UNR CROIX DR PLUS
ma barbe ou sur ma perruque poudrée de phosphore, jeté reconnaîtrai à celte marque.
« En tout cas, il ne faut point que tu espères entrer triomphalement dans le paradis; lu seras même très heureux, si lu entres par la chatière. Ne songe pas non plus à dîner avec Jésus-Christ. Jésus-Christ a aujourd'hui à sa table le Lazare et un grand nombre de pauvres diables qui ont pleuré, jeûné et grelotté sur la terre : loi et ta crois d'honneur, vous seriez fort déplacés en pareille compagnie. »
Eh ! qu'est-ce qui a donc pu autoriser le minisire à décorer notre évêque ? M. Dufêlre a inventé sainte Flavie ; mais le jésuite qui a inventé saint lomède n'est point décoré. Il a une grosse voix de prédicateur et un geste de plomb qu'il décoche à ses auditeurs comme un coup de poing; mais les cloches ont une plus grosse voix que la sienne, et le mouton tombe encore plus lourdement que son geste; cependant, il n'y a ni cloche ni mouton qui ait reçu la croix d'honneur. C'est un soldat intrépide d'Israël , et comme je ne sais quel chevalier de la Table Ronde, il a des armes noires; mais les soldats d'Israël ne sont que des soldats du pape. Et que fait-il de ses armes noires, à moins que, depuis quatre mois, il ne passe son temps à les aiguiser? Il y a ici un impie qui prêche, à plus de trois mille lecteurs, la religion de Jésus- Christ, el il ne l'a pas encore pourfendu. Il a prêché beaucoup de retraites; mais les prêlres — ses auditeurs — sont tous gens solides dans la foi ; avec eux il n'y a rien à faire pour un prédicateur. Quand M. Dufélre prétend les avoir corroborés, il me fait l'effet d'un homme qui, ayant donné deux ou trois pelils coups de maillet sur un pieu enfoncé par le mouton, prétendrait l'avoir rendu plus ferme. Il vend et débile de l'onr/i'cnf contre la morsure de la vipère noire ; mais cet onguent est une mauvaise drogue, qui ne devrait guérir celui qui l'a composé que de la croix d'honneur, et son docteur, Evarisle de Pufendol, l'auteur
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dudit onguent, est bien le plus plal el le plus sol charlalan que je connaisse.
Aucuns disent que c'est M. Manuel qui a joué ce mauvais tour à notre évéque; quelques-uns alTirnienl que c'est M. Dnpin. Pour M. Manuel, je le crois incapable d'une telle noirceur; il est, à Nevers, le candidat de l'opposition ; il n'a pas oublié la couleur de son mandat, et je suis bien sûr qu'il ne voudrait pas demander au minisire seulement son couteau à papier pour couper les feuilles d'une brochure. Quanta M. Dupin, ceux qui lui attribuent la décoration de M. Dufétre ne le connaissent point. Bien que M. Dupin soit de Clamecy, — el je ne dis pas cela pour faire une réclame en faveur de mon pays,— il a du sang de paysan morvandeau dans les veines ; de même qu'il sait le compte de son argent, de même il sait le compte des faveurs dont il dispose ; avec lui une croix d'honneur c>l une croix d'honneur, comme une liard est un liard: donnant, prenant, voilà sa devise; el encore, souvent, il prend bien longtem[)S avant qu'il ne donne. Il n'est pas homme à exporter ses décorations dans un arrondissement étranger ; il serait au désespoir que sa protection empiétât sur le domaine de ses confrères : ce serait un procédé peu parlementaire. Il sait que chacun est bien aise qu'où lui laisse ses électeurs à obliger; et d'nilleurs, bien que M. Bercier, l'illuslre principal de Varzy, vienne d'être décoré, il y a encore dans l'arrondissement de Clamecy bon nombre de gens qui ont mérité la croix d'honneur moins que M. Dufcire, et qui ne l'ont pas obtenue. M. Dupin est un homme juste; quand M. Dufêlre serait de RalTigny même, il ne consentirait jamais à le faire passer avant ces honorables nullités. Tout ce que pourrait faire M. Dupin pour notre évêque, ce serait de le citer, dans son premier discours au comice, comme un agriculteur 1res distingué ; et encore il faudrait que M. Dupin lui promit de porter un toast en son honneur.
Ka(îiQ£iKiiS QlaiL^
S| ° vvv'V ^^î|^ ï "^ Quclqups jours, un cercueil s'en allait 'S:^ XwV Ë^sreloUant et presque nu vers la dernière rle-
«^2» vi H ù ft^meure; les sombres valets de la mort ne lui
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^^ ^„ M /f^Savaient point fait sa toilette; il ne ruisselait
g?'-^ ,, j^'^ point de ces grosses larmes blnnchcs qui s'élaoc?D -i^' r^a'^°â'^"^ S""" '0"' Imceul; les cloclies, ces avares pleureuses qui font au riche de si bruyants adieux, ne lui jetaient point leurs lamentations. Là, point de croix se balançant aux mains d'un enfant de chœur, point de cierges clignotant dans la lumière do jour, point de prêtre répandant leur lugubre plainchant par les rues C'est que la femme qu'emportait ce pauvre cercueil avait avancé de quelques jours le terme de sa vie. et les prêtres lui avaient refusé le banal honneur de la sépulture chrétienne.
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Mais que vous Importe , ô madame Déal , aux pletis de ce Dieu où vouséles maintenanl assise , l'insulte posthume faite à votre cadavre ! Qu'aviez-vous besoin de leurs indilTérentes prières , vous dont les longs jours, semblables à ceux d'un fécond été, avaient tous porté leurs fruits? Le Sauveur des hommes a dit que le royaume des deux appartiendrait à celui qui aurait donné aux pauvres un verre d'eau en son nom. Parce qu'il ne veulent pas porter leur croix devant noire cercueil , ce n'est pas une raison pour que Dieu nous manque de parole. Il aime mieux derrière un cercueil un ami qui vous pleure et un pauvre qui vous bénit , qu'un groupe de prêtres hâtant le pas dans leurs soutanes , et jetant avec distraction quelques versets de leur bréviaire. Ils proclament qu'il y a du saint Vincent de Paule chez cet évêque qui leur a ordonné de vous refuser les honneurs de la sépulture! mais c'est chez vous , Madame Déal , qu'il y avait une ame comme celle de saint Vincent de Paule , car vous , vous étiez pauvre , et vous avez exercé la bienfaisance comme les plus riches ; car vous , ce n'était pas les miettes de votre pain que vous laissiez manger aux malheureux ; c'était votre pain môme que vous leur abandonniez ; car lorsque vous étiez vous même harcelée par des besoins de toute sorte, vous faisiez passer les besoins de vos amis avant les vôtres, et vous alliez tendre votre généreuse main aux usuriers pour avoir de quoi les secourir ; car , si dans cette longue vie que Dieu vous avait faite si pleine de tourments et de misère, vous avez versé bien des larmes, larmes d'autant plus amères , que vous étiez obligée, comme vous le dites vous même, de les couvrir d'un masque gracieux et souriant, vous en avez essuyé bien davantage encore ; car, lorsque vous aviez été mille et mille fois la dupe de cette société égoïste et voleuse qui enfonce sa griffe dans tout ce qui est tendre, et qui plus tard vous a tuée, vous vous laissiez encore , noble et belle ame, généreusement duper par elle. Allez , si tous ceux que vous avez secourus et obligés étaient autour de votre cercueil , votre convoi mènerait une foule
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jjIus nombreuse à sa suite que celui de tous ces piètres qui vous ont refusé la faveur d'une suprême prière !
Mais quels lionneurs ont donc manqué à la dépouille mortelle de M"'<" Déal? Ses concitoyens l'ont vengée du sauvage arrêt porté par les prêtres contre sa mémoire ; ils n'ont pas voulu qu'elle s'en allât seule, comme une pauvreame fugitive et déserleuse, vers l'asile qu'elle s'était fait avant le temps. Bien que le ciel fût tout plein de nuages et qu'une froide averse pleurât sur les planches de sa bière, un long cortège de peuple, que sa fin déplorable avait, profondément ému , se pressait derrière ses restes mortels. Ces gens là, sans doute, ne priaient point pour elle à la façon de l'Église , ils n'entonnaient ni versets ni répons; mais ils racontaient ses vertus , ils disaient les bienfaits qui , malgré sa détresse , tombaient sans cesse de ses mains , comme tombent sans cesse des fleurs d'un arbre battu par le vent ; et cette oraison , pleine de larmes, de regrets et de bénédictions, valait bien , sans doute , ces cinquante à soixante francs de prières que nous vendent les prêtres et qu'ils nous font réciter par leurs chantres. Heureux le trépassé pour lequel on prie ainsi ! car celui-là c'était plus qu'un catholique, c'était un honnête homme, et il est déjà assis, à la droite de Jésus-Christ, dans un fauteuil resplendissant de gloire !
Et pourquoi «-t-on refusé la sépulture chrétienne à M™« Déal .' N'avait-elle pas assez souffert et souffert assez longtemps , pour qu'on eût envers elle un peu de ces égards qui appartiennent de droit au malheur? L'indigence , qui l'avait toujours suivie pas à pas , l'avait enfin atteinte près du terme de sa carrière ; mais dans cette ame noble et fière , à côté des faiblesses de la femme , il y avait toute la force de l'homme, de l'homme toutefois qui est fort.
Elle ne s'était point laissée aller au désespoir ; elle avait pris son ennemi corps à corps , et longtemps elle crut pouvoir se débarrasser de sa dure étreinte , mais sa résistance avait été vaine , elle était vaincue et terrassée ; elle voyait ses meubles . les vieux m r.)
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compagnons de sa longue vieel les lémoins de ses muettes souffrances , sur le point d'être ignominieusement vendus au marché. Son cercueil n'était qu'à deux pas de là , et les huissiers arrivaient: pour leur échapper, elle s'est réfugiée daas son cercueil. En quoi est-elle donc si coupable ? Au fond de celte vieille coupe où elle buvait depuis si longtemps , il ne restait plus que quelques gouttes de fiel , et elle a cru pouvoir les épancher à terre ; elle était à la fin de ce long jour si matin commencé , dont elle avait sans broncher supporté tout le poids : au bout, il n'y avait plus qu'une heure , mais une heure pSeine d'averses , de grêle et de tempêtes : elle n'a pas eu la force d'aller jusqu'au gile, et elle s'est mise à l'abri sous son linceul. Est-ce donc là un de ces crimes pour lesquels Dieu n'a point de miséricorde et qui imposent silence à la prière? Le malade qui , après avoir bu l'amére potion que le médecin lui a préparée, en laisse tomber quelques gouttes, mérite-t-il qu'on l'abandonne? et l'ouvrier qui quille le travail cinq minutes avant l'heure indiquée, doit-il perdre tout son salaire? M™« Dèal avait plus travaillé et plus vécu que les neuf dixièmes de ceux qui se laissent aller tranquillement jusqu'au terme naturel de leur vie : l'heure de sa faction était achevée depuis long-temps ; n'a-l-elle pu se croire le droit de dire à Dieu : « Mon Dieu, vous avez oublié de me rappeler; mes genoux fléchissent sous moi, cl je viens me reposer auprès de vous?»
Et, je le demande à ces prêtres qui se montrent si rigoureux avec nos âmes prolétaires , si leur roi Charles X , le lendemain de sa chute, se fût creusé un cercueil sous les débris de son trône renversé, auraient-ils refusé de conduire au cimetière sa royale dépouille? Si encore leurs héros de la Vendée , ces héros aux mains desquels ruisselait le sang de la patrie, s'étaient donné la mort une heure ou deux avant qu'on les fusillât , se seraient-ils donc fait prier pour mettre une croix sur leur fosse ? Celui qui aime mieux attendre patiemment la mort sur son lit que de se laisser couper unejambe gangrenée , vous lui donnez les honneurs
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de la sép-.ilturc chrétienne ; mais, se laisser mourir pour ne pas endurer une douleur quelconque ou se tuer soi-même plutôt que d'endurer celle douleur, n'est-ce donc pas la môme cliosc ? Ces martyrs eux mêmes auxquels vous avez accordé les honneurs de la béalificalion , et dont vous promenez triomphalement les ossements apocryphes par les rues . que sont-ils? Eles-vous bien sûrs que ce ne sont pas des suicidés ? Peu importe qu'on se jette sous les roues d'une voiture ou qu'on mette sa tête sous le coutelas suspendu du bourreau 1 Enîre se donner la mort et courir au devant d'une mort infaillible, quelle différencey a-l-il donc? N'est-il , du reste , aucun cas où le suicide soit excusable , des cas même où il serait un devoir ? El, dites-moi encore, si un goutTre s'ouvrait sur la place Ducale , et qu'un Curtius nivernais sy jetât pour sauver la ville , rcfuseriez-vous de l'enterrer? Vous damnez , sans l'entendre, le suicidé ; mais, savez-voussi l'infortuné qui s'esi donné la mort a eu la force de supporter sa vie , si son organisation défaillante n'a pas été obligée de fléchir sous le poids de ■ ses maux? Vous dites, ex cathedra, que le suicide est un crime trop énorme pour que l)ieu lui fasse miséricorde. Mais, bonnes gens qui voulez mesurer entre votre pouce et votre index l'immensité de Dieu , savez-vous donc jusqu'où va la miséricorde divine ? Pouvez- vous dire: elle s'étend jusqu'ici, et elle ne va pas plus loin , et est-elle obligée de s'arrêter là où vous avez posé votre grain de sable ? Et , d'ailleurs , quand bien même . en se donnant la mort, M""^ Déal aurait commis un grand crime , n'était-ce donc pas une raison de prier pour elle avec plus d'application encore que pour un autre ? Sur qui donc appellerez-vous la miséricorde de Dieu , si ce n'est que sur les grands pécheurs ? Si vous gardez vos prières pour ces Taules qui s'eiTacent d'elles- mêmes et que Dieu ne se donne pas la peine d'inscrire à notre passif sur son grand livre, à quoi donc vos prières sont-elles bonnes ? Ne ressemblez-vous pas alors à un médecin qui ne voudrait prêter le secours de son art qu'à des malades atlei nts de légères indisposi ti ons ?
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Et Ton nous dit que les prêtres se sont montrés très conciliant; dans cette alTaire !... Savez-vous ce que leur esprit de conciliation , aidé de leur charité chrétienne , leur a inspiré ? Si deux des plus proches voisins de la défunte avaient voulu attester qu'à l'heure de sa mortelle était dans la démence , le respectable curé de Saint- Pierre se fût hasardé à prier pour elle. Mais le respectable curé de Saint-Pierre, quoiqu'il n'allât pas prendre son café chez M™* Déal , savait très bien qu'elle n'était pas folle ; il eût pu savoir même qu'elle avait une de ces fortes intelligences qui ne s'affaissent point sous le poids des années, plantes toujours vertes , dont les âpres gelées de décembre ne peuvent tarir la sève.
S'il eût le moins du monde douté de la raison de M'"'= Déal , la lettre écrite par celte dame entre les deux réchauds empoisonnés qui l'ont asphyxiée et dans laquelle elle expliquait , avec des paroles si louchantes , les motifs qui Pont déterminée à se donner la mort, eût complètement dissipé tous ses doutes. Cependant, le respectable curé de Saint-Pierre, sur la foi d'un certificat faux , notoirement faux, et aux signataires duquel il eût été obligé, s'ils fussent venus s'en accusera son tribunal, d'infliger une dure pénitence , se serait décidé à enterrer M°'«' Déal.
Mais ce tricorne qui s'en va flottant entre deux eaux appartientil bien à un véritable prêtre ? Ce certiflcat postiche que provoquait M. le curé de Saint-Pierre ne changeait nullement sa position, et laissait à découvert toute sa responsabilité. La proposition qu'il faisait aux amis de M^^ Déal revenait à ceci : « Mentez-moi d'abord, et je mentirai ensuite à Dieu. » M. le curé de Saint- Pierre serait bien aise de complaire h Dieu , mais il serait fort contrarié s'il avait le malheur de déplaire à Satan , et c'est à lui qu'il fait des concessions. Ceux qui prétendent que ces concessions sont inspirées par la charité chrétienne se moquent de nous. Je les plaindrais s'ils pensaient ce qu'ils nous disent , et je les plains bien plus encore de ce qu'ils nous disent ce qu'ils ne pensent pas La charité chrétienne n'inspire pas le mensonge , et d'une vertu i\
MADAMF, DKAT. 213
ne peut naître un vice. Cependant , quand on f l'honneur d"élrc prélrc, il faut avoir, envers tout le monde, le courage de son ministère ; il ne faut pas avoir une oreille pour les ordres de Dieu et une autre pour les réclamations du monde. De deux choses l'une: si Dieu — car, selon eux , l'Eglise et le Maître du ciel et de la terre, c'est la même chose — si Dieu , dis-je , ne défend point de prier pour les suicidés , M. le curé de Saint-Pierre devait , sans parlementer, sans laisser implorer son ministère , passer son surplis et suivre le corps de M"'« Déal ; si Dieu , au contraire , interdit à ses prêtres toute prière en faveur des suiciiiés , il fallait déclarer nettement , résolument , et sans avoir recours à des faux fuyants de jésuite , que 1 Église n'avait point de prières pour M""" Déal, La conduite timide et vacillante du curé de Saint-Pierre laisse douter de son bon droit et de la fermeté de ses convictions.
En effet , voici un arrêté de police religieuse qu'on suppose avoir été pris par Dieu. Si M. le curé est bien convaincu qu'il est en clTct l'œuvre de Dieu, il doit le mettre à exécution , strictement, ri^'oureusement, et dans toute sa teneur. Lorsqu'il hésite , lorsqu'il cherche à transiger avec l'obligation que son ministère lui impose, qu'il est là comme Marmont devant les ordonnances de Charles X, j'en dois conclure qu'il tient l'arrêté pour apocryphe ; car , enfin , M. le cur<^ de Saint-Pierre n'est pas homme à se damner pour les vieux os de M™« Déal !
Hîais voyez, M. le curé de Saint-Pierre, quelle idée vous nous donnez de Dieu ! Vous dites bien , en chaire, qu'il est grand, qu'il est juste, qu'on ne peut lui rien cacher; mais, d'après la manière dont vous procédez avec lui , on serait tenté de le prendre pour un Géronte, pour un dieu ganache, pour un souverain imbécile de tous les mondes? auquel il est plus facile d'en impo- .ser qu'à un de nos rois d'or et de velours. Une infortunée s'est lionne la mort ; elle a longtemps prémédité et calculé son suicide ; elle a pris des précautions ingénieuses afin que personne ne vînt y mettre obstacle; cependant vous attesterez à Dieu , par un certi-
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ficat de deux voisins , que celte pauvre vieille était folle. Sur l'autoriléde ce certificat , Dieu, qui sait tout, qui voit tout, et qui punit les menteurs , croira à sa folie; alors, il admettra , comme bonnes et valables , toutes les prières que vous jugerez à propos de lui adresser en sa faveur.
Mais , s'il en est ainsi , nous avons là un juge bien débonnaire et bien facile. Si tant de gens se laissent damner comme des imbéciles, c'est véritablement bien leur faute. Pour moi, quand je verrai ma fin s'approcher, je prierai deux de mes voisins, hommes patentés , et juges du commerce s'il se peut , de me signer un certificat constatant que, durant ma vie, j'étais un des avaleurs de messes les plus gloutons de la paroisse , et même que j'ai fait des neuvainesà sainte Flavie. Je ferai légaliser ledit certificat par M. le Maire, et viser plus bas par M. le Préfet ; puis je recommanderai qu'on le mette dans mon cercueil. Il faudra que saint Claude , mon patron et mon avocat , soit bien mauvais orateur, s'il ne tire un bon parti de cette pièce.
Mais ce n'est pas là tout. Voici un prêtre chargé de prêcher à ses paroissiens l'horreur du mensonge, qui les induit à mentir, qui les provoque à être faussaires ! Dans l'afTaire dont il s'agit , le mensonge n'avait pas une grande portée , soit ; mais enfin , s'il est cas où les laïques peuvent s'affranchir des commandements de l'Eglise , n'en est-il donc point où les prêtres peuvent, eux , s'affranchir de ses ordonnances?
Cependant on ne peut lever une paille en France , que le clergé ne se hérisse et crie qu'on attaque la religion ; mais dans mainte et mainte circonstance , c'est lui qui lui porte les coups les plus rudes et les plus sensibles. Ils se proclament les apôtres du christianisme , les propagateurs de la foi; ils bravent les tempêtes de l'océan pour aller porter des catéchismes et de petites images de saints aux Sauvages. Tel d'entre eux, parce qu'il a une poitrine largement étoffée et qu'il possède une voix qui peut , comme l'orgue , emplir toute l'étendue d'une cathédrale , s'imagine que sans
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lui la croix ne pourrait se tenir sur ses vastes racines, et que le Christ tonaberait la face contre terre au pied de son autel. Mais j'en appelle à tout homme de bonne foi, à tout chrétien sincère et véritable, le nombre des hommes religieux ne serait-il pas de moitié plus considérable . s'il n'y avait pas de prêtres ?
Et voulez-vous savoir encore ce que son esprit de conciliation avait inspiré à M. le curé de Saint-Pierre? L'église était fermée depuis le matin; toute communication entre" Dieu et les fidèles était interdite ; les saints, privés des adorations quotidiennes de leurs habitués, s'agitaient dans leurs niches, et se demandaient ce que tout cela voulait dire. Cela ' julait dire , tout simplement, que M. le Curé avait fermé l'église h lout le monde , de peur qu'on n'y introduisît frauduleusement le orps de Madame Déal. Cependant la foule était épaisse et menaçante , elle s'amoncelait sous le portail comme une nuée d'orage, el déjà elle commençait à gronder, c'est-à-dire, pour ne rien exagérer, qu'elle demandait a^ec des cris qu'on lui ouvrît l'église , l'église qui est la maison de Dieu , et dont le prêtre n'isl que le concierge. Mais , toujours par le même esprit de conciliation, il. le curé de Saint-Pierre en avait mis la clé dans la poche de sa soutane. Cependant cette foule de peuple avait arrêté dans sa têie qu'elle prierait pour M""' Déal, et elle s'indignait qu'on voulût l'en empêcher. Elle prit un parti bien sage, sans doute, pour des gens irrités et qui ont en quelque sorte le droit de l'être : elle s'adressa à l'autorité civile, et M. le Maire ordonna qu'on fît ouvrir l'église. M. le Curé de Saint-Pierre n'a pas cru devoir résister à cette injonction : il a eu peur de l'écharpe tricolore, et il n'a point voulu armer ses bedeaux et ses enfants de choeur contre la force publique : il a mieux aimé ouvrir ses portes tout naturellement et avec leur clé accoutumée, que de les exposera être maltraitées par un dur serrurier et indignement crochetées. Voilà en quoi consistent les concessions faites par M. le Curé de Saint-Pierre. Il fondait son droit de tenir l'église fermée , sur un décret impérial du 23 prairial an xii , ainsi conçu :
2iG IHADAIVIE DÉAL.
'( Quand un ministre du culte, sous quelque prétexte que ce '< soit, se permettra derefuser son ministère pourrinhumation d'un <( corps, l'autorité civile, soit d'olTice , soit sur la réquisition de « la famille , requerra un autre ministre du même culte ; en tous « cas, l'autorité civile est chargée de faire porter, présenter, dé- « poser et inhumer le corps. »
Le décret impérial , faisait M. le curé de Saint-Pierre , dit bien que le corps sera déposé; mais om ? qu'est-ce qui me prouve que c'est à l'église plutôt qu'ailleurs? M. le curé de Saint-Pierre est lin formaliste avec lequel il faut mettre les points sur les i. Si vous aviez l'honneur d'être son voisin de table, et que vous lui dissiez : « M. le curé , versez-moi , s'il vous plaît , un peu de bordeaux , » il vous répondrait : « Je le veux bien ; mais où? car enQn , rien ne me prouve que ce doive être dans votre verre , plutôt que dans la poche de votre habit. » Du reste, M. le curé de Saint-Pierre pourrait bien avoir raison : c'est peut-être sur le fumier de la rue que le décret impérial veut que soit déposé le corps.
Mais parlons sérieusement. Napoléon n'était pas prodigue de son encre ; il n'a pas mis là pour rien : présenter et déposer; ces deux verbes désignent nécessairement deux opérations quelconques devant être faites parl'autorilé civile; or, ces opérations , quelles sont-elles ?Je ne suis ni bachelier ni docteur en droit, mais, à mon avis , voici en quoi elle consistent : d'abord Napoléon a voulu que le corps fût présenté au prêtre , afin que son refus d'inhumation fût dûment et légalement constaté, et que c'est par la présentation do corps seule qu'il peut l'être. Si donc, le corps doit cire présenté au prêtre , où peut-il être présenté ailleurs qu'à l'église? Et si c'est à l'église que le corps doive être présenté, nest ce pas là naturellement qu'il doit rester déposer jusqu'à 1 heure de son inhumation?
Il y a d'ailleurs un excellent motif pour que la chose soit ainsi. Parce que le prêtre , sous un prétexte quelconque , se permet de refuser la sépulture chrétienne à un citoyen , ce n'est pas une
MADAME nF.AI.
raison pour que ses amis el ses proches l'abandonnent. 11 y a sans ,loule parmi eux des gens qui croient que Die i est bien plus présent à l'église que partout ailleurs , el qui ne prient avec confiance qu'entre des cierges allumés et sous les sombres voûtes d'une nef; pourquoi donc la loi ôterail-elle à ceux-là la consolation d'apporter à l'église le cercueil de leur père ou de leur époux , et de répandre autour leur prières ? S'ils croient aux qualités dépuralives de l'eau bénite . pourquoi les priver du triste plaisir d'en mêler quelques gouttes aux larmes qu'ils versent sur les dépouilles qui leur sont si chères?
Votre ministère , à vous , prêtres , c'est de prier ; vous êtes payes par l'état pour prier, comme le cantonnier est payé pour entretenir les routes; quand vous ne priez point , vous ne gagnez point l'argent qu'on vous donne. Si , dans certaines circonstances , la loi tolère que vous ne priiez pas , elle ne peut vous autoriser a empêcher ceux qui prient de prier pour qui bon leur semble. Ils viennent, dites-vous , avec le cadavre d'un impie. Mais , soyez donc un peu raisonnables ! L'ame de cet impie n'est plus dans ce cadavre ; ce qu'on vous apporle-là , ce n'est que sa défroque , que des chairs mortes , des ûbres détendues , du sang figé , qui lui ont appartenu. Si vous ne voulez rien recevoir de ce qui a appartenu à votre impie , quand son paletot ou sa redingolte se présentera à la porte de l'Fglise , sur les épaules d'un de ses héritiers , le fercz-vous donc chasser par votre suisse ? Et , je suppose que , demain , M'a" Déal ressuscite et se présente à la messe , vous qui ne vouliez pas admettre son cadavre dans votre église vous seriez bien forcés cependant d'y admettre sa personne.
Le décret impérial dont notre curé s'autorise pour exclure de lÈglise les corps qu'il ne veut point enterrer , n'est rien moins que tendre pour les prêtres. Napoléon , par les termes mêmes du décret , semble reconnaître qu'il a eu tort de le porter. « Lorsque . (lit-il , le ministre d'un culte , sous quelque prétexte que ce soit, se permettra de refuser son ministère pour l'inhumation d'un
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corps , etc. » se permettra !... donc le prêtre , dans celle circonstance, s'arroge un droit qu'il n'a pas, ou qu'il ne devrait pas avoir ; sous quelque prétexte que ce soit !... donc il ne peut avoir de raisons légitimes pour refuser la sépulture chrétienue. Et. en elTet, il ne s'agit pas ici de sacrements : un enterrement religieux n'est autre chose que des prières récitées autour d'un cercueil. Or, comment un prêtre peut-il dire que sa conscience lui défend de prier?.. N'est-ce pas comme si un médecin disait que sa conscience lui défend de guérir ? Telle était , sans doute , la pensée de Napoléon lorsqu'il écrivait son décret. Mais, enfin , on ne peut attacher un prêtre derrière un cercueil , et le faire marchera coups de plat de sabre. Il est vrai qu'on pourrait lui dire : « Du moment que tu acceptes de l'état des appointements , lu es fonctionnaire; or, si tu ne remplis pas les fonctions , les appointements le seront retranchés. » El , certes, quand il se trouvera un gouvernement assez hardi pour parler aux prêtres sur ce ton, toute la nation applaudira.
Toutefois , celte concession que Napoléon leur a faite avec tant de répugnance, les prêtres veulent l'étendre encore : vous leur devez un mouton , et ils vous réclament dix bœufs. On tolère qu'en certaines circonstances ils nous refusent leur ministère , donc ils ont le droit de nous refuser aussi leur église. A cet argument on a répondu d'une manière péremptoire , en les forçant à ouvrir les portes de l'église ; mais de tout temps les prêtres ont procédé ainsi. Ce sont les empiéteurs les plus intrépides qu'il y ait au monde. Laissez-leur cueillir une rose sauvage à la haie de votre domaine , et dans dix ans votre domaine sera leur propriété.
Admettons cependant que M. le Curé fùl dans son droit quand il refusait quelques dalles de son église au cadavre de M"'<^ Déal , il use d'un étrange moyen pour le faire valoir : de peur que le cercueil de M"" Déal n'entre dans le saint lieu , il en ferme les portes. Un peu d'esprit de conciliation de plus , el il les eût barricadées. Mais permettez , respectable curé de .Saint-Pierre , si M'"" Déal s'est suicidée , nous, ses amis , nous ne nous sommes passui-
MADAMK DÉAL. 219
cidés , comme vous voyez. L'église nous api)artieiil aussi bien qu'à vous; nous y avons besoin , el nous voulons y entrer. Sur quel décret impérial , prèlre avocassier, vous appuyez-vous pour interdire à vos paroissiens le droit de répandre leur ame devant Dieu ? comme dit M. Gaume.Je vous en avertis, il y a des béates qui ont mal déjeûné, parce qu'elles n'avaient pas , le matin , fait leur prière à leur saint d'habitude. Est-ce que , selon vous, la paroisse, en masse , doit souffrir du suicide de M"'^ Déal ? Quoi ! si l'enterrement de cette pauvre dame eût eu lieu le dimanche , vous eusssiez donc privé tout le quartier des délices delà graiid'messe"? et s! son cercueil fût resté huit jours sous le portail de votre église , huit jours entiers l'église eût été fermée? Mais cela revient à une véritable excommunication ; pendant tout un malin la paroisse de Saint-Pierre a été excommuniée !
Du reste , il faut que je vous raconle , à ce propos , ce qui s'est passé dernièrement dans une de nos communes rurales. Le maire d'un village dont je ne vous dirai pas le nom , parce que je ne suis pasici à confesse , avait pris un arrêté pour éliminer les chiens de la salle du conseil municipal , attendu que ces animaux donnaient souvent leur avis dans les délibérations d'une manière fort indécente. Il avnit été instruit , par sin garde champêtre, qu'un membre du conseil auquel l'arrêté déplaisait , devait le soir venir à la séance avec son chien. Or, savez-vous ce qu'il fit ? il fit comme vous : il ordonna qu'on fermât les portes de la maison commune. Je vous prie, Monsieur le Curé, et même, au besoin, je vous requiers de nous dire ce que vous pensez de cet honnête officier municipal.
Les citoyens qui ont exigé que le corps de M™^ Déal fût déposé à l'église ont bien fait ; ils ont pris possession d'un droit contesté, et maintenant que le précédent est établi , nous ne verrons plus , sous un prétexte quelconque , des dépouilles chrétiennes ignominieusement laissées à la porte d'une église. Mais , selon moi , ils
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eussent mieux fait encore de porter tout simplement et sans aucune halte le cercueil de M™<= Déal au cimetière, li ne faut pas avoir l'air d'être trop privé de ce que vous refusent les prêtres : cela leur donne de l'importance , et voilà tout ce qu'ils recherchent. Soyez-en bien persuadés , toutes vos colères leur conviennent . les triomphes même que vous remportez sur eux leur sont agréables ; mais votre indifférence les tue , et c'est surtout là ce qu'ils craignent. Vous ne voulez pas enterrer mon oncle , mon parrain , mon neveu? tant pis pour vous ! vous n'aurez pas mes cinquante à soixante francs. Voilà , quand ils refusent d'inhumer un citoyen, ce qu'il y a de mieux à leur répondre. Si deux ou trois d'entre nous défendaient par leur testament quelle clergé les enterrât , les prêtres voudraient les enterrer de force.
Enlisant le décret impérial , je vois bien qu'à la rigueur les prêtres peuvent refuser leur ministère pour l'inhumation d'un corps. Selon moi, le décret impérial a tort, et j'ai déjà dit pourquoi. Mais, entin , le décret est le maître ; il ne m'appartient pas, à moi chétif , de discuter avec un adversaire qui a de si longues moustaches.
Est-il bien vrai , cependant , que l'Église, dans certaines circonstances, ordonne au prêtre de refuser la sépulture chrétienne ? Je ne le sais, et ne me soucie pas de chercher, pendant deux ou trois jours , le texte canonique au milieu de la poussière des bouquins; mais j'argumente de ce que je vois , de ce que, du reste , vous voyez tous. A Nevers , il paraît qu'on n'enterre plus les suicidés ; mais il y a des paroisses où on les enterre encore ; et je puis dire qu'à Clamecy, jamais curé n'a eu la cruauté de disputer, à un pauvre malheureux que la misère a fait sortir un jour trop tôt de la vie , quelques bouts de cierges et un peu d'étoffe mortuaire. Pourquoi cela , cependant? Cela viendrait-il par hasard de ce que la tour de Clamecy a deux girouettes et que la tour de Saint-Cyr n'en a point? Toujours est-il qu"un très grand nombre de prêtres ne se conforment pas aux ordonnances de lÈgîisc,
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jN'aurions-nous donc pas le droit de conclure ae là que les prêtres ne se damnent point en passant outre à ces ordonnances ; qu'elles ne sont pas très obligatoires , ou bien qu'elles sont tombées en désuétude, et que ceux qui refusent maintenant la sépulture chrétienne ne sont pas de vrais ministres de l'Évangile , mais des prêtres ambitieux et turbulents qui provoquent le scandale , parce que le scandale leur donne de l'iiriportance; qui aiment mieux irriter l'attention publique que de la laisser se détourner paisiblement de leur personne?
Maintenant, si un ministre du culte refusait d'enterrer un de mes proches, je lui adresserais celte petite question : «Croyezvous à l'efficacité des prières que vous répandez autour des cercueils ? Ces prières peuvent-elles garantir les trépassés de l'enfer, ou bien , n'est-ce qu'un vain solfège dont les lourdes notes ne peuvent arriver au trône éternel , ou trop tard y arrivent? Si vos prières sont inutiles , quand vous nous les vendez, vous nous escroquez notre argent : nous vous payons de la farine , et vous nous livrez du plâtre ; ou bien , si vous nous vendez votre plainchant comme musique , vous nous le vendez beaucoup trop cher. Si , au contraire , vos chants ont le pouvoir de tirer une ame coupable d'entre les pincettes ardentes de Satan , quand on vous les réclame poL • un chrétien et que vous les refusez, vous êtes des barbares, plus barbares cent fois que ces peuplades d'ogres qui font rôtir delà chair humaine et la mangent , que ce magot atroce qui faisait rogner tous les étrangers à la mesure de sa taille ; que ce tyran slupidequi allumait des chrétiens, en guise de torches , pour éclairer ses orgies ! Tous ces supplices étaient horribles sans doute ; cependant , un homme est bientôt brûlé , bientôt éteint , et bientôt coupé en deux paris par les dents d'une scie ; mais ceux dans lesquels vous laissez tomber nos âmes sont bien plus horribles encore, et ils ne finissent point. Si l'un de nous voyait un homme suspendu aux arbustes qui croissent aux parois d'un abime , il volerait à son secours ; vous , vous voyez une ame
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qui va tomber dans les flammes éternelles , vous n'avez que la main à lui tendre pour la sauver, et vous ne la lui tendez pas ; cependant , vous êtes des ministres de l'Évangile, et vous devez nous donner l'exemple de la charité chrétienne... Mais , votre cruauté est d'autant plus abominable que c'est votre piété ellemême! Ainsi donc, monsieur, choisissez entre les deux parties de mon dilemme : ou vous êtes un escroc , ou vous êtes un monstre. Vous aimez mieux être un monstre , je le sais bien ; mais tant pis |)0ur vous. »
A quoi servent, d'ailleurs, ces manifestations de sévérité que font les prêtres? Il fut une époque , sans doute, où un refus de sépulture eût jeté toute une ville dans la stupeur; mais, cette époque est de trois cents ans derrière nous. Les prêtres n'ont plus affaire à ces stupides générations du moyen âge qui croyaient que l'Église portait véritablement la clé du paradis sous sa soutane ; ils ne peuvent plus dominer par la crainte de l'enfer. Ceux qui croient à la puissance de Dieu , croient tré< peu à la toute-puissancespirituelle que le clergé s'attribue. Si vous analysez les éléments dont se compose la société actuelle , vous y trouverez quelques impies obstinés, d'une incrédulité inguérissable et à laquelle on ne peut rien faire comprendre; quelques chrétiens tiédes, qui vont à la mes^e par manière d'acquit , et remettraient volontiers leur carte au suisse, à la porte de l'église; puis une multitude indifférente qui ne veut se donner la peine ni de croire , ni de n6 pas croire, et qui se dit : Que la religion soit vraie, qu'elle soit fausse , peu nous importe ! nous trouverons toujours là haut un Dieu qui nous fera miséricorde... Le clergé n'a plus le bras assez fort pour remuer cette masse inerte. Il ressemble à un homme qui rencontre son ancien domestique et veut lui parler du même ton que s'il était toujours à son service. Toute veliéilé de domination que manifestera le clergé ne servira qu'à susciter contre lui des haines ou du ridicule. S'il veut conserver ce reste d'inflUence qu'il a encore sur de faibles et vieilles personnes , il faut
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qu'il se garde bien de chercher à reconquérir l'influence qu'il a perdue.
Les prêtres me croient leur ennemi ; mais c'est un conseil d'ami que je leur donne.
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