‹ ŒuvresChapitre 20 sur 45 · QUELQUES PAMPHLETS · texte numérisé non relu

QUELQUES PAMPHLETS

ceau prononcer avec amour le nom de la pairie ; puis, afin qu'elles n'abusent point du pouvoir décevant de leurs charmes pour nous détourner, nous, leurs époux, des devoirs que nous avons à remplir envers la France.

Et qui sait, d'ailleurs, ce que l'avenir nous réserve? qui sait si ces canons qui sont depuis si longtemps assoupis sur leurs affûts ne se réveilleront pas, et si nous n'aurons pas encore besoin des blanches mains de nos femmes pour nous pétrir du salpêtre ? Est-ce dans vos congrégations que nous trouverons de ces jeunes filles qui se seraient crues tlélries par l'attouchement d'un traître; de ces épouses qui vendaient leurs bijoux pour que leur mari pût aller rejoindre le drapeau national à la frontière; de ces mères qui étaient à demi-consoiées quand leur fils avait pour linceul la terre d'un glorieux champ de bulaille? Qui êtes- vous, vous qui voulez qu'on vous laisse pétrir à votre gré l'ame de nos enfants ? Voire patrie est-elle en France ou à iiome? avez-vous une famille? à quoi lenez-vous ? pour qui travaillez-vous? que laissezvous après vous? quels rejetons pousseront de vos racines ? êlesvous autre chose qu'un pieu stérile enfoncé dans le sol de la France? Vous voulez l'éducation de notre jeunesse; mais vous vous trouvez très bien comme vous êtes, sans doute : donc vous façonnerez vos élèves à votre image ; or, quel germe de liberté et de patriotisme avez-vous rencontré que vous ne l'ayez écrasé sous vos pieds ?

Sflvez-vous, pour en revenir à vos congrégations, ce qui est arrivé ici sous les derniers mois de l'Empire ? Tandis que la France, épuisée de sang, se défendait encore du tronçon de son épée contre l'Iiurope entière, un prêtre français se mettait tous les matins à la tête de nos vierges et leur faisait faire le chemin de croix pour le succès des armées coalisées. Oui, on faisait prier ces malheureuses jeunes filles pour que nos soldats tombassent sous les balles des Prussiens, et que la Restauration arrivât à nous avec tous ses transfuges sur leurs cadavres! et leurs mères n'en

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savaient rien I Et pendant ce lemps-là, peut être, quelques-unes, prosternées à un autre autel, Mlemandaient a Dieu le salut d'un fils ou d'un époux expirant sur notre dernier champ de bataille. Voilà comme on dirigeait nos jeunes filles ; et qui sait encore si cet abominable prêtre ne leur a pas dit qu'elles pouvaient , sans pécher, laisser un immonde cosaque se vautrer sur leur couronne ?

Âquoi sert-il, d'ailleurs, que nos filles aillent faire par la ville étalage de leur chasteté représentée par un cordon bleu ? les vierjiçes qui vont ainsi sont-elles plus chastes que celles qui, pudiquement cachées derrière les rideaux de leur chambrette, rajeunissent, avec leur industrieuse aiguille, le linge de la maison ou les vêtements de leurs jeunes frères? Cette blanche vertu de jeune fille dont vous voulez qu'elles fassent parade dans vos fêles, vous les exposez précisément à la tacher. C'est quelque chose de joli, sans doute, que ces deux fraîches guirlandes que vous suspendez à votre procession ; mais, parmi ces roses, quelques-unes ne laissent-elles point tomber de leurs pétales aux fanges de la rue? et même, si l'on cherchait bien, ne Irouverail-on pas au calice d'aucunes quelque poussière laissée par l'aile d'un papillon ?

Directeurs des âmes, êles-vous donc si étrangers aux choses de la vie, que vous ne sachiez pas que des hommes démesurément corrompus, ei nemis infatigables de la chasteté des femmes, guettent vos vierges au passage, et que, tandis qu'elles vont le front baissé sous leur voile, ils les analysent, ils les discutent, comme des objets d'art, et choisissent, parmi elles, celle qu'ils veulent faire tomber dans leurs embûches ? Sont-ce vos bedeaux qui repousseront, avec leur batte,'les regards passionnés des beaux-fils ? C'est une chose déplorable à dire, mais il est bien des liaisons peu honnêtes qui ont commencé à la procession et qu'on n'est jamais venu vous faire bénir à l'église. Que diriez-vous donc d'un berger qui, fier de son troupeau, le ferait parader au front d'un bois, devant une rangée de loups, afin que ces féroces animaux

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