LETTRES AU SYSTÈME
comme un vieux meuble dans une venle? N'esl-ce pas que nous sommes d'accord sur ce point? Mais, au lieu de salaire, vous voudriez, vous, qu'on allouât une indemnité aux représentants de la nation ; vous dites que de cette façon les fonctions de député deviendront accessibles aux hommes de vertu et de capacité assez riches pour mener avec honneur l'existence du chef-lieu, et trop pauvres, toutefois, pour vivre et pour faire remarquer leur existence au milieu du luxe de la capitale.
Une indemnité au lieu de salaire, dites-vous. Mais, salaire ou indemnité, c'est toujours de l'argent. Inventerez-vous une monnaie particulière pour faire à vos députésleur décompte? Ne voyezvous pas que, quelque effort que vous fassiez pour le cacher, le peuple apercevra toujours le fil d'or auquel sera liée l'indépendance de son représentant? Croyez-moi, épargnez à votre député tout contact avec le ministère des finances , n'enchâssez pas son patrimoine dans un cadre d'argent : une couronne d'or et une couronne de lauriers ne peuvent tenir sur le même front. Vous m'allez trouver bien romain pour un compatriote de M. Dupin ; mais, est-ce qu'à Rome les consuls avaient une indemnité de représentation, et les tribuns du peuple des frais de bureau ? Et ces grands généraux de 93, ce Iloche qui mangeait dans l'étain , s'inquiétaient-ils , quand ils allaient prendre le commandement de leur armée, s'ils percevraient religieusement leur solde? Ils savaient que la ration du soldat ne leur manquerait pas, et cela leur suffisait.
Si votre député est à la hauteur de ses fonctions , quel que soit son revenu , il en vivra à Paris comme dans son déparlement. Il n'aura pas de voiture ; mais, sera-t-il déshonoré pour aller comme vont 30 millions de ses concitoyens? Il n'ira pas aux fêles des ministres, mais il étudiera, à son petit foyer, les intérêts de la nation. Il dînera à 40 sous ; mais il se résignera volontiers à celle privation, en se rappelant qu'il y a grand nombre de citoyens qui ne dtnenl pas tous les jours. Son luxe et sa magnificence à lui, ce sera
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sa pauvreté; il s'en fera une couronne; il rayonnera cuiiime un beau el pur diamant au milieu de toutes les verroteries du ministère. Quand il s'élèvers contre les turpitudes de notre époque, M. Sauzet n'osera point lever sur lui sa sonnette, et sa parole éclatera comme un éclat de tonnerre, d'un bout de la France à l'aulre, parce qu'à côté de cette parole il y aura l'autorité de toute une vie. S'il se ruine en défendant nos libertés ; s'il ne laisse à son fils qu'une place vide sur sa banquette , eh bien ! nous écrirons sur sa tombe : Ruiné pour la patrie , et le peuple français adoptera sa famille.
Mais, en voilà assez sur ce sujet; j'ai achevé clopin dopant ma carrière ; je me hâte de reprendre mon martinet , car il y a ici de grands enfants qui se conduisent mal , me voyant occupé ailleurs.