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font conduire à travers la foule par un caniche bien appris qui tient une sébile dans sa gueule, et feignent d'être aveugles, lorsqu'ils jouissent dans toute sa plénitude, de la clarté des cieux. Ces mendiants-là, la loi ne se contente pas de leur répondre : « Dieu vous bénisse! » elle les traite comme des escrocs. Un dépôt de mendicité est trop bon pour eux, elle les envoie en prison se guérir de leurs infirmités. Or, le prince qu'on dote n'est- il pas toujours cl ne sera-t-il pas toujours dans cette catégorie ? Quelle différence y a-l-il entre mentir à la charité des particuliers, ou mentir à la charité d'nm nation? entre s'appliquer sur un œil valide un vaste emplâtre de taffelas noir et se créer des dettes, fournir de faux inventaires ou donner de fausses situations de revenus, toutes manœuvres que les princes à doter se permettent assez volontiers. N'est-ce pas toujours à peu prés le même mensonge? Alors, pourquoi le juge envoie-t-il le mendiant en prison, et va-t-il souhaiter la bonne année au prince qu'on dote ?
11 y a encore des mendiants qui exercent la mendicité à mairi armée, qui prennent d'assaut les fermes dont on a la malhonnêteté (le ne pas leur ouvrir la porte, et, de par l'autorité de leur gros bâlon, se font tremper la soupe. Ces industriels-là, je ne sais ce que la justice en fait, mais, bien certainement, elle ne les engage pas à poursuivre le cours de leurs exploits. Or, si vous examinez bien l'affaire, ne voyez-vous pas, dans la mendicité du prince qu'on dote, quelque chose de celle mendicité oppressive et armée dont je viens de parler ?
Dans tous les pays qui jouissent d'un gouvernement conslilulionnel, en Angleterre, en Espagne, en Belgique, on sait comment les Chambres législatives sont composées. Si le ministère n'y avait la majorité, il faudrait absolument qu'il n'en voulût point. Il a à sa dévotion, une grosse de fonctionnaires salariés, et un pareil nombre de fonctionnaires prétendants encore plus aveuglément dociles que les premiers; car ne pas donner aux nus serait plus
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loi fait que d'ôter aux autres, el il est plus facile de revenir sur sa promesse que sur un fait accompli. Ces assemblées sont censées délibérer, et elles ne font qu'obéir. Les boules sont pipées. Au lieu d'exprimer la volonté nationale, c'est toujours la volonté du ministère et de la Cour qu'elles expriment. En apparence, le trésor public est défendu d'une manière formidable : malbeur à toute sacoche qui en approcherait d'une lieue! Mais, en détinilive, ces terribles dragons, qui ont des griffes comme des crocs de fer et des dents comme des lames de baïonnettes, sont empaillés. Votre coffre-fort a une forte serrure et vous en avez la clé ; mais le ministère a un trousseau de rossignols avec lesquels il crochète à volonlé votre serrure. Avec des Chambres ainsi faites, demander une dotation pour un prince, c'est l'obtenir, et l'obtenir ainsi, c'est absolument la même chose que de la prendre soi-même. Or, entre le mendiant qui force le fermier à lui donner un morceau de lard et de pain, el le prince doté, qu'il soit Espagnol, Belge ou Anglais, qui le force à lui donner un écu , quelle différence y a-t-il?
Direz-vous que ma comparaison ne s'applique point au duc de >'emours. Sans aucun doute, je respecte trop le duc de Nemours, pour l'impliq :er dans aucune comparaison qui lui soit désobligeante; mais alors, au lieu de le faire doter par la Chambre, pourquoi donc ne vous adressez-vous pas à la libre munificence de la Nation? il ne doit point manquer, dans votre parti de conservateurs, d'aimables el charmantes épicières; car c'est toujours sur le terrain le plus pourri que naissent les plus belles roses. Priez ces dames de mettre à votre service toul ce qu'il y a de séduction dans leur regard, dans leur parole et dans leur robe d'organdi, et qu'elles fassent, au profit de voire dotation, une quête à domicile ; ou bien encore, ouvrez, dans toutes les communes de France, une souscription en faveur de ce pauvre duc de Nemours. Votre collecte ne s'élèvera peut-être pas à un million, ni même à cinq cent
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mille francs; mais alors VOUS ne serez que des mendianls ordinaires, et personne n'aura le droit de se plaindre que vous lavez extorqué.
La Restauration a eu, elle aussi, la fantaisie de faire contribuer la IValion à la fortune de son prince ; elle voulait que son auguste poupon, Venfant du miracle, comme on disait alors, fût magnifiquement logé, et il fallut lui faire cadeau d'une maison royale; mais, cette maison, elle ne se la fit pas adjuger par ses Chambre» : elle laissa à la générosité nationale son libre arbitre; et si les souscriptions n'étaient pas libres pour tout le monde, au moins l'étaienl-elles pour le grand nombre. Avec un peu de boime volonté, on pouvait prendre ce cadeau pour un hommage. Mais le duc de Nemours est altesse] par son cœur aussi bien que par son litre. Vous jugez trop des sentiments de son ame royale parceuv de vos âmes subalternes. Vous êtes des corbeaux qui venez offrir à l'aigle un morceau de cadavre; mais le duc de Nemours ne peut être riche d'une richesse mendiée,
« Quoi! vous dira-l-ii quand vous viendrez lui soumettre \olre projet de loi, la France ne me connaît encore que par un nom de prince, par un titre vide de fonctions, et vous voulez que le premier acte qui révèle mon e.\istence soit un acte de cupidité et d'avarice; que, pour faire connaissance avec elle, au lieu de lui tendre une main ruisselante du sang de ses ennemis, je lui fasse tendre, par deux laquais, un grand coffre qui bâille !... Eh ! qu'ai- je donc fait encore pour mériter de sa part cette dispendieuse reconnaissance? J'ai des décorations et je suis général, général dans un âge où les plus illustres lieutenants de Napoléon n'étaient encore que de simples officiers; mais je n'ai point ces cicatrices qui servent de rides aux jeunes capitaines; une légère fumée de poudre a à peine terni l'éclat natif de mes décorations; la graine précoce de mes grosses éitaulettes n'a point mûri dans l'atmosphère ardente des batailles ; mes victoires, à moi, ce ne sont que