DU DUC DE >'EMOUHS
des escarmouches heureuses enflées par vos gazelles el élevées par elles à la proportion de combals, mais dont un chien sulTirail à lécher le sang; les carrés que j'ai enfoncés, ce sont des groupes flottants de Barbares, aussi faciles à traverser que les tourbillons de poussière que le vent soulève sur les chemins. Je n'ai encore , pour élever ma colonne, que des cornes de bétail et quelques canons de fusils enlevés à ces tribus vagabondes. Le plus étroit de ces pavillons audacieux qui se pavanent insolemment sur l'Océan, el voudraient accaparer, à eux seuls, tous les vents de la mer, châtié par un de nos capitaines, et appendu aux murs des Invalides, à côté des drapeaux de l'Empire, vaudrait mieux que tous mes trophées. Si, dans ces régiments dont je passe la revue, je me trouvais face à face avec un vieux grenadier de l'Empire, j'inclinerais mon chapeau à plumes devant lui.
« Ma vie politique est sans éclat comme ma vie militaire ; c'est un matin où n'a pas encore resplendi de soleil ; si mon épée a à peine réfléchi l'éclair du canon, comme pair, je n'ai jamais éveillé, par de viriles paroles déjeune homme, les échos somnolents de la vieille Chambre; je n'ai encore apporté au gouvernement de mon père que l'appui stérile de boules muettes, que la main d'un enfant, aussi bien que la mienne, eût jetées dans leur urne ; mon front n'est encore couronné que de cheveux blonds et luisants, et vous voulez que la Nation me comble d'argent!... Mais, alors, que devrait-elle donc à ces vieux braves de l'Empire qui ont appendu leurs gibernes aux lambris de ces palais où vos ambassadeurs sont regardés de si haut, el où vos notes ne sont plus écoutées? Vous voulez, dites-vous, m'enlourer d'un luxe royal ; mais, ce luxe dont vous voulez m'enlourer, je le connais : c'est le luxe qui prend el non celui qui donne ; le luxe d'une fraîche couturière qui met, le dimanche, à son chapeau, un ruban neuf, est plus profitable que celui que vous voulez me faire.
« Et, d'ailleurs, croyez-vous donc que je n'aie pas lu l'histoire ? Qui demande maintenant combien Condé el Turenne avaient de
jjTi. DOTATION
laquais? Ce n'est point par une longue suite de carrosses que se rehausse un prince qui doit gouverner : c'est par des cœurs de citoyens, — non de courtisans, — qui battent d'espérance à son nom, et par des mains libres qui applaudissent sur son passage. Si mon frère fût allé à pied au milieu de ce peuple, il n'eût pas été emporté par une mort si tragique. Est-ce en augmentant, à mon bénéûce, les charges de la France, que vous prétendez m'allirer ses sympathies ? Voulez-vous donc qu'ils attendent de moi une régence d'argent et non une régence de gloire, et qu'ils me soient hostiles avant de me connaître?
« Croyez-vous que je ne sache pas toute la misère qu'il y a parmi le peuple, et que mon cœur n'en soit pas touché? Parmi CCS trente et quelques millions d'hommes dont il se compose, il y en a trente millions au moins qui ne gagnent leur vie qu'à la sueur de leur front, et cinq à six millions qui ne la gagnent qu'à moitié en travaillant plus que les autres! et vous voulez que j'aille me courber sur cette mare de sueur pour pécher, au fond, des sacs d'argent !... Mais, à qui parlez-vous donc ici, effrontés courtisans qui voulez arracher au peuple son pain aQn d'en ramasser les miellés sous la table des rois? Est-ce au fils de votre roi, ou à un marchand d'hommes? est ce à un général, ou à un tambourmaître ? Si la Nation est assez riche pour faire des aumônes, allez donc les porter dans ces galetas où il y a des entrailles qui se tordent de faim et des membres qui se raidissent de froid ; mais ne venez pas les épancher sur le seuil de marbre des palais ! Si vous imposez aux contribuables une taxe des pauvres , que ce soit au profit des pauvres, et que ce ne soit pas au profit des dynasties !....
« Et qu'ai je donc besoin, moi, d'une aumône? Voire père , tout petit bourgeois qu'il était, ne vous a-t-il point nourris et entretenus jusqu'à ce qu'il fût poussé un bec à votre plume? est-ce (lue je ne suis pas le fils de mon père comme vous êtes le flls du vôtre? et mon père n'est-il pas un autre homme que l'obscur parti-
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culier dont vous perlez le nom ? Lui qui pourrril faire de sa richesse une pile d'écus aussi haute que la colonne Vendôme, croyez-vous qu'il ne soit pas assez riche pour lui et pour ses enfants? qu'il n'ait pas de quoi nous fournir des violons quand il nous plaît de danser, et des postillons quand il nous convient d'aller en voyage? ou bien, est-ce de son amour paternel que vous doutez?... La béte féroce nourrit ses petits jusqu'à ce que la griffe et la dent leur soient venues, et vous voulez qu'un roi de France abandonne, avant le temps, ses fils à la providence de la Nation !.... Et ces millions qui lui arrivent de tous les côtés, que toutes les routes charrient dans ses coffres, qu'en ferait-il donc s'il ne les partageait entre ses enfants ? Croyez-vous donc qu'il garde ses billets de banque pour s'en faire un chevet dans son cercueil? Celle joie si douce de donner à ceux qu'on aime, voulez-vous la lui enlever ? '»otre inîention est-elle de nous déclarer orphelins malgré nous, et (le nous adopter malgré notre père ?
« Gorgez-vous d'or, vous dont le nom est né d'hier et sera moisi demain ; vous qui n'avez à laisser à votre dynastie que des <lomaines ! mais, moi, j'ai un vieux nom à faire relenlir de par le monde; j'ai un grand sceptre à porter ; j'ai à me concilier, par une réputation exempte de tout reproche, la bienveillance de (rente-deux millions d'hommes avant de me conquérir leur aCfeclion par de hautes et nobles vertus. Il ne me convient pas d'arriver au pouvoir les poches gonflées d'écus , comme arrive un maquignon sur un champ de foire. Je ne veux pas passer dans ce palais sans écrire mon nom sur la muraille, et il ne faut pas qu'on mette au dessous une bourse au lieu d'une épée.
« Puisque les Chambres ont si bonne volonté de me voter •luelque chose, diles-leur donc qu'elles me volent de la gloire, si elles le peuvent. Pour les écus de cette dotation, laissez-les dans la bourse des contribuables: ils y fructiGeronl mieux que dans lues coffres. Peut-être un jour en aurons-nous besoin pour relever la France de son abaissement, pour venger le désastre de \>'a-