DU DUC DE NEMOUBS
nucmcnl et de privations dans laquelle vous avez mis un quart d'heure de bien-être. Vous avez rempli le rôle de Dieu; car les fonctions de Dieu sont bien moins de maintenir invariables, sur leurs rails, ces masses énormes qui se croisent dans l'espace, que (le donner du bonheur aux créatures qu'il a faites. Quelqu'infillré (jue vous soyez par l'égoïsme, le souvenir de votre bonne action fera passer comme une chaude brise entre les dures stalactites de votre ame et en illuminera le sombre brouillard d'un rayon de joie. Si vous voulez revenir sur vos pas dans l'aride désert de votre \ ie, vous trouverez que de toutes les pièces d'or que vous avez dé- |)ensées pour assouvir les appétits de votre corps, aucune ne vous a procure une aussi douce satisfaction que ce liard que vous avez donné à un pauvre homme !
Mais lui, le prince qu'on dote, que nous rendra-l-il pour Taraient que nous lui avons donné? Nous bénira-l-il nous et notre maison ? nous ôtera-t-il son chapeau quand nous passerons à côté de lui dans la rue? nous offrira- 1- il de l'eau bénite quand nous le rencontrerons à la porte d'une église? éprouverons-nous, quand nous aurons vidé notre bourse dans ses coffres, la douce satisfaction d'avoir accompli ce précepte de l'Évangile : « Donnez à boire « à ceux qui ont soif, et à manger à ceux qui ont faim ? » Dieu nous ticndra-t il compte de notre aumône ? et si nous repoussions la supplique de son altesse, aurions-nous à nous reprocher notre dureté de cœur?
Ce parallèle est déjà un peu long ; mais il est bon de le continuer, parce qu"il est moral. Dans toutes les professions, même dans celles qui sont patentées, se rencontrent des gens qui déshonorent leurs confrères; pourquoi celle de cherche-pain seraitclle exempte de cette tache? Il y a des mendiants peu délicats, qui, pour escroquer la charité publique, s'appliquent de faux ulcères; il yen a qui tombent d'inanition au coin des rues, lorsqu'ils sont pleins de vin et de gigot de moulon ; il y en a qui se