A M. DUPIN
^|fi-jE voulu me vendre à M. Dupiu aine, et M. Dupin aîné n'a-t-il point voulu traiter avec moi ?... telle est la question qui s'agitait dernièrement aux tables bien garnies d'un certain petit endroit célèbre par deux décorations et par autre chose encore que je l^ne veux pas dire. Comme cette question s'est
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reproduite à peu prés sous la même forme dans un autre petit pays dont je tairai le nom — ce qui prouve, du reste, qu'il n'y a pas que les beaux esprits qui se rencontrent, — j'ai longtemps délibéré, avec mon conseil privé, si je devais m'en indigner ou en rire. Mes amis, gens de sagesse el d'expérience, ont tous été d'avis que je devais en rire. Toute chose, me disaient-ils, a son bon côté par lequel il faut la prendre ; or, le bon côté de celle-ci, c'est que lu commences à devenir important, puisque certains mangeurs laissent leur fourchette inoccupée et leur verre plein pour le calomnier.
Quoiqu'il en soit, ces mauvais propos n'eussent-ils trouvé, crédules et toutes grandes ouvertes, que deux ou trois de ces bonnes paires d'oreilles telles que le pays seul a le privilège d'en produire, ce serait mon devoir de les confondre : il faut que mes abonnés aient confiance en ma bonne foi. Je ne voudrais pas qu'ils me prissent pour quelque renard estropié prêchant la sobriété el l'usage innocent des légumes parce qu'il ne peut se procurer de poulets ; mais me justifier n'est pas chose aisée. Voici d'abord un petit magistrat qui pousse, el dont le bonnet carré est déjà grand comme la baie rouge des fusins, qui lient d'un de mes ami.s intimes que, si j'écris contre M. Dupin, c'est que le grand homme m'a refusé une place. A la vérité, j'ai beau chercher et fureter dans tous les coins de ma mémoire, je n'ai aucune idée d'avoir demandé quoi que ce soit à M. Dupin ; par conséquent, il me paraît un peu extraordinaire qu'il m'ait refusé quelque choi-e. A la vérité, encore, je suis bien sûr de ne jamais avoir écrit une syllabe à M. Dupin, de n'avoir jamais échangé une parole avec lui ; jamais je ne lui ai ôlé mon chapeau, et jamais il ne m'a ôté le sien. Mais, à quoi me servira-t-il de dire tout cela ? Le petit magistral est sûr du fait qu'il avance: il le lient d'un de mes amis intimes... il n'y a pas à regimber contre de telles autorités !... Bon gré mal gré, il faut que je me résigne à n'êlre qu'une marchandise de rebut, un ballot laissé pour compte. Tout ce qui meresle à faire,
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c'est de prier notre petit magistral de me faire savoir quel emploi j"ai demandé à M. Dupin; je lui promets d'insérer, tout de son long, dans mon premier pamphlet, la lettre qu'il voudra bien m'écrireà ce sujet, et même d'en corriger la rédaction, si elle se trouvait par trop indigène. Il est bien juste que je connaisse , au cas où la République viendrait à surgir au pouvoir, à quel emploi je me crois apte. Du reste, s'il ne veut me rendre ce service, à moi, qu'il se le rende au moins à lui-même; cela vaudra mieux pour son avènement que le plus beau réquisitoire : M. Dupin sera enchanté d'apprendre qu'il m'a refusé un emploi. « Le misérable coureur de places!... » s'écriera-t-il « voilà donc le secret de cet acharnement avec lequel il me poursuit! . Et ce M. Paillet, qui fait tant l'entendu, qui s'est laissé sou (lier, lui qui est du pays, fclte découverte par un étranger imberbe!.. Quen'ai-je su cela avant le prononcé de mon discours au Comice agricole !.. L'infâme pamphlétaire n'en aurait pas été quitte, cette fois, pour l'épilhèle d'esprit jaloux et étroit que je lui applique tous les ans à la sourdine. »
Du reste, je n'en veux pas au petit magistrat d'avoir dévoilé ma turpitude : il l'a fait sans malice. S'il eût attaché la moindre importance à sa dénonciation, il l'eût signée et l'eût envoyée à VEcho de la Ni'vre. Il sait bien que le pamphlétaire de salon est le pire de tous les pamphlétaires. Celui-là, il est insaisissable; vous ne pouvez ni le réfuter ni le faire punir : c'est une voix qui n'a pas de corps. Il vous jette sa calomnie et il s'esquive. Il ressemble à ces sorciers de l'ancien temps qui vous faisaient périr. de leur salon, en enfonçant des épingles dans votre image.
Mais, dans ces hautes et nobles familles électorales, les mœurs politiques ne sont pas comme dans les nôtres : ces grands seigneurs du bordereau trouvent fort naturel qu'un homme qui a quelque lueur de talent se mette à l'encan et se livre au plus haut enchérisseur. S'il ne faisait de belles et bonnes affaires avec sa plume, ils l'en blâmeraient du même ton qu'ils blâment un propriétaire
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qui a laissé ses foins séclier sur pied ou ses vendanges se pourrir à la perche. Il plairait à M. Dupin d'établir, à Clamecy, une foire aoï électeurs, qu'ils ne s'en étonneraient nullement ; ils féliciteraient même le grand homme de cette ingénieuse idée, et, quand tiendrait ladite foire, ils y viendraient, dans leur carriole lézardée, s'informer du cours des consciences. Donner sa voix à qui peut les servir, et l'ôter à qui peut servir la Nation, c'est, pour eux, le plus légitime de tous les bénéfices. Quelle chose leur appartient plus légitimement que leurs convictions, et pourquoi ne les vendraientils pas aus.;i bien que tel morceau de terre qui souvent ne leur appartient qu'à moitié? Si ce droit n'est pas écrit dans la charte, c'est que cela allait sans dire. Leur conscience est si tranquille à l'égard de ce petit négoce, qu'ils se font eux-mêmes les corrupteurs de leurs enfants : ils les élèvent pour le gouvernement, quel qu'il devienne, comme les femmes de Géorgie élèvent leurs filles pour le sérail. Ils appellent cela de l'amour paternel bien entendu, et ils se félicitent publiquement d'avoir mis leurs fils à même de faire leur chemin dans le monde.
Pourquoi, du reste, nous plaindrions-nous de tout cela? C'est une conséquence des gouvernements représentatifs. Si vous avez un chien pour garder votre boutique, il faut bien que vous tolériez ses ordures. Quand mon nom vient aux oreilles de ces personnages si entendus, voici le raisonnement que, dans la boue de leur ame, ils agitent : « Cet homme sait écrire. Puisque ce n'est p3S un imbécile, il a dû calculer qu'en écrivant pour M. Dupin il .se procurerait un bon emploi. Donc , il s'est offert à lui ; donc, s'il écrit maintenant contre le grand homme, c'est que celui-ci a rejeté sa marchandise. » Ce raisonnement, pour eux, est, en effet, très logique; mais pourquoi ne vont-ils pas jusqu'au bout? Je suis bien plus vénal qu'ils ne le disent. Savez-vous pourquoi j'écris contre M. Dufélre ? C'est que ce vertueux prélat n'a pas voulu m'accorder l'emploi de sacristain de la cathédrale, que j'ambitionnais. Savez-vous pourquoi je plaisante quelquefois l'en-
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eyçlopédique il. Avril? C'est que cel agriculteur distingué m'a refusé un prix de charrue au dernier comice. Savez-vous encore pourquoi je souris quelquefois des tailleurs qui versifient? C'est qu'un de ces coupeurs d'hémistiches n'a point cru devoir me faire cicdit d'un manlciiu. Maintenant que vous connaissez toute ma propension à la vciialité, faites-moi donc avoir la croix d'honneur.
Mais c'est assez plaisanter sur ce déplorable sujet. Je n'ai point, moi, celte légèreté élégante d'apprécialion que possèdent ces messieurs; je donne aux mots la signification qu'ils ont dans le dictionnaire de la morale : celui qui se vend au parti opposé, je dis que c'est un infâme. Si j'étais législateur, je voudrais qu'il fût attaché au même poteau que le voleur et le faussaire; car il a commis les mêmes crimes. Que ceux qui font cet odieux trafic ne disent point, pour se justifier, que la vénalité est passée dans nos mœurs publiques. Quoi donc ! si le parricide devenait commun en France, il cesserait donc pour cela d'être le plus horrible de tous les forfaits? on décorerait donc celui qui a tué son père, comme on décore celui qui vend sa conscience aux ministres?...
Vous dites qu'il vous faut une majorité !... Mais, ne faut-il pas ausîi que la 1 rance existe ? Si vous êtes obligés d'acheter une majorité, c'est que vous gouvernez au rebours de la volonté nationale ; alors, fantômes sinistres qui achetez la nuit parce que vous ne pouvez vivre qu'au milieu des ténèbres, fuyez ! rentrez dans vos noires retraites, et laissez le soleil luire sur la France !.. Quand vous pourrissez de votre contact impur tout ce que vous louchez; que vous pétrifiez, sous voire haleine glacée, tout ce qui est chaleur et vie parmi les masses ; que vous desséchez le patriotisme jusqu'au fond de ses sources, vous êtes plus traîtres envers votre pays que si vous portiez contre lui les armes. Est-ce avec ces hommes aurifiés que vous nous faites, que la France a , sous la République, brisé un faisceau de sept rois, et conquis, sous l'era-
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pire, la moitié du monde ? Comment résistera-t-elle à ces souverains absolus, géants qui la tiennent sous leur massue, quand, au Heu de citoyens, elle n'aura plus que des habitants cpandus à sa surface, troupeau immonde s'inquiétant i)eu à qui appartienne le pâturage où il broute, pourvue que l'herbe y pousse haute et drue? Si, dans vingt ans d'ici, sur le gazon qui couvrira votre tombe , un Cosaque déshonorait votre fille ou égorgeait votre fils, ce serait un supplice trop doux encore pour voire ombre. Et dire que nous n'avons point de lois contre la corruption!... qu'il faut la voir secouer de ses vastes ailes ses miasmes désorganisateurs sur nos cilés,'ct la laisser faire!... Si un militaire livrait, aux Prussiens ou aux Allemands, la plusmauvaisebicoquede votre frontière, vous le feriez périr dans un ignominieux supplice ; et quand des misérables, pour avoir quelques arpents de terre de plus, vendent vos libertés ; quand ils aident à mettre en lambeaux votre pacte social ; quand ils tiennent la Nation à bras le-corps tandis qu'on lui rive aux jambes des entraves, on les récompense par d'honorables emplois et par des sacs pleins d'argent. Mais, quelle règle avez-vous donc pour apprécier les actions humaines? Lorsque la trahison, au lieu d'un hausse- :ol, a un jabot ; qu'elle porte, au lieu d'épée au côté, une plume derrière l'oreille, elle cesse donc d'être trahison? elle n'est donc plus un crime? en changeant d'habit, elle est donc devenue vertu ? Quelques pierres moisies retranchées de vos frontières vous sont donc plus précieuses que vos institutions?
Et, pourtant, quelque infâme que .soit, pour tout le monde, la vénalité, pour un écrivain elle l'est encore davantage. Ceux qui ont une voix assez forte pour se faire entendre de la foule sont les avocats naturels des saint3s causes. Dieu leur a mis un peu de sa salive à la langue, et leur a commandé d'aller prêcher aux hommes le culte de la liberté. Quand ils trahissent leur mission sacrée, quand, exécrables pasteurs, ils vendent au boucher leur troupeau, ils sont dignes de tout le mépris qu'une ame humaine
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puisse produire : c'est comme si le phare quitlail la plage qu'il doit indiquer aux navires batlus par la lempêle, pour aller s'établir sur un écueil. Je suis le p'us chétif elle plus inconnu de ceux qui écrivent pour le peuple ; je n'ai dans ma main qu'une pauvre plume de roitelet ; mais, à Dieu ne plaise que je la vende jamais à nos oppresseurs ! Oh non ! quand la faim, entre ses doigts de fer, me crisperait les entrailles, je ne voudrais pas descendre à une telle infamie ! Si je dois mendier mon pain, ce ne sera pas dans les antichambres du rainislére. J'aimerais mieux aller réciter mes pamphlets de porte en porte, et tendre la main à ceux qui ont encore l'amour de la liberté et de la patrie, et 'j'aurais, sur ma paille, des rêves plus tranquilles que bien d'autres sous leur alcôve de soie.
Et, pourtant, voilà un monsieur qui tient d'un de mes amis intimes que j'ai voulu me vendre à M. Dupin !... Mais, c'est d'un de mes ennemis intimes qu'il voulait dire. Singulier ami intime, en effet, que celui qui dénonce, au premier voisin de table que lui donne le hasard, les turpitudes de son ami !... Il est possible que chez les gens comme il faut il y ait des amis intimes de cet acabit, des amis qui disent en eux-mêmes, tandis qu'ils vous serrent la main : « Mon cher ami, quand te verraije déshonoré ou ruiné ? » mais, chez nou' autres, gens de rien, la langue est plus près du cœur : nous avons des amis qui nous aiment, qui viennent à notre aide quand nous avons besoin d'eux, qui nous justifient quand on nous accuse ; mais nous n'avons point d'amis qui nous calomnient. Du reste, la fable de mon ami intime est assez mal imaginée, el je lui conseille, en bon ami, de ne point consacrer son talent, s'il en a, au genre de l'apologue.
Si j'avais eu jamais l'intention de me vendre à M. Dupin, j'aurais fait tout le contraire de ce qu'il suppose : au lieu de me laisser aller à une folle rancune contre l'autocrate, parce qu'il aurait déporté ma pétition dans ses papiers à vendre, je l'aurais cajolé, je l'aurais encensé, je l'aurais adoré ; j'aurais écrit des rames de
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papier sur ses vertus poUliques, sur sa fermeté de caractère, sur son invincible adhérence à ses convictions, sur son désintéressement, sur son abnégation de lui-même et de sa famille, sur son antipathie pour l'argent du budget, sur l'impartialité avec laquelle il use de son crédit, sur l'équilé qu'il met dans ses distributions de croix d'honneur, el même sur ses vastes connaissances en agriculture. Il aurait fallu que j'eusse une bien mauvaise chance contre moi, si je n'étais parvenu, en procédant ainsi, à désarmer ses rigueurs, et à ramener, sur sa figure d'ouragan, comme dit le feuillelonniste de VEcho, un placide rayon de bienveillance. En tous cas, si je n'avais pu me concilier ses bonnes grâces, je n'aurais pas voulu, de gîîté de cœur, encourir son resscn'.imenî. Quand j'ai levé, contre le roi de Clamccy, l'étendard de la révolte, j'étais déjà un maître d'école bien établi. En déclarant la guerre à M. Dupin, je prévoyais quel en serait le résultat; je comprenais très bien que j'arrachais de mes propres mains mes épis prés d'entrer en fleurs ; que cette longue queue de serviteurs qui s'agitait derrière l'autocrate prendrait fait et cause pour la tête outragée, et que je ne tarderais pas à avoir sur les bras le ban el l'arricre-ban de la bourgeoisie. Ces gens-là étaient cinquante . quatre-vingt , cent ; que sais-je, moi ? Ils avaient, pour arme, un gros cachet de comité local qu'ils se mettaient dix à soulever, el qu'ils laissaient toujours retomber maladroUemenl sur leurs pied*. Moi, j'étais seul, je n'avais pas un allié; mais je ne m'effrayai point pour cela; je me préparai à les bien recevoir, et ils ne tardèrent point à se présenter. Pour l'instruction des maîtres d'école, mesconfrères, qui auraient quelque tendance à résister aux grands personnages Iccaux et cantonnaux, il faut que je vous donne celle page de mes mémoires.
Du temps que j'étais bien sage, le conseil municipal m'avait nommé directeur de l'école mutuelle, avec 1,200 fr, d'appointements. Mais il avait fallu restaurer la salle d'é'ole qui élail a» grenier à foin, lui faire sa toilette, la pourvoir de mobilier, et toui
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cela avait demandé du letiips. A poiiie fus-jc en fondions, qno \c coniilé local el cantonnai lâcha un arrêté par lequel il rn'adjoignnil un collègue qui devait faire, le soir, la classe aux fl.inibeaux. el jiuquel il allouait la moitié de mes appoinlcmenls. C'était vouloir partager une noisette entre deux. Douze cents fran''s pour faire >ivre deux écoles et deux instituteurs dans un chef-lieu d'arrondissement!... la somme était noioirement insulTisanle. Mais moi je déjeûnerais, el mon collègue souperait; ainsi l'avait décidé la sagesse locale et canlonnale... Cet arrêté avait d'abord le (orl 1res grave de me déirousser; ensuite, cette école divisée en deux hémisphères, ces deux instituteurs se succédant alternativement dans leurs fondions, comme l'astre du jour et celui de la nuit, — mon collègue faisant la lune, el moi faisant le soleil, — tout cela élail si drôle, si burlesque, que je ne pus résister à la tentation do donner à mes réclamations les formes aiguës du pamphlet.
J'adressai donc mon pamphlet-pétition au conseil municipal qui ne put s'empêcher de me donner raison, tant j'avais raison. Je n'en eus que plus lorl aux yeux du comité. Dél'unl M. Paillel, qui (•tait alors de toutes les assemblées possibles, rappelant son ancienne vigueur de clerc, grossoya une copie de mon pamphlet, et le dénonça à ses collègues. Le comité, présidé par le sous-prélcl, décida, à l'unanimité, qu'il y avait lieu de se fûcher. Il me traduisit à sa barre ; mais, au lieu de m'y rendre, j'allai faire une partie de billard. Je fus destitué par contumace; car, alors, la liberté de l'instruction primaire n'existait pas encore. Mais je n'élaispas homme à me laisser assommer par un cachet cantonnai : j'interjetai appel pardevanl le recteur qui n'était pas M. Carême d'à-présent. Voici donc le comité sur le pied de guerre; tous les soirs, après diné, ces lionnêles personnages se rassemblaient et produisaient contre moi un gros procès-verbal. M. Paillel élail l'élucubrateur ordinaire de ces factum, el c'esl, je crois, dans cette besogne qu'il a puisé ces hautes connaissances artistiques qui l'ont fait noniu.er président du cercle liltérairc de Clamecy. Or,
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ce litléraleur élail tellemenlhabiluéà rédiger ma dcslilulion, qu'un jour, écrivant à sa femme, il termina sa lettre par ces mots ; « A ces causes, les soussignés demandent la destitution immédiate du sieur Tillier (Claude), instituteur primaire, etc., etc. »
Cette guerre, à force de se prolonger, était devenue une calamité publique : le beau sexe de la bourgeoisie, privé de l'amabilité locale et cantonnale de ces messieurs, jetait les hauts cris; toutes les parties de boston étaient dérangées, et dans le salons les mieux achalandés du lieu , on voyait toujours cinq à six grands niais de fauteuils tendant, d'un air ennuyé, les bras à un occupant. Moi-même, je commençais à me déplaire dans la place assiégée, et le comité ne finissait point de s'en emparer. J'eus pitié de moi d'abord, ensuite du labeur de ces messieurs et des ennuis de ces dames : je résolus de rendre à mon pays la paix et le boslon, son compagnon heureux. Je quittai donc, un beau malin, l'école mutuelle, sans tambour ni trompette, et je repris ma férule d'instituteur privé. Mais cela ne faisait pas le compte de mes adversaires ; c'était le feu et l'eau qu'ils voulaient m'ôler. Ils continuèrent donc de me poursuivre de leurs rancunes ; mais ils changèrent de système : au lieu d'une guerre de batailles qui leur avait réussi, ils me firent une guerre d'embûches et de surprises; ils plantèrent, sans que je m'en aperçusse, un drapeau noir sur mon école privée ; ils en bloquèrent toutes les issues, et s'y mirent en sentinelle; ils arrêtaient au passage les mères de famille qui venaient m'amener leurs fils : ils leur disaient que je n'avais pas de religion, pas de tenue, pas d'ordre; que je n'apprendrais pas à leurs enfants à baisser le menton au nom de Jésus, à se laver convenablement les mains, à dire : « Bon jour monsieur, bon jour madame, » en entrant dans une maison : toutes choses, d'ailleurs, indispensables à un citoyen français ; et les bonnes femmes se reliraient épouvantées, leur marmot à la main. Je ne pouvais résister à ces tirailleurs invisibles qui me sarbacanaient de tous les côtés ; au bout do deux ou trois ans, mon
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écolese Irouva réduile à rien, laric comme un tonneau qui s'en va on ne sait par où. Voilà ce qui m'ndvint pour avoir attaqué M. Dupin.
C'est, du reste, ce qui est arrivé à une institutrice de ce pays, que je regrette beaucoup pour moi et bien plus encore pour ma petite flile. Elle, la pauvre femme, elle n'a pas la consolation de savoir pourquoi elle a des ennemis, et comment elle a mérité d'être persécutée : mais, je le sais, moi, et je m'en vais le lui dire. C'est que, dans les petites villes, il y a un las de supériorités factices qui sont jalouses des supériorités naturelles; c'est que le strass briserait volontiers le diamant, s'il était le plus dur; c'est que la mousse informe cherche à comprimer, sous ses fils épais, la petite fleur qui pousse d'entre ses racines. Elle, mademoiselle Porcherat, elle avait un cœur haut'|et fier, et elle n'a pas voulu, sous prétexte qu'elle était pauvre, en réprimer les instincts; elle a voulu vivre avec son ame telle que Dieu la lui avait donnée, se contentant trop de sa propre approbation, et ne se souciant pas assez de celle des autres ; elle était volcan, et, parce que d'épaisses et vastes neiges" l'environnaient, elle n'a point voulu éteindre son cratère et laisser l'hiver éternel monter jusqu'à ses bords. Et que pouvait-elle faire en ces lieux, pauvre intelligence déportée ? Toute petite v"le est une foire de village où il ne faut pas apporter d'objets trop précieux si on veut s'en défaire. Mais, qu'elle aille porter à Paris sa corbeille vide, là elle trouvera des gerbes de fleurs nouvelles pour la remplir ; c'est du reste ce que, dans toute toute la sincérité de mon ame, je lui souhaite.
Et quand je vous dis, mes abonnés, que je ne me suis jamais offert à M. Dupin, je'ne prétends tirer de cela aucun mérite. Je n'ai eu, pour conserver mon indépendance, aucune mauvaise passion à vaincre, aucun germe d'ambition à étouffer. A la vérité, je n'ai aucune antipathie contre l'argent; je regarde même quelques écus, tintant ensemble, comme le plus bel ornement d'une poche; mais j'ai toujours préféré une pièce de vingt sous honorablement gagnée, à une pièce d'or ramassée dans la bouc. Et pourquoi me
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vendrais-je donc à M. Diipin ? pourquoi me vendrais-jc à qui quece soil ? J'ai de quoi satisfaire à tous mes besoins ; quel roi, quel empereur pourrait me donner davantage ? Allez demander à l'oi seau qui trouve abondamment et surabondamment sa nourriture' dans la campagne, qu'il vous livre ses ailes à couper pour un sac de graines, et vous verrez ce qu'il vous répondra.
Entre les steppes glacées de la pauvreté et ce fastidieux Éde» de la richesse, où le ciel est toujours du même bleu, où la terre c.^t toujours peinte du même vert, il est une zone tempérée d'où la disette et la profusion sont également absentes. Là, le sol ne donn ; rien à qui ne veut point le cultiver ; mais, quand on y ouvre un sillon, il y vient aussitôt de grands et beaux épis. Il y a bien, dans ce ciel inégal des jours sombres et pluvieux ; mais, parfois, le soleil vous y sourit, entre deux nuées, d'un sourire si doux et si .«plendide, qu'il ferait volontiers (^clorc des couronnes de roses sui la léle des jeunes filles. C'est là qu'entre deux arbustes en (leurs j'ai planté mon humble lente. Je me trouve très bien dans ces lieux, et jamais l'envie ne me prendra de les quitter.
Mes appétits sont modérés, et mon estomac est tout petit. Quand il ne me faut qu'une côtclelle pour le remplir, pourquoi donc irais-je, pour avoir un aloyau, me faire le garçon d'un boucher? Ma table est étroite, mal servie, et même très peu servie. Je croirais insulter un estomac tant soil peu comme il faut que de l'y inviter. Je mange ma maigre soupe dans des cuillers d'élain. Je fais ma boisson quotidienne'de la piquette du pays ; aussi, quand Dieu m'envoie du bourgogne, je le trouve délicieux! c'est un avantage que n'ont pas les amis de M. Dupin. Comme je ne hante pas les grandes dames, ma toilette me coule fort peu , et la leur ne me coûte rien. J'ai pour principe qu'on n'est point vêtu d'un habit qu'on garde au porte-manteau ; aussi n'ai-je pour toute garde-robe qu'un patelot d'agréable épaisseur pour l'hiver, et qu'une chétive redingote pour les jours légers de la belle saison ; et mêmeles puristes en faitde toilette trouvent qu'il manque à mon
panlalo!! des sot:s-pic(lï. Je recule ;iiilanl que possible l'exislenee de ces vêlements, et si je pouvais leur conférer la longévité des habits de noces de nos grands-pères, sans scrupule je la leur conférerais. Quand ils sont éraillés au coude ou ailleurs, je n'en ai nul souci. Je m'inquiète fort peu que la mode, quand je passe devant elle, me regarde de travers. Cela ne nuit point à ma considération auprès de ceu'c qui me connaissent, el je ne liens guère à la considération éphémère des passants. J'ai d'ailleurs, quand on me salue, la satisfaction de me dire que ce n'est pas à mon habit qu'on s'adresse. Je n'ai point de domestiques pour me mal servir : j'ai mes deux enfants qui sulTisent très bien à cette besogne. Comme ils n'obéissent jamais à ma prem.ière injonction, cela me procure l'avantage de m'indigncr contre eux ; ainsi mon humeur conserve toujours une salutaire âprèlé, et mon style de pamphlétaire se maintient toujours à la trempe qui lui convient. Quelque bornées que soient mes ressources, elles me permettent encore d'être la dupe de certaines gens. Je connais bien des riches qui n'ont pas le même avantage. C'est un luxe dont je suis fier, et qui, Dieu merci, ne m'a jamais manqué. J'ain>c mieur. cela, du reste, que d'acheter des cachemires à ma femme. Or, à qui vit ainsi el ne veut [tas vivre mieux, à quoi servirait-il d'être un nabab? Quand j'aurais dix fois plus d'argent, quand chaque ligne mercenaire Iracée par ma plume se couvrirait d'une poussière d'or, que ferais-je de celle richesse ?
— Ce que vous en feriez? dit mon petit magistrat ; vous feriez comme JI. Dupin : quand l'occasion s'en présenterait, vous achèteriez à bas prix de belles et bonnes propriétés qui vous produiraient de belles et bonnes rentes. Celui qui possède un arpent de lerrain est plus roi dans ses domaines que Louis-Philippe ne l'est en France.
— Des propriétés, malheureux ^jelit magistral I Mais vous ne savez donc pas ce que c'est que des propriétés ? Si j'avais des propriélés, je serais l'homme le |dus embarrassé du globe, et mes nié-