en ennemie? Pour craindre la vérité, il faut proDter du mensonge; vous donc qui ne profitez pas du mensonge, quand la presse dit vrai quel mal peut-elle vous faire? Si au contraire elle ment, si elle cherche à répandre des doctrines pernicieuses, la raison publique, ce juge qui ne se laisse ni égarer ni corrompre, n'est-elle point là pour en faire justice? Je suppose qu'un fou étalât des poisons dans les rues, trouverail-il le débit de sa marchandise? Ainsi donc, la presse jouit des délices de la paix; elle est libre de faire au peuple son éducation de roi; un mot lâché élourdiment, balle partie avant que l'œil ait été mis au canon, n'est plus un crime qu'il faut absolument juger en cour d'assises ? On ne voit plus de journaux dont le cautionnement soi t emporté par une seule amende ; plus d'écrivains passer les mains dans une chaîne, tandis que l'assassin protégé va en carrosse à la prison qui lui est destinée? Les procès de tendance sont morts, la complicité morale n'est plus, et la condamnation de Dupoty est d'une autre époque? — Or, parlez! est-ce bien là l'âge d'or que votre révolution a fait à la presse?...

Qu'y a-t-il encore à l'intérieur? La garde nationale, qu'en avezvous fait? Comment avez- vous réorganisé votre armée? Permettez-

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Yous à VOS soldats de se souvenir qu'ils ont un père, une mère, des frères ; qu'ils sont sortis du peuple, et qu'ils doivent rentrer parmi le peuple? L'armée, est-ce la garde nationale mobilisée, la pointe d'épée que porte la France, ou n'est-ce qu'uiij garde farouche qui se précipite aveuglément sur ceux que vous lui désignez, une lame de sabre ivre qui frappe n'importe où ? Voit-on encore les soldats et le peuple en venir aux mains dans nos rues, guerre impie où, quelque parti qui triomphe, c'est toujours la France qui est vaincue, elle qui saigne par toutes les blessures que reçoivent les combattants? voit-on encore des citoyens frappés au seuil de leurs maisons, et des femmes qui tombent en couvrant de leurs corps un époux ou un fils ? Quand la faim alongeant ses crocs et la cupidité sont en présence, est-ce toujours pour la cupidité que vous prenez parti ? Roulez-vous toujours aux pieds de vos chevaux ceux qui demandent du pain? les percez-vous toujours de vos baïonnettes? Et ceux qui ont échappé à vos soldats, les livrez-vous toujours à vos juges? — Dites-nous non, et je croirai que c'est bien une révolution que vous avez faite.

A l'intérieur, qu'y a-t-il encore? Sans doute on ne court plus risque de mourir de faim en France? La France nourrit tous ses habitants, comme un bois nourrit tous ses oiseaux et toutes ses bêtes fauves ? Vous avez sans doute établi de grands ateliers où tous ceux qui veulent se servir de leurs bras trouvent du travail , moyennant un salaire raisonnable? Au lieu de livrer les travaux publics à des s^ éculateurs avides qui font leur bénéfice des rognures enlevées au salaire de l'ouvrier, c'est vous-mêmes qui vous chargez de leur exécution ? Ce sont des ouvriers choisis par vous et bien payés qui font vos routes, vos ponts, vos canaux ? Vous avez des forges, des manufactures de drap et de toiles, des tanneries ; c'est vous qui confectionnez des armes, les habits de vos soldats, le harnachement de votre cavalerie? vous défrichez les landes ^ vous assainissez des marais, vous reboisez des montagnes, vous arrosez des plateaux arides, vous exploitez des mines ? Au lieu de

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perdre l'argent du budget à engraisser des sinécures, à faire vivre dans une fastueuse abondancedes fonctionnaires qui ne servent pas •rois fois l'année, vous l'employez à nourrir la Nation qui travaille? Il n'y a plus, en France, une multitude d'ouvriers dont les uns manquent complètement d'occupation, dont les autres tirent à peine, du travail de leur journée, le morceau de pain qui empêche leur famille de mourir? L'hiver, on n'en voit plus qui soient obligés de vend re leurs hardes pour vivre? on n'en voit plus balayés, comme une ordure, de leur galetas, parce qu'ils ne peuvent en payer le loyer ; plus enfin au devant desquels la cliarilé publique soit obligée de venir ? — Si cela est, oui vous avez fait une révolution ! si cela n'est pas, au moins faites donc une loi qui permette à ceux qui ont trop d'enfants, de les exposer, comme en Chine, au courant des fleuves ou à la lisière des forets. Nous n'avons, il est vrai , ni crocodiles, ni tigres ; mais il se trouvera bien çà et là quelque loup qui aura pitié d'eux et les dévorera.

Qu'avez-vous fait encore à l'intérieur? Cette révolution que vous célébrez, vous avez sans doute noblement récompensé ceux qui l'ont faite ? Les haillons sont des insignes, et ils ont la première place de vos fêle? ? Vos salons étincèienl de croix de Juillet dont l'éclat efface celui des décorations neuves ? Il n'est point vrai que Talleyrand, cet homme de trahison et de fourberies, dont les perfldies pourraient faire dix traîtres, soit revenu à la surface de votre cour? La renommée de l'austère Dupont (de l'Eure) vous couvre encore de ses rayons? Lafayette, ce vertueux mais fatal vieillard, qui n'a jamais su faire tourner sa popularité qu'au détriment de la France, est mort dans les bras du gouvernement, et il y avait des altesses aux quatre coins de son cercueil ? Laffltte, l'ari-hilecle de votre irône, et sous lequel tous les autres n'ont travaillé que comme des maçons, est descendu dans sa tombe entouré de votre reconnaissance et de vos regrets? Aux soldats obscurs qui ont versé leur sang dans votre querelle, vous avez sans doute fait une honorable existence? Ces femmes en haillons de deuil qui viennent

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s'agenouiller nulour de celle longue colonne de fer, ce ne sont poiiil les mérps et les ôpouses des martyrs de vos trois journées qui prient afin qu'on se souvienne là haut de leurs misères? Alais les plus braves de ceux qui ont fait votre révolution, où sont-ils que nous ne les voyons pas à cette fête? Ne viennent-ils point d'eux ces cris de maiédiclion qui percent les dalles de vos prisons? Ce brillant soleil, témoin de leur triomphe, jette- 1- I seulement, pour saluer leur gloire, un rayon à travers leurs barreaux ? Mais non ! quand on célèbre une révolution, on n'en traite point ainsi les auteurs ! Il est impossible, tandis que vous poursuivez votre orgie dans la salle à nianger de ce brillant édifice, que ceux qui l'ont élevé soient enfermés dans les caves ! Si vous les aviez crus de trop à la surface de la France, vous n'eussiez pas osé les enfermer dans leur cercueil avant qu'ils fussent morts; vous eussiez eu le courage de voir coulcrleursang, et vousieur eussiez publiquement fait couper la télé : Entre tuer et faire mourir, \ous savez bien qu'il n'y a que la différence d'un petit espace de temps ; que faire boire de la ciguë à un condamné, ou lui faire respirer l'air empoisonné d'un cul-de-basse-fosse, c'est toujours à peu prés la même chose. On ne vanterait point voire générosité, si vous n'aviezsu que commuer la mort en agonie !

Quoiqu'il en soit, montrez-moi parmi vos fonctionnaires un seul véritable combatlant de juillet, et votre révolution ne sera point pour moi une chose invraisemblable. Mais non, quand vous nous dites que vous avez fait une révolution, vous vous vantez ! vous n'avez fait que changer la couleur de vos tentures, que hisser ur> oiseau de basse- cour à la place d'une fleur dont l'odeur était épuisée ! Vous croyez que vous avez édifié, et vous n'avez que badigeonné des décombres. Non ! encore une fois non ! Faites-nous faire, si vous le voulez, trois sommations par le commissaire de police, mais nous ne nous réjouirons pas !....

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