‹ ŒuvresChapitre 31 sur 45 · DUC DE NEMOURS · texte numérisé non relu

DUC DE NEMOURS

N mot, messieurs du minislére, un mot d'une cin- /quantaine de pages, s'il vous pialt. Voici encore des ^propos de dolalion qui linlenl et sonnent de par le monde comme des sacs d'écus qu'on effondre. Est-ce une fausse peur qu'on veut nous faire? seraient-ce des clameurs sinistres, mises en circulation par les compères du gouvernement, pour distraire notre attention de ces forts détachés qui poussent

de terre comme l'herbe d'avril, et couchent déjà Paris enjoué"? Paris, ce jacobin mal embouché qui a toujours aux lèvres des cris séditieux et une pipe culottée; Paris, ce turbulent géant qui, pareil à l'Encelade de la fable, soulève, quand sa Gèvre de liberté l'agile, l'Europe et tous les grands trônes dont elle est couverte! ou, dites-moi, ne serait-ce pas plutôt un gros moulin à vent qu'on donne à combattre aux chevaliers de la presse pour détourner leurs clameurs de ce gros nuage noir tout plein de jésuites que poussent vers nous les vents de rilalie, et qui, par une belle nuit, alors que tout le monde, et MM. Quinet et Michelet eux-mêmes, sera plongé dans un profond sommeil, fondra sur nos télés en une averse de tricornes? ou votre dotation est-elle chose délibérée en conseil, et faut-il dès ce moment nous imposer des économies pour lui faire un bon accueil quand elle nous sera présentée par le percepteur

Quoi! il est bien vrai que vous voulez une dotation pour le duc de Nemours ! Il vous faut votre dotation, n'y eût-il pas un écu en France ; il vous la faut, sinon vous ne répondez plus dû salut du pays, et désormais la royauté — se retranchant dans un économique célibat — ne procréera plus d'héritiers! Puis, comme il n'est pas juste que vous perdiez quelque chose, vous augmenterez voire dotation de l'apanage dont on a fait tort au jeune prince et des intérêts capitalisés dudit apanage. Et moi qui croyais que la rebutfade que vous avait fait essuyer la chambre de 1840 à l'occasion de ce malheureux apanage avait découragé votre zèle à nous prendre notre argent ! Mais une vertu qui vous est spéciale à vous, c'est la ténacité. Quand il s'agit d'écus, vous éles tenaces comme le ramoneur, qui ne lâche pas son bon monsieur qu'il ne lui ait arraché un petit sou.

Toutefois, s'il est temps encore de vous implorer, mes bons ministres, ayez donc un peu pitié de nous. Notre jeune dynastie, à tant bon marché soit-elle, nous a cotlté déjà bien des millions ; elle nous a coulé plus de millions qu'il ne nous en faudrait pou[-

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ineltre à la ceinture de la France cent places fortes et des milliers de pièces d'artillerie, plus d'argent qu'il ne nous en faurirail pour attacher à cent canaux leurs lourdes nageoires, et à cent chemins de fer leurs ailes de flammes ; plus d'argent qu'il ne nous en faudrait pour courber sous nos vaisseaux de ligne les (lois tributaires de cette Méditerranée que Napoléon appelait un lac français, et qui maintenant ose à peine baigner nos côtes et jeter ses vagues dans nos ports ; plus d'argent qu'il ne nous en faudrait pour déployer sur ces mers lointaines, où l'on insulte, où l'on arrête comme des malfaiteurs nos navires de commerce, un pavillon plus haut et plus large que le pavillon oppresseur des Anglais. Cependant jamais nous n'en avons fini avec la liste civile ; de temps en temps M. de Montalivet nous amène par la main un petit prince bien gentil qui saute au cou de la nation en l'appelant sa maman , et dont il faut que nous bourrions les poches de friandises.

J'ai longtemps cru que la liste civile était un être riche entre les plus riches, heureux entre les plus heureux ; que la garde nationale qui veille — en bonnet d'oursin — aux barrières du Louvre, empêchait le moindre désir d'argent d'y pénétrer et la dette la plus légère d'en sortir. Je me trompais, je reconnais volontiers mon erreur. Parce que la liste civile reluit, j'avais cru qu'elle était d'or : elle n'est que de cuivre. Il ne faut point juger de son opulence par les millions qu'elle absorbe ; il parait que ses louis n'ont cours dans les boutiques que pour des liards. Elle est plus pauvre que le plus pauvre paysan , que le plus piètre manœuvre du royaume. Tous ces gens-là trouvent dans leur travail de quoi nourrir leurs fils, de quoi doter leurs filles, et la liste civile, elle, ne le peut pas. Ce qu'il y a de plus déplorable, et M. de Monialivet en maigrit de chagrin, c'est qu'elle fait des dettes. Hélas, oui ! elle fait des dettes; elle ressemble à ces corps chélifs et malingreux qui dévorent quotidiennement des tombereaux de nourriture et \ftnt. tous les jours se desséchant à la mer Caspienne qui avale

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deux grands fleuves et je ne sais combien de rivières, el se rétrécit d'année en année; encore un demi-siécle de celle détresse, et nous serons obligés de mettre les petits princes en nourrice, puis de leur donner des bourses el des demi-bourses dans nos collèges.

O républicains farouches ! ayez donc encore le courage de reprocher à vos rois leur grandeur nécessiteuse et endettée ! Pour moi, que les Chambres viennent, quand elles voudront, m'offrir le diadème constitutionnel, je leor ferai dire par ma femme de ménage que je n'y suis pas. M. Dupin aura beau m'insinuer par le trou de la serrure que je suis une clé de voûte, quelqu'autre harangueur miope aura beau affirmer que je suis la meilleure des républiques, il n'y aura ni clé de voûte ni république qui fasse. Foin de cette indigence millionnaire ! je veux un métier qui me fournisse de quoi nourrir mes enfants de mon pain et les doter de mes propres deniers. Et toi, mon bon Georges, mon cher et gros philosophe, loi qui te trouves si bien dans ton large paletot de velours, qui cours si bien dans les brodequins déchirés, qui te passes si bien de ce que nous n'avons pas ; loi déjà mon camarade et mon ami bien plus que mon flls, n'est-ce pas que tu ne m'aimerais plus si je le mettais au cou une lourde besace de prince? n'est-ce pas que tu trouverais meilleur un morceau de gros pain gagné par mes pamphlets et mangé avec moi, qu'un gâteau plein de sucre et de confltures tendu par une main étrangère?

Mais si la liste civile est dans la détresse, quelle doit donc être notre position à nous autres contribuables? Vous, messieurs les ministres, qui n'avez qu'à vous pencher sur le budget et y prendre, vous vous imaginez que le sol de la France est un gravier plein d'or, que les millions s'y trouvent en tas au pied des arbres, que ces bons prolétaires qui se laissent tondre de leurs gros sous aussi docilement que le mouton se laisse tondre de sa laine, ont chacui], comme le prince Lutin de je ne sais quel conte, une rose magique qui leur secoue des écus à volonté ; que leur bourse est pareille à

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un puits OÙ toute la journée l'on puise à pleins seaux, et qui , le lendemain, est aussi plein que la veille. Mais il n'en est pas ainsi, mes bons ministres : la plupart de vos pauvres administrés ont bien de la peine à mettre les deux bouts de l'année l'un vers l'autre. Sur cent d'entre eux, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui sont incessamment vos débiteurs. L'impôt de 1843 ne nous a pas encore délivré sa quittance, que déjà l'impôt de 1844, plus béant et plus affamé que son prédécesseur, vient nous présenter son bordereau.

Liste civile et domaine privé viennent ensemble, clopin-clopant, sur des béquilles, nous déclarer qu'ils ne peuvent point payer parce qu'ils sont trop pauvres; alors, qui donc est riche, et qui paiera ? la nation, n'est-ce pas ? Mais la majorité de la nation, savez-vous de quels hommes elle se compose ?

Vous, gens du domaine privé et de la liste civile, qui vous faites si pauvres, êtes vous, comme le bûcheron, du malin au soir, dans l'herbe gelée de la forêt, à abattre des ormes et des chênes secouant leur neige et leur grésil sur votre tête?

Allez-vous, comme le vigneron, fouiller avec une lourde pioche le gravier ingrat de nos coteaux, et recevez-vous pour le salaire de toute votre jour ée un franc vingt-cinq centimes et un litre de piquette ?

Vous plongez-vous, comme le flotteur, jusqu'à la ceinture, dans l'eau glacée, pour amener sur le rivage ces longues traînées de bûches qui nagent au courant du fleuve ?

Comme le batteur en grange, battez-vous jusqu'au soir la terre avec un lourd fléau dont le bruit matinal a éveillé les coqs du village?

Piétinez-vous dans la boue comme le porte-faix, sous une charge qui suffirait à écraser une bête de somme ?

Restez-vous courbés sur le sillon, comme le moissonneur, pen-« dant seize heures de soleil ?

Vos femmes onl-elles durci la semelle de leurs pieds sur la grève des fleuves, el vonl-elles laver les lessives ?

Se tiennent-elles, comme la fruitière, grelottantes, et souvent, hélas! les entrailles vides, devant une pauvre boutique, qu'avec une pièce de cinq francs on achèterait tout entière ?

Quand vous reveniez de votre travail, accablés de fatigue et vos outils sur l'épaule, avez-vous quelquefois été jetés dans la boue par un carrosse de prince? ou bien, un orchestre de fête, pétillant et ricanant à travers les fenêtres illuminées d'un palais, vous a-t-il poursuivis de son ironique harmonie ?

N'avez-vous, quand vous êtes rentrés sous vos noires solives, que quelques broutilles ramassées le long des haies pour sécher vos pieds et réchauffer vos mains , et ne trouvez-vous dans votre écuelle , pour vous refaire le sang nécessaire aux travaux du lendemain , qu'une maigre soupe de pain noir ou des herbes à peine salées?

Avez-vous vu quelquefois votre famille à jeun et n'osant vous interroger de sa parole malade et altérée, chercher dans vos yeux si vous lui apportiez quelque nourriture, et vous éles-vous enfuis, pour pleurer à voire aise, dans la campagne, de rage et de désespoir , et jeter à Dieu , sous son ciel , des blasphèmes qu'il pût entendre?

Vous éles-vous trouvés quelquefois obligés d'envoyer votre fils tendre ses petites mains, violettes de froid, aux messieurs qui passent en manteau dans la rue, et vous est-il revenu les yeux en pleurs el les mains vides?

Votre femme, cette douce créature qui vous souriait, quand du noir abîme de votre ame le chagrin monlait à votre front, qui pleurait sur vos mains quand vous vous emportiez contre votre mauvaise fortune, qui se levait doucement d'entre vos bras pour coudre el repasser aussitôt que le sommeil avait raidi voire paupière, votre femme que Dieu avait unie à vous comme il unit les lianes en fleurs aux vieux arbres morts et desséchés, l'avez-vous vue

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s'éteindre lentement de faim , de froid et de nisére , et n'avezvous pas eu quelques gouttes de bouillon à verser sur ses lèvres ?

Avez vous imploré du curé de la paroisse un pan d'élofTe noire pour habiller son cercueil, et vous l'a-t-il refusé, parce que vous n'aviez pas dix francs à lui compter ?

Voilà la vie de ces homuies de sueur et de larmes dont la majorité de la nation se compose! et c'est en présence de celte misère que vous osez vous faire pauvres, c'est à ces gens que vous vouiez faire demander l'aumône par vos gendarmes ! Mais faites donc comparaison de leur situation avec la vôtre ! eux , ils n'ont point de souliers, et vous, vous avez vingt carrosses et cent chevaux pour vous emporter par les rues ; eux, ils ont à peine le morceau de pain qui empêche de mourir, vous, vous donnez à dîner tous les jours ; eux, ils logent dans des caves pourries et enfumées, dans des galetas délabrés, vous^ vous avez entre dix châteaux un château à choisir pour vous loger. Vous, pour abriter les rats de vos greniers, vous avez plus de meubles qu'il n'en faudrait pour meubler cent familles ; mais demain, si vous passez sur la place publique, vous pourrez voir les meubles d'une dizaine d'entre eux criés et vendus par les huissiers.

Et, depuis le temps qu'on prend dans leurs chaumières, qu'y a-t-il donc encor» à y prendre? Est-ce le berceau de leur enfant, le grabat de leur vieux père, la bague de noces de leur femme, ou l'escabeau sur lequel ils se reposent quand ils sont revenus du travail. Mais à quoi tout cela est-il bon pour rehausser un prince? Est-ce que l'aigle, pour monter plus haut vers le soleil , arrache les plumes des petits oiseaux et les attache à ses ailes. Toutefois, si vous trouvez appendue à quelque vieille muraille une croix d'honneur noircie de poudre, au milieu de laquelle rayonne la glorieuse effigie de l'empereur, je vous conseille de la prendre.

Mais pourquoi emplir mon ame de ces tristes pensées? j'aime mieux, ministres, vous faire une petite parabole :

Deux hommes vont ensemble dans un chemin creux et encom-

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bré de neige. Le premier a deux jambes d'élite, merveilleusement aptes à formuler le pas accéléré et fonctionnant comme celles d'un soldat qui voyage à trois sous par lieue, 11 dit à son compagnon ; <f Sous celte botte vernie et ce fin pantalon que tu vois, il y a une jambe de bois que tu ne vois pas et qui n'est connue que de mon valet-de-chambre ; tu peux l'aller trouver quand nous serons de retour à la ville, et il te montrera le plan de cette jambe. Aie donc pitié de moi, je le l'ordonne ; prends-moi sur tes épaules et portemoi jusqu'au gîle. — Hélas ! monsieur, lui répond son compagnon, je le ferais volontiers, car à votre manière de raisonner, je comprends très bien que vous êtes un grand personnage; mais, si vous avez une jambe de bois que je ne vois pas, moi, j'en ai deux que vous voyez très bien et même que vous pouvez loucher pour vous assurer qu'elles ne sont pas postiches. Si l'un de nous devait porter l'autre, assurément ce serait à vous à me piendre sur vos épaules. Cependant je ne réclame point votre aide; tout écloppé que je suis, je lâcherai d'arriver à la ville voisine avec les jambes qui m'appartiennent, et je vous conseille d'en faire autant.» Ne feriezvous pas bien, ministres, de prendre le conseil de cet homme pour vous-mêmes?

Quand bien même la royauté n'aurait pour vivre que sa liste civile, serait-elle donc au dépourvu? Ne peut-elle, comme lous les autres agents de l'adminislralion, élever sa famille avec ses appointements? —Pourquoi le peuple viendrait-il à son secours plutôt qu'au secours d'un cantonnier, par exemple, qui ne reçoit pour son pénible labeur que trois cents francs par an et un chapeau ciré? Serait-ce donc , par hasard, parce que la royauté gagne soixante mille fois autant que cette pioche fonctionnaire ? Mille bœufs attelés à la suite l'un de l'autre suffiraient à peine pour traîner dans son palais les sommes qu'elle prend au budget ; avec cette montagne d'or, ne peut-elle rassasier les appétits, très modérés du reste, de trois ou quatre princes? La reine des airs va-t-elle donc déposer ses œufs dans l'humble nid de l'a-

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louelte? la lionne, cette majesté rugissante du désert, envoie-t-ellc ses lionceaux téter la gazelle ? et le chêne allier, qui flotte comme un panache au-dessus de la forêt, va-t-il attacher ses glands aux branches des noisetiers ?

Et voyez comme, dans toutes ces questions d'apanage et de dotation, les régies les plus simples du bon sens sont interverties , comme on y met indécemment la logiiiue la tête en bas et les pieds en l'air ! Si le maire d'une commune quelconque faisait à son conseil la proposition suivante :

« Attendu que je suis monsieur le Maire ;

« Attendu que mon tils devient grand, et qu'il doit tenir un rang distingué dans la commune ;

« Attendu que je ne suis pas assez riche pour l'entretenir de belles femmes, de paletots neufs, de cigares de la Havane et de bouteilles de bière ;

a Je propose au conseil de lui allouer, sur les fonds de la commune, une pension de cinq à six mille francs, en attendant qu'il soit juge de paix ou percepteur.... »

Si, dis-je, un maire faisait une telle proposition à son conseil , vous le destitueriez de suite, comme un fou par avarice, et même vous auriez recours au télégraphe pour que justice fût plus tôt faite. Que dire donc de vous, ministres, qui, au nom de votre roi riche à des centaines de millions, faites à la France une semblabl3 proposition ?

Serviteurs imprudents de la royauté constitutionnelle, avezvous pris à tâche d'en dégoûter les peuples? Ne voyez-vous pas qu'à chaque demande d'argent que vous leur faites au nom d'un prince, vous les induisez à comparer le prix de revient d'une royauté entourée d'enfants à celui d'une présidence solitaire ? Ne craignez-vous donc point qu'épuisés enfin par tant de libéralités, ils ne se trouvent trop pauvres pour entretenir un royauté qui

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mange par lantde bouches, cl que, né pouvant se donnerun lustre, ils se conlenlenl de la modeste clarté d'une lampe?

Cependant vous allez partout criant contre les partis et vous emportant contre les révolutions. Mais les partis, c'est vous avec vos violences qui les avez faits, et les révolutions, c'est votre insatiable avidité qui les prépare ! Que d'autres vous combattent parce que vous corrompez la France, parce que vous l'humiliez, parce que vous la dégradez, parce que vous l'arrélez par sa robe lorsqu'elle veut s'avancer vers un soleil plus chaud et une terre meilleure, moi, si je vous combats, c'est que j'aime la paix et le silence, que je veux écrire et rêver tranquillement au coin de mon feu, sans craindre qu'une balle rouge ou tricolore me jette en éclats mon encrier à la face, et que je suis convaincu que c'est tout droit à une révolution que vous nous menez.

Professeurs émériles d'histoire, ne vous rappelez-vous déjà plus que c'est un déficit creusé dans nos finances par les prodigalités de Louis XIV et de Louis XV qui a amené la Révolution de 93, et un peuple écrasé d'impôts qui a renversé le trône de Louis XVI ? Mettez-vous donc bien dans la tête que, quand un peuple fait une révolution, ce sont toujours les fautes de ceux qui étaient au pouvoir qui l'ont suscitée ; que c'est toujours une masse d'hommes opprimés et las de leur oppression, qui se débarrassent d'une poignée d'oppresseurs. Si vous pouviez voir se former la vapeur révolutionnaire, vous la verriez toujours monter de quelque grand cloaque qui est au milieu d'un palais, et s'amasser dans les cieux en orage. Les peuples ne sont point d'imbéciles grenouilles qui chassent un brochet de leur étang pour prendre une grue. Ils veulent bien d'un roi qui les gouverne, mais ils ne veulent point d'un roi qui les pressure. Ils ont Vhabeas corpus pour leur personne, ils seraient bien aises de l'avoir aussi pour leur bourse. Si le litre de citoyen correspond à celui de niais qu'on affine, de dupe qu'on dépouille, ce n'était ma foi pas la peine que le peuple de Paris se dérangeât pour le conquérir !

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