‹ ŒuvresChapitre 19 sur 45 · QUELQUES PAMPHLETS · texte numérisé non relu

QUELQUES PAMPHLETS

abbé : je ne vous le dirais pas, quand bien même vous me mettriez à la question; j'aurais peur que M. Dufêlre lui donnât de l'avancement.

Le second pamphlet est de M. Paillet. M. Pailleta fait contre moi des pamphlets qui valent beaucoup mieux que celui-ci. Ainsi, il m'a faitcondamner à huit jours de prison; ainsi, quand

il était du comité cantonna! Mais, qu'importe, je vous donne

son pamphlet pour ce qu'il vaut.

D'abord, il faut vous dire que, de son vivant, M. Paillet jouissait de l'estime de ses concitoyens, sa canne inclusivement; il parlait sans trêve et sans repos de l'estime de ses concitoyens. Vous lui eussiez dit, au cercle littéraire de Clamecy : « IM. Paillet, vous avez fait une grande faute de littérature, eu tirant cette bille au doublé ; » vous lui eussiez dit, dans un bal aux frais de la ville : « M. Paillet, vous avez mal exécuté cet en-avanl-deux; » il \ous eût répondu, se rejetant fièrement en arriére : « Apprenez, monsieur, que je jouis de l'estime de mes concitoyens ! » Mais, je ne sais comment cela se Cl, bien qu'il jouît de l'estime de tous ses concitoyens, M. Paillet fut tué raide aux dernières élections municipales, et Dieu sait ce que sa fin déplorable a coûté de larmes aux ménétriers et aux divers employés des bals bourgeois ! M. Micol en fut indisposé de chagrin, son épouse en eût des vapeurs, et, pendant trois jours, tous les violons salariés du canton exhalèrent des sons plaintifs de leurs cordes Cependant, M. PailU'l revient. D'abord, il revient le samedi de chaque semaine à son audience; ensuite, il revient Ions les soirs au cercle liltéraire de Clamecy, dont ses talents au billard et à l'impériale, deux genres de littérature qu'il possède à un haut degré, l'avaient fait nonmier président.

Or, audit cercle littéraire, après avoir lu mon premier pamphlet, il ouvrit, pour me servir de l'expression de Virgile, la

DE Mes ADVBRSAIRRS. 11$

bouche en ces termes : « Mais cel homme demande l'aumône! » Je soupçonne M. Paillet d'avoir fait un peu dt Ihéoloiiic.

Ses collègues, ébahis, allendaient qu'il s'expliquât; mais le grand trépassé se drapa majestueusement dans son linceul, et se tut; c'en était fait, le coup était porté. Ce trait de littérature m'avait mis hors de combat. Celui qui fait des sabots pour vivre, travaille; mais celui qui gagne sa vie en écrivant, mendie; cela est évident, et si évident qu'un célèbre avocat du crû l'a confirmé. Ainsi, il ne me reste plus qu'à briser ma plume et à épandre mon encre de la Petite-V^ertu dans le ruisseau ; bien heureux encore si , quand j'irai revoir mon pays natal , monsieur le maire de Clamecy, qui est l'avocat ci-dessus, ne me fait pas arrêter comme vagabond !

Et pourtant, ce M. Paillet, je l'avais amnistié à l'occasion du baptême du comte de Paris. 0 clémence humaine, ne feras-tu donc jamais que des ingrats !

Je sais les égards qu'on doit aux grandeurs déchues: aussi ne voudrais je rien dire qui fût trop dur à cette ame en peine; et même, si elle avait besoin de quelques de profundis, j'en aurais à son service; mais il ne faut pas que M. Paillet abuse de sa qualité de défunt pour attaquer les vivants: je n'admets pas que la grande infortune dont il a été frappé lui confère le droit d'insolence. Les ru-'ies, si elles veulent être respectées, ne doivent pa;? faire tomber leurs pierres sur les passants.

Toutefois, j'ai de l'obligation à M. Paillet : si je ne suis plus maître d'école, c'est à ses complots que je le dois. Je mécontenterai donc de lui répondre qu'il me prend pour un autre. Peutêtre me prend-il pour un homme dont je vais vous raconter l'histoire en peu de mots; car ce n'est pas une trop belle histoire. L'individu qui en est le héros pourra quelque jour être mis au rang des avoués célèbres ; mais je doute fort que sa biographie fasse jamais partie du PIutar(jiie de la Jeunesse.

Le héros, donc, de mon histoire était, sous la Restauration, un

Hi OIKLQIES PAMPHLETS

pauvre petit clerc râpé, besogneux, dînant de peu et déjeunant â peine, très actif, du reste, très griffonneur, mais, au demeurant, ne sachant où prendre une charge, et attendant qu'il lui en tombât une du ciel. En ce temps-là, un avoué de l'arrondissement se fjt destituer, et notre petit monsieur de demander sa charge. Il dit tant et tant de patenôtres à la porte des ministres, à la porte de mndame d'Angouléme, à la porte du roi de France et de Navarre, à la porte des valets de chambre du palais, qu'on lui fit la charité de la charge de son confrère, et, à vrai dire, il est le seul homme au monde auquel ledit confrère ait fait du bien.

Or, il advint qu'à son tour la Restauration fut destituée; alors notre avoué se mit à déblatérer contre la Restauration, comme s'il n'eût fait que cela de sa vie.

« A la vérité, disait-il, celte dynastie a rendu un grand service à la France en me faisant avoué, je ne puis dire le contraire; mais son parjure a effacé tout le mérite de cette action : je ne la connais [)lus. »

Il fut d'abord tout liberté, tout ordre public; mais, la liberté étant tombée dans la disgrâce de la cour, il finit par n'être plus qu'ordre public. A cette époque, il prit une canne, porta le ventre en avant, et rejeta les épaules en arriére : pose symbolique qui indiquait la stabilité du gouvernement en même temps que l'importance du personnage. Vous sentez que les bienfaits de la Restauration devaient brûler les mains à ce généreux patriote ; aussi, n'avail-il rien tant à cœur que de s'en débarrasser. Il eût bien pu, comme tant d'autres, donner sa démission; mais le député de l'arrondissement eût été assailli de pétitions au sujet de sa succession, et il voulait épargner cet embarras au grand homme. Ayant donc trouvé un bon prix de sa charge, il la lava.

« Louis-Philippe, ô mon roi! s'écria-t-il alors, tu le vois, je n'ai plus rien à celte coupable dynastie ! gratifie maintenant ton serviteur d'un bon cmiiloi ! »

nP. MES ADVERSAIRES. 115

(! Mais, me dit quelqu'un, cet homme ress. mbie beaucoup à un mendiant qui, sa besace pleine, va vendre le pain qu'il a ramassé, et revient dire à d'autres portes: Un morceau de pain, s'il vous plaît, pour ce pauvre homme qui meurt de faim. »

— « Monsieur ou madame, allez demander cela à monsieur le maire de Clamecy, qui apprécie si bien la mendicité, et laissez-moi achever mon histoire. »

Il n'y avait pas, pour le moment, d'avoué destitué dans le pays. Le héros infortuné de celte histoire fut donc obligé de se contenter d'un emploi non traficable. A la vérité, cet emploi lui donne peu de peine et ne lui rapporte pas mal d'argent; mais il est toujours fort désagréable de ne pouvoir vendre ce qui ne nous a rien coûté. Ce qui console, du reste, cet honnête fonctionnaire, c'est que, quand 1 dge le forcera d'abdiquer, il pourra revendre à son successeur sa robe et ses vieux rabats.

Si M. Paillet me prenait pour ce grand mendiant, il me ferait beaucoup trop d'honneur; j'avoue, en toute humilité, que je ne suis pas digne de délier les cordons de sa besace, et même que je n'aurais pas la force de la porter.

Adieu, M. Paillet; quoi qu'il advienne, c'est un suprême adieu que je vous fais. J'aurais pu répondre plus au long à votre pamphlet ; mais j'ai craint de faire de la peine à votre canne, à votre canne, veuve inconsolable, qu'on voit toutes les nuils rôder autour de la boîte où les électeurs vous ont enterré, et qui s'en retourne chancelante, désespérée, et jetant comme un bruit de gémissements sur le pavé, parce que votre main ne s'est pas appuyée sur sa pomme. On dit même que dernièrement elle a battu voire greffier qui, l'ayant rencontrée dans la rue, voulait la ramener à la maison. Toujours est-il que je perds en vous un beau sujet de pamphlet, M. Paillet!

Voici maintenant quelques pamphlets de la f&çon des béates. 11 y a , à mon égard , un schisme dans la congrégation de

116 QDKLQUES PAHPHLKTS

M. Gaume: beaucoup de ses vierges prétendent que je me meurs parla protection desainleFlavie; beaucoup, aussi, plus impatientes que les aulr«s, veulent que je suis déjà mort, trésniort, et niéine enterré. Je me meurs, soit ; cela est po.-sible. 11 y a longtemps, en effet, que les années de la jeunesse, ces beaux oiseaux de passage, qui fuient aux approches de l'hiver se sont envolées de moi. J'ai fuit plus de la moitié de mon voyage ; déjà je suis sur l'autre versant de la vie, lerre'raorne où il reste à peine aux arbres quelques feuilles, et dont le ciel gris et gypseux est plein de neiges qui voltigent I Or, quand on est arrivé à cette pente, on roule plutôt qu'on ne descend. Mais, que je sois mort, je le consleste. Voilà, du reste, un miracle qui est /toc à sainte Flavie; que je meure aujourd'hui, que je meure demain, que je meure dans dix ans, les vierges émérites de M. Gaume ne manqueront pas de dire que c'est leur sainte qui m'a tué.

Ces menaces d'une mort prochaine m'effrayaient, je l'avoue; mais saint Claude, mon vénérable patron, m'est apparu une de ces dernières nuits : « Ne crains rien, mon cher Claude, Jésus- Christ a lu les pamphlets, il les approuve, et s'il ne s'y abonne point, c'est seulement pour ne pas désobliger 31. Dufêtre. C'est toi qui défends la religion , et ceux qui l'allaquent , c'est cette tourbe de jésuites qui la manipulent , qui la façonnent dans l'intérêt de leur ambition, comme si elle était leur chose. Tu tousses, je le sais; de là haut je t'entends tousser, et, sans compliment, je trouve que tu tousses très bien ; mais ne prends point de sirop de gomme, c'est un liquide insigniûant; couche-toi tôt, léve-toi tard, et va t'imprégner de l'air salutaire de la campagne. Je n'afBrme pas que ce régime te guérira , je ne suis pas moi, un de ces saints empiriques qui font la médecine comme s'ils avaient besoin de cela pour gagner leur vie. Mais si sainte Flavie touche à ta poitrine, elle apprendra ce que c'est qu'un Claude : d'un coup de ma crosse, je lui mets son fémur en Cânt morceaux.

DK MES ADVKKSAIRIis. 117

— « Cher patron, lui répondis-je, esl-ce que par hasard voire crosse serait plombée? Mais, en tout cas, vous ne voudriez pas en faire usage contre une femme, vous êtes trop Franc-Comlois pour celai

— «Une femme, me répondil-il, une femme! qu'est-ce que cela signifie? La méchanceté est-elle donc inviolable, du moment qu'elle est jointe à la faiblesse ? Et toi-même, Claude, tout Claude que tu es. labstiens-lu de tuer une puce qui t'a mordu, par la raison que lu es plus fort qu'elle ? » •

Là dessus, je m'inclinai, et mon saint palron disparut, ne laissant d'autres traces de sa présence que quelques lils de son interminable barbe.

Mais, voyez un peu, mes abonnés, quelle idée ces saintes femmes, élevées à l'école des prêtres, et nourries du corps et du sang de Jésus-Christ, se forment des objets de leur culte ! leurs superstitions sont-elles moins féroces que celles des sauvages qui engraissent leurs idoles de chair et de sang humain? Quoi ! voilà une jeune fille qu'elles adorent entre tous les saints, pour laquelle leur capricieuse dévotion a délaissé le grand saint Cyr lui-même, et elles s'imaginent qu'elle va assassiner par miracle un pauvre écrivain, père de famille du reste, pour quelques phrases qui ont mal sonné à ses oreilles! S'il en était ainsi, elle serait, certes, beaucoup plus proche parente de Domilien que ne l'établissait sa position dans les catacombes.

Mais alors, moi que vous traitez d'impie, je vaux beaucoup mieux que vos saints. Dieu sait toutes les plaisanteries que VEcho de la Nièvre a faites contre moi quand j'étais VAssnciaiion! Deux fois par semaine, il m'appelait patriote, indopendant et vertueux ; or, voyez un peu comme c'est agréable d'être traité de vertueux parl'.'.c/io de la Nièvre! Ce|)endanl, je ne suis pas allé attendre ledit Echo au détour d'une rue, et je n'ai perforé aucune de ses neuf colonnes avec ma bonne lame de l'oléde. Si ces saintes femmes écrivaient ce qu'elles disent, elles feraient contre la religion

118 QUELQUES PAMPUI.KTS

le plus sanglant de tous les pamphlets. De celte idée que les saints assassinent ceux qui les raillent, à cette conclusion qu'il faut assassiner ceux qui raillent les saints, quelle distance y a-t-il donc ?

D'autre part, un curé, je ne dis pas de ma paroisse, car je ne sais guère de quelle paroisse je suis, s'est permis de m'excommunier. Comme ce pamphlet estanlidalé d'au moins trois cents ans, je n'en parle que pour la forme. Ce minisire de l'Evangile s'imaginait, sans doute, que ma femme me servirait à dîner au bout d'une perche, que mon valet de chambre ferait mon lit avec des pinces, et que mon chien, cessant tout rapport avec un hérétique, refuserait de me donner la patte; mais je le préviens, pour sa gouverne, que rien de semblable ne s'est passé : il y a plus, hier, j'étais témoin à la justice de paix, et on m'a déféré le serment comme aux autres.

Passons maintenant à M. Dufèlre. M. Dufélre a prêché contre moi , or, comme j'écris ici et que M. Dufélre prêche là-bas, il est dilîicile que nous nous entendions. Pour éviter cet inconvénient, désormais j'enverrai mes pamphlets à M. Dufélre ; j'espère que, de son côté, quand il lui prendra fantaisie de parler de moi dans sa chaire, il m'invilera à son sermon : de cette façon, nous serons les meilleurs ennemis du monde.

Mais ce n'est pas là tout ; M. Dufètre a dit, dans des lieux à moi inaccessibles, que j'étais un esprîl infernal. Comme le digne prélat ne peut ni se tromper, ni tromper les autres, j'ai douté un instant de ma nature. A la vérité, je n'apercevais sur mon front aucun stigmate, pas le moindre bouton, pas la plus insignifiante verrue; mais cela ne me tranquillisait qu'à demi. Enfin, j'essayai de faire le signe de la croix, et l'opération ayant très bien réussi, je fus compiétement rassuré.

Mais, sérieusement, M. Dufélre, poiir(juoi donc suis je un esprit infernal ? Est-ce parce que j'ai révoqué en doute l'idenlité de votre sainte? Mais, vous-n)éme, vous avez dil quelque part que vous élicz prescjuesilr qu'elle était parente de Domilien. Si vous

DU MES ADVERSAIKBS. 119

en êtes presque sur, vous n'en éles pas enlicrement sûr; si vous n'en êtes pas enliéremenl sûr, vous en douiez, et si vous en doutez, vous êtes vous-même un esprit infej^rial : la logique n'a pas deux poids et deux mesures.

Est-ce parce que je ne veux pas croire à ces absurdes miracles que les jésuites vont colportant parmi le peuple, à ces enfants guéris par l'application d'une image, à ces lettres écrites du ciel par Jésus-Christ, et qui donnent de son style épislolaire une si malheureuse idée? Mais ces misérables charlatans, dignes tout au plus détre' écoulés par ces chrétiens de foire qui achètent des bagues de Saint-Hubert pour se préserver de la rage, rapetissent Dieu avec toutes leurs jongleries; ils le rendent ridicule, ils dépouillent sa face de ses rayons resplendissants, et nous le montrent sous les traits grotesques d'une caricature. Lui , l'auteur de toute intelligence et de toute raison, ces mauvais porteurs de tricorne le feraient volontiers passer pour un imbécile. S'il avait fait tout ce qu'ils racontent de lui, le sceptre de l'Univers commencerait à trembler dans sa main caduque, et il ne serait pas trop tôt qu'il conGât à'un conseil d'archangesle gouvernement des mondes. Que dire, en effet, d'un Dieu qui écrit aux hommes pour se plaindre qu'il est trahi par eux. et leur recommande de bien garder sa lettre? Ceci ! où tant de soleils resplendissent, celle terre si féconde, si parée, et qui nourrit tant d'êtres à ses larges mamelles, n'est-ce pas là des miracles assez éclatants pour révéler sa grandeur, sans que de maladroits serviteurs lui prêtent, croyant ainsi le rehausser, le rôle d'un écrivain public, dune médecine ou d'un emplâtre ? Mais ces colporteurs de miracles, ces marchands de reliques, ne s'aperçoivent donc pas que, dans l'intérêt passager de leurs ambitions impies, ils ruinent la religion en la livrant aux dérisions des incrédules ! ne se rappellent-ils pas que Voltaire, avec les légères, mais retentissantes boulettes de sa plaisanterie, a plus endommagé nos autels que tous les philosophes du dlx-huiliéme siècle avec les gros canons de leur logique ! et d'ailleurs cet

120 QtlKLQUE!» PAMPHLETS

axiome : « On ne croit pas au menteur, alors même qu'il dit la vérilé, » croient-ils qu'ils n'en sont pas justiciables comme les autres? La plupart des chrétiens d'aujourd'hui ne savent des choses saintes que ce qu'ils en entendent dire à l'église; leur raison aventureuse, éclose au soleil ardent de nos révolutions, ne se soumet plus à l'autorité des prêtres; quand ces prêcheurs de miracles apocryphes leur enseigneront les vraies vérités de la religion, ils leur riront à la face; ils prendront pour de la fausse monnaie l'or le plus pur de l'Evangile ; dans le ministre de Jésus- Chrisl, ils ne verront toujours que le charlatan ; à ses arguments les plus victorieux, ils opposeront cette objection profondément stéréotypée dans leur esprit : « Il a déjà voulu me tromper, il peut bien vouloir me tromper encore.» Quelle confiance, en effet, peuvent-ils avoir dans la parole de ce jésuite qu'ils surprennent à chaque instant en flagrant délit d'absurdité? Ils n'ont certes pas trop de toute leur foi pour admettre les mystères du christianisme, sans qu'on leur en fasse dépenser une partie à croire de ridicules miracles!

Est-ce parce que j'ai attaqué vos neuvaines ? Mais la prière que Jésus-Christ a faite pour nous ne vaut-elle pas bien toutes celles que peut composer M. Gaume? Jésus-Christ savait probablement aussi bien que vous tout ce qui est bon aux chrétiens. Or, si les neuvaines sont pour nous un moyen de salut, pourquoi ne nous les recommande t il pas dans son Evangile? si au contraire elles ne sont qu'un vain bruit, que des genoux souillés d'une inutile poussière, pourquoi faire dépenser à ces pauvres femmes leur temps dans une opération frivole? Soit une heure qu'elles perdent avec voire sainte, et supposons qu'elles soient mille ; si pendant neuf jours elles travaillaient toutts les mille une heure pour les pauvres, elles pourraient changer en chauds vêtements les haillons d'une cinquantaine d'entre eux ; et quand bien même elles n'auraient procuré ce bien-être qu'à un seul pauvre petit enfant grelottant dans ses guenilles, un malheureux soulagé n'est-

OB MKS AliVKKSAlHKS. l?t

il pas plus agréable à Jésus-Chrisl que toutc= ces mauvaises phrases, algues plutôt que fleurs de rhétorique, que lui fait jeter M. Gaume par ses béates?

Esl-ce enfin parce que j'ai effleuré vos congrégations de mes railleries? Homme ingrat! au lieu de m'en vouloir de ce que j'ai dit, remerciez-moi donc plutôt de n'avoir pas dit davantage. Le cœur vous a saigné de désespoir, à vous, quand vous avez lu sur le frontispice du Panthéon : aux grands hommbs la patrie kkcoisnaissante! Je n'ai pas dit, pourcfla, que vous lussiez un esprilinfernal, ni même un jésuite. Eh bien! j'éprouve, moi, la même douleur, quand je vois manœuvrer par la ville ces régiments de femmes que vous commandez en colonel, el dont le suisse de la cathédrale se fait le tambour-major; el je ne conçois pas comment il se trouve des mères qui y laissent enrôler leurs filles. Quel avantage trouvent-elles donc à vous confier la direction de ces jeunes âmes, à vous qui ne savez ni ce que c'est qu'un enfant, ni caque c'est qu'un père? Nous ne voulons pas, nous, faire de nos filles des vierges, des religieuses, des saintes à miraclés ; nous voulons qu'elles soient mères de famille, parce que c'est pour cela, et rien que pour cela que Dieu les a faites. Or, celte dévotion, surchargée de pratiques de cent sortes, et toute hérissée de scrupules que vous leur inspirez, sera-t-elle bien de mise dans leur ménage, à moins que ce ne soit un sacristain qu'elles.épousent? Pendant qu'elles seront à l'église, leur mari bercera-l il l'enfant ou fera-t-il bouillir la marmite conjugale? est-ce avec des lambeaux de sermon qu'elles le retiendront au logis? el lorsque s'approchanl d'elles, il se sera deux ou trois fois piqué aux épines de leur vertu, ne laissera-l-il pas sa sainte dans sa niche pour aller chercher des distractions là où on ne parle ni de l'enfer ni du paradis ?

Et sans que nos femmes se mêlent à nos luttes politiques, n'estil pas bon qu'elles aussi aient une ame citoyenne ? oui, une ame citoyenne ! d'abord, afin que nos enfants entendent dés leur ber-

Page 1