‹ ŒuvresChapitre 42 sur 45 · DUNE · texte numérisé non relu

DUNE

?Q2)Qaâs i|[?fâ(35)[?£iia

jo o/ gïfflS jo o^uco's me disaient, il y a quelque temps : Eh ! h ^ S ■ Q b ^Monsieur Claude, vous ne nous parlez que de ^ "^ §«§ ^ °^^^- Dufctre; on dirait que vous ne savez écrire P ^ S ^ u ^que ce nom. Si M. Dufétre n'élail évéque , com- ^'f ^f?f^ ?^^ment fericz-vous donc pour être pamphlétaire? ^^^JLJLJL^^éi^ cela je répondais : « Mon Dieu ! messieurs, vous reprocherez bientôt aux journaux de l'opposition de ne parler

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que de M. Guizot, et à M. Dufêtre lui-même de ne prêcher que sur la religion chrétienne. Mais, que voulez-vous ! comme le journaliste, comme le prédicateur, comme tous ceux qui parlent ou qui écrivent, il faut bien que le pamphlétaire prenne ses sujets là où ils sont. Croyez-vous donc qu'il y ait ici un boutiquier qui tienne, à prix raisonnable, des sujets de pamphlet à choisir ? Quand j'ai à ma porte une source abondante, voulez-vous que j'aille chercher de l'eau à un puits profond qui est à demi-quart de lieue? Tout est pour le mieux dans votre ville : le gaz y es: blanc et limpide, les huîtres y arrivent fraîches, la police y porto l'épée au côté et le petit chapeau sur le chef, le barreau y donne des bals comme il faut, de toute beauté, les employés d'usine et les imprimeurs y sont maîtres passés en fait d'agronomie, et le» épiciers y font des discours magnifiques ; le pamphlet mourrait d'inanition sur cette terre heureuse, s'il n'avait l'évêché et les églises. Or, permettez donc qu'il vous parle de l'évêché et des églises. Parce que tous les jours vous mangez du pain blanc, le pain blanc vous paraît-il donc une nourriture fastidieuse ? »

Maintenant que M. Dufélre se fait modeste, je le laisse jouir du bénéfice de sa modestie. Or, ces mêmes personnes me disent : « Mais, M. Claude, vous ne nous parlez plus de M. Dufêtre ; l'auriez-vous amnistié, comme vous avez fait autrefois de M. Paillel , ou bien êles-vous entré dans la congrégation des jésuites? » Jo leur répondrai ce que précédemment je leur répondais : « Le pamphlétaire ne peut prendre de sujets là où il n'y en a point. Je suis comme le lièvre qui reste à la même place tant qu'il y a du serpolet à brouter, et qui émigré aussitôt qu'il n'y en a plus. M. Dufêtre ne fait plus de saints, il ne fabrique plus de miracles, il ne triomphe plus, que voulez-vous que j'en dise? L'illustre prélat est-il un sujet de pamphlet même dans son sommeil ? Croyez-vous que j'aie pris à tâche d'être son persécuteur? Pourquoi troublerais je le silence de sa vie obscure et retirée, et irais-je, du bruit d«

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mes critiques, interrompre ses prières? Me prenez-vous pour une hyène qui va déterrant les cadavres ? »

— Mais, insistent ces messieurs, qui sont de forcenés provocateurs de pamphlet, vous auriez bien pu, si cela vous eût convenu, donner encore à M. Dufètre quelques coups de votre houssine. Vous n'ignorez pas qu'après avoir trouvé très convenable que de belles dames du lieu chantassent une messe à toute voix en l'honneur de sainte Cécile, quand ladite messe fut étudiée et pour la dixième fois répétée, il trouva très inconvenant qu'on la chantât. Dans ce prélat, chez lequel l'£c/io de la Nièvre trouve tant de choses, y a-t-il encore de la girouette? Lorsqu'il a dit, étant de sereine humeur, « telle chose est bien, » peul-il dire le lendemain, si son humeur a tourné à l'orage, qu'elle est mauvaise? Doit-il faire soupçonner son infaillibilité épiscopale, et s'exposer à passer auprès de ses ouailles peur un guide indécis ?

— Assurément non, messieurs ; mais, pour faire un pamphlet, il faut non seulement un fait, mais un fait qui prête à des développements utiles. Or, qu'aurais-je pu dire sur le sujet que vous me proposez? Je n'aime pas, moi, à épancher mon encre sur des espaces arides et où rien ne saurait pousser. M. Dufétre a eu certes un très grand tort d'ôter à de belles dames la satisfaction de donner une aubade à sa'nte Cécile, et de priver sainte Cécile du plaisir d'entendre ces dames. Je conviens même que si j'étais à la place de la sainte, je tirerais de ce procédé une vengeance exemplaire. Ainsi, attendu que les chœurs d'église rentreraient dans mes attributions, j'aurais enroué le serpent de la cathédrale, j'aurais enrhumé l'orgue, j'aurais donné une extinction de voix dux chantres, aucun d'eux n'eût pu dire un Gloria Patri ou un Dominus vobiscum, sans commettre une demi-douzaine de canards. Mais tout le pamphlet qu'il y avait à faire sur votre messe d'abord adoptée et plus tard rejetée, vous venez de le faire. Pour moi, j'ai la voix trop fausse pour raisonner pertinemment sur la musique. Et, d'ailleurs, pourquoi donc épouserais-je vos rancunes contre

M Dufélre? Je commence à comprendre les choses de la vie, et je ne veux plus me faire d'ennemis. Quand je serai trépassé, ce n'est pas vous qui viendrez chanter des de pro/'imdis aulour de mon cercueil, et sainte Cécile ne m'accompagnera pas en pinçant de la harpe jusqu'au cimetière.

Il y a plus : un remords ma touché, et je veux vous faire l'éloge de M. Dufétre. Je ne vous dirai point, par exemple, que ce grand prélat est l'envoyé de Dieu; je n'irai point, comme un certain abbé qui parfume sa tonsure, — ce que je ne trouve pas mauvais, à Dieu ne plaise ! car il n'est pas défendu à un abbé de rivaliser de bonne odeur avec un pied de basilic, — mais qui ferait bien aussi, je crois, de parfumer son langage, vous dire que ceux qui critiquent M. Dufétre sont de la canaille. Il me semble que l'admiration pour M. Dufétre n'est pas un article de foi, et qu'on peut être tout aussi chrétien que l'abbé en question, bien qu'on ne partage point son culte pour le prélat. Je ne vous dirai point, non plus, comme un monsieur de robe différente, mais de même acabit, que ceux qui font d' s pamphlets contre l'illustre évêque sont des infâmes dont il faudrait purger la ville. Les infâmes dont toute la ville devrait être purgée, ce sont ces hypocrites qui, sous un masque séculier, cachent une face de congréganiste. Etre l'ami de M. Dufétre, c'est très bien, et je voudrais, moi, avoir cet honneur; mais on n'est pas pour cela l'ennemi nécessaire de toute raison et de toute justice. Que ce monsieur dise tout le mal possible de mes pamphlets, c'est son droit, c'est peut-être aussi sa consigne; mais, sous prétexte de former le cœur et l'esprit de ses écoutants, qu'il n'aille point, par cela seul que je fais des pamphlets, diffamer ma personne qu'il ne connaît point. Un homme d'esprit réfute un écrivain quand il ne lui convient pas ; mais il n'y a qu'un sot qui, en désespoir de cause, le calomnie. Ce monsieur a un lourd aiguillon qu'il enfonce dans l'épiderme des gens pendant qu'ils dorment. Que ferait- il donc, mon Dieu ! si, comme Le moucheron, il avait un aiguillon et des ailes? IMais, me direz-

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VOUS, de quoi loueiez-vous donc M. Dul'élrc? Oli! messieurs, je louerai M. Dufèlre. d'iibord d'une qualité que ses biographes ne nous onl point encore révc^iée, — de son amour pour le saumon ! — amour qui fait, comme dirait M. Dupin dans sa sollicitude à ménager tout le monde, le plus grand honneur au poisson et à révéque ; ensuite, je le louerai de la libéralité avec laquelle il dislribue,"sur sa route, les indulgences qu'il lient du pape, et de son zèle adroit à propager les images saintes dans le déparlement. Vous direz que je suis vendu à M. Dufélre, ou vous ne le direz pas ; tels seront les deux points de mon pamphlet.

M. Dufélre était en tournée. Il était attendu pour bénir el pour déjeûner, — deux choses qu'il fait volontiers, — dans une paroisse dont je ne me rappelle plus le nom. Comme on sait qu'il aime à triompher, on lui avait préparé un petit triomphe proportionné aux faibles ressources du |)ajs ; l'on m'a dit même qu'à celte occasion le maire s'était fait faire une redingolte neuve. Mais, soit que le diable eût fait galoper l'aiguille de sa montre, soitque ses chevaux, saturés d'avoine au dernier presbytère, eussent couru avec une vitesse inaccoutumée, il arriva une heure plus tôt qu'il n'était attendu. Personne, donc, n'était à son poste. Les sonneurs, seuls orateurs qu'on ail au village, buvaient .lu cabaret pour se mettre en verve; les ;emmes étaient devant leur miroir, ajustant leur cornette; monsieur l'adjoint passait sa chemise blanche, et le curé lui-même, dans sa vieille soutane, étafl au pied de ses fourneaux qui stimulait le zèle de sa cuisinière, lui rappelant les éloges que lui avait décernés M. Naudol. M. Dufétre fut obligé de triompher tout seul. La principale el unique rue du village n'était pas même balayée, elil ne rencontra pour lous diocésains que des molosses insolents qui aboyèrent comme des forcenés autour de sa calèche, éc qui le mil d'une humeur extrêmement acide, bien que M. Delacroix lui représentât que ces animaux, pleins d'enthousiasme, criaient dans leur idiome : « Vive Sa Grandeur Monseigneur Dufétre, l'envoyé de Dieu! etc., etc. «Pareil affront u'élail pas tu 28

encore arrivé à ce grand prélat, et un moment il crut que le curé du lieu était abonné à mes pamphlets. Au bruit de la calèche sur le pavé de sa cour, le curé arrive tout confus, et ne pouvant , d'émotion, desserrer les dents.

— Eh! monsieur, lui dit le prélat, est-ce donc ainsi que vous gloriGez la religion ? voilà donc comment vous recevez voire évêque? Est-il étonnant que les gens du monde ne nous honorent pas quand nous ne nous honorons pas nous-mêmes?

— Mais, monseigneur, balbutia le pauvre curé qui ne savait plus à quel saint se vouer, le déjeuner sera bientôt prêt, et si Votre Grandeur...

— Il s'agit bien ici de votre déjeûner ! croyez-vous que ce soit pour déjeûner que je vienne dans votre paroisse? Où est voire garde nationale , monsieur ?

— Hélas! monseigneur, je tiens de monsieur le maire que nous n'en avons plus qu'un vieux conlrôle.

— Où est votre procession, monsieur?

— Monseigneur, elle est commandée.

— Où est le maire, où est le conseil municipal, monsieur?

— Mais, monseigneur, le conseil municipal n'est pas encore prêt ; vous m'avez écrit que vous arriveriez à dix heures et vous arrivez à neuf.

— Et vous-même, monsieur, dans quelle tenue vous présentezvous devant votre évêque ?

— Mais, monseigneur, Votre Grandeur veut-elle que je mette une chasuble pour surveiller son déjeuner ?

Ces raisons ne satisfirent pas lévêquc, qui avait décidé d'avance qu'il se fâcherait; il déclara au curé qu'il ne déjeûnerait pas au presbytère. Le bon homme feignit de se désoler, mais dans son for intérieur, il nétait pas trop effrayé de cet accident ; il avait pour principe, principe auquel, du reste, j'adhère complètement, qu'un subalterne ne déjeune jamais bien avec son supérieur, et il

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ne se croyait pas obligé de jeler ses ragoills aux chiens du village, parce que M. Dufètre avait passé outre sans les goûter.

Mais tandis que l'évéquc gourmandait ainsi le pauvre curé, un prêtre de son étal -major alla faire, comme nous disons vulgairement, un lour de cuisine; il remarqua un saumon magnifique qui nageait encore dans son court-bouillon, mais tont prêt à passer dans un élément plus comforlable, et il ne le prit pas paur un brochet, je vous prie de le croire. 11 crut que ce serait être mal avisé de bouder contre une si belle pièce, et il jugea convenable d'en référer à M. Dufètre. Celui-ci, à bout de son improvisation, avait donné l'ordre du départ, et il avait déjà une sandale sur le marche-pied de sa calèche. L'officier d'état-major qui élait allé en éclaiieur, se pencha vers son oreille et prononça des mots mystérieux que personne n'entendit, mais on vil M. Dufêlre tressaillir dans sa soutane violette; le nuage qui couvrait son front auguste s'éclaircil lout-à-coup; il revint au curé, cl lui frappant d'une façon toute paterne sur l'épaule :

— Ce pauvre curé! dil-11, combien je suis fâché de lui avoir fait delà peine! pardonnez, mon bon curé, l'accès de mauvaise humeur auquel je me suis laissé emporter contre vous, aux tracasseries qu'un écrivain infernal me fait éprouver dans la capitale même de mon iiocèse. Dans lout cela, il y a, je le reconnais, bien plus de ma faute que de la vôtre, ou plutôt c'est la faute de mon cocher qui mène mon char de triomphe comme une voilure de posle ; avec cet homme on ne sait jamais quand on arrive ; mais, que voulez-vous? pour être évêque on n'en est pas moins homme. Eh bien, oui, mon bon curé, je déjeûnerai au presbytère, mais il ne faut que la religion souffre de nos erreurs, ses droits sacrés ne se périment pas. Faites avertir vos gens qu'au lieu de triompher à mon entrée, je triompherai à ma sortie du village; Dieu, qui fait lout pour le mieux, a peut-être permis que les choses se passassent ainsi, afin que vous eussiez mieux le temps de préparer la cérémonie, et que son nom en fût plus solennellement glorifié. Le

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bon curé, qui croyait son saumon hors de tout danger, lut obligé de se confondre en remercîmenls sur l'extrême bonté de monseigneur, et de lui servir de sa main le meilleur morceau de son poisson.

Vous me direz sans doute, mes cliers abonnés, que l'amour du saumon n'est pas une vertu; mais permettez, s'il vous plait: d'abord l'amour du saumon est la marque d'un appétit éclairé; or, Cyrano de Bergerac a bien loué Louis XIV d'être bon nageur, pourquoi donc ne louerais-je pas M. Dufétre d'avoir un appétit éclairé? Ensuite l'amour du saumon est une vertu, dans ce sens qu'il peut vous empêcher de tomber dans nombre de péchés mortels. Ainsi, si M. Dufétre eût détesté le saumon, que serait-il arrivé ? il aurait persisté dans une colère blâmable, il se serait rendu coupable d'ingratitude envers un bon curé qui avait sacrifié un trimestre de ses appointements à le régaler ; peut-être à la moindre erreur qu'eût commise ce digne ecclésiastique, M. Dufétre, se ressouvenant avec amertume de son triomphe manqué , l'eût déporté dans une paroisse lointaine, où le saumon eût été inconnu. Or, qui sait comment le maître de là- haut eût pris tout cela ? Peut être monsieur Dufétre, tout envoyé de Dieu qu'il est, n'en eût-il pas été quitte pour une huitaine de purgatoire. Vous voyez donc bien que l'amour du saumon est bon à quelque chose; et si Jésus-Christ ne nous l'a pas recommandé dans son Evangile, je suis bien sûr que c'est parce qu'il l'a oublié.

•Voici maintenant le seeond point de mon pamphlet ; du reste, ie ne comprends point comment VÉclio rie la Nièvre, qui s'est fait l-historiograpne de tous les gestes et de toutes les paroles de M Dufêlre, ne m'a point soufflé l'historiette que je vais vous raconter M Dufêlre entrait à St-Benin-des-Bois. Celait la première fois qu'il apparaissait dans le pays, et Dieu descendu des cieux n'y eût pas causé plus d'émoi. Les cloches sonnèrent tant et si longtemps son arrivée, qu'elles en furent rauques pendant un mois. Il n'y avait, il est vrai, ni garde nationale ni artillerie; mais ^I. Dufétre sut s'en passer pour l'heure. Le curé de Saint- Benin-des-Bois a un preshylére monté sur un hon pied. Le digne homme possède un vieux cuisinier dont la face s'est basanée aux rayons ardents de ses fourneaux, et dont les dures mains portent la irace de maintes glorieuses brrtlures. Cet artiste, qui n'ignore

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aucune des sauces possibles, avait été chargé — par le curé — de préparer à M. Dufètre un excellent dîner, un vrai dîner de cardinal, et, celte fois, il s'était surpassé; la bénédiction du ciel était descendue sur toutes ses casseroles : aucune de ses sauces n'avait tourné; tous ses rôts étaient cuits à point, et vous eussiez écouté, d'un bout à l'autre, une homélie de M. Dufélre pour avoir une assiettée de son potage. L'illustre prélat s'état imaginé que, dans ces contrées perdues, la cuisine gauloise était encore en honneur; que le tourne-broche y était inconnu; que les habitants tiraient, comme au temps de l'âge d'or, leur boisson quolidieime du puits communal, et même, on raconte qu'il demanda à M. Delacroix si le miracle de Cana pouvait se renouveler dans ce village. Il fut donc très agréablement surpris de l'excellent dîner dont la table était parée, et, après l'avoir dignement apprécié, il demanda qu'on lui présentât l'homme de mérite qui avait produit ce chef-d'œuvre. A cette nouvelle, le vieux cuisinier ne se sentit pas d'aise; il bâtit, dans son esprit, mille châteaux en Espagne : peut-être le prélat allait-il l'attacher à son service; ses talents, enfouis dans l'humble cuisine d'un presbytère, allaient se produire sur un plus grand théâtre? il aurait, pour apprécier ses œuvres, le palais fin et artistique du Chapitre, et il en résulterait pour lui autant de profit que de gloire; qui sait même s'il ne vivrait pas assez pour voir M. Dufétre cardinal, et si, plus heureux que Carême, il ne ferait pas le dîner de quelque pape? En tout cas, le prélat ne pouvait lui refuser, comme pour-boire , une portion notable de son indemnité de roule, puisque c'était pour la distribuer en pourboires sur son passage que le conseil général la lui avait allouée. Aussitôt que le vieil artiste fut à la portée de M. Dufélre, celui-ci lui déposa sur le chef sa bénédiction épiscopale, puis il entra en compliments sur le merveilleux dîner dont son palais fumait encore.

— Votre salmis de bécasses, lui dit-il avec cette abondance et cette facilité de parole qui l'ont placé au rang de nos prédicateurs

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les plus distingués, élail excellent, cl votre vol-au-vent était irréprochable.

— El mes truites au gralin donc, monseigneur !.. tout ce qui me fait de la peine, c'est qu'on ne m'ait pas laissé de quoi en regoûler. Je suis bien sûr que vous n'en mangez pas de pareilles dans votre hôtel épiscopal. Et si j'étais à voire service...

— Votre zèle à bien traiter ma grandeur, interrompit le prélat, mérite une récompense signalée, et je vous la donnerai telle que ni les rois, ni les empereurs de la terre ne pourraient vous en accorder une d'un si haut prix.

Le bonhomme croyait déjà sa fortune faite, et ne pouvant trouver de paroles assez belles, selon lui, pour remercier M. Dufétre des bienfaits dont il allait le combler, il se mil à réciter ses prières. Mais, il ne vaut pas mieux compter sans son évéque que sans son hôte : au lieu d'une bourse bien garnie, la poche de la soutane violette accoucha d'un petit crucifix.

— Tenez, mon ami, dit M. Dufétre raetlanl son cruciOx dans la main du cuisinier, cette image est indulgenciée par Notre Sainl-Pére le pape;c'eU mille ans au moins de purgatoireque je vous relranchc.

— Je ferai observer à Voire Grandeur, dit l'artiste désappointé, nnais ne perdant point sa présence d'esprit, que mes efforts à la régaler ne méritent point une récompense si haute. Si j'ai réussi au gré de vos désirs, j'attribue mon succès bien moins à mes faibles talents qu'à la protection de Dieu qui s'attache à votre personne, et si vous me donniez une pièce de cinq francs, comme m'en donnait une M. Naudot toutes les fois qu'il dînait ici, je me croirais assez...

— Fi donc! une pièce de cinq francs, interrompit M. Dufétre. M. Naudot ne savait pas apprécier le mérite. Non, mon ami , le prix que je mets à vos talents n'est pas trop élevé, et vous méritez tout le bonheur que vous portera cette image !

Le vieux cuisinier empocha donc son crucifix, ne pouvant em-

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pocher autre chose ; mais il remarqua avec douleur qu'il était de cuivre. Toutefois, il ne perdit pas l'espérance d'être gratifié.

— Je l'attends au départ, se dit-il ; il sait vivre, et il n'ignore pas qu'on doit laisser un pour-boire proportionné à son rang aux getis de la maison où on a été hébergé. Il le doit d'autant plus que mensieur le curé s'est mis à blanc pour le recevoir.

M Dufétre déclara, en effet, qu'il voulait partir le lendemain après la messe. Les artistes sont sans rancune : dés quatre heures du matin, le vieux cuisinier était au pied de ses fourneaux ; il se mil composer, pour le prélat, un déjeûner tout neuf, et cette fois encore il réussit complètement. M. Dufétre témoigna beaucoup de considération i)0ur les mets délicats qui lui furent servis, mais il ne sonna mol <!u vieux cuisinier. Celui-ci suivait avec anxiété les préparatifs du départ. Déjà M. Dufétre était dans sa voiture, et il ne fallait plus qu'un coup de fouet appliqué aux chevaux pour partir.

— Ah ça! se dit le cuisinier, est-ce que Sa Grandeur va s'en aller sans payer?

Mais M. Diifétre rappelé, par la vue de l'arlislequisetenaitsurla porte du presbytère, au sentiment de la reconnaissance, lui fit signe d'approcher. Cette fois le bon homme crut qu'il tenait son pourboire, et il le crut d'autant plus fermement qu'il voyait le prélat chercher sous sa soutane. Hélas! son espérance fut encore trompée; M. Dufétre lui tendit une médaille de la Sainte- Vierge, en cuivre comme le crucifix, et comme lui indulgenciée ; puis il ordonna à son cocher de partir, et il court toujours. Le cuisinier resta étourdi sur le coup; mais quand la calèche fut hors de vue, il examina les images, et il reconnut que, sauf les indulgences qui y étaient attachées, le sauveur du monde et son auguste méro valaient ensemble la somme d'un décime.

Je ne suis pas de ceux qui font fi de ce qu'ils ne peuvent avoir ; j'apprécie autant qu'elles méritent de l'être les indulgences que délivre M Dufétre. Qu'est-ce, en comparaison de ces saintes ima-

n UNK lOlK.NKK KPISCOPAI »:.

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ges qui gardent une ame du purgatoire, qu'une chétive pièce de cinq francs que certains ne peuvent dépenser sans commettre cinq gros péchés mortels; je le dis sincèrement, si M, Dufétre était abonné à mes pamphlets, je le tiendrais de grand cœur quitte pour un de ces crucifix induigenciés qu'il distribue avec tant de grâce et d'amabilité, et même je lui ferais remise de sa bénédiction.

Mais enfin, à quoi emploie-t-il son indemnité? Puisque c'est nous, pauvres contribuables, qui la payons, nous avons bien le droit de nous inquiéter de ce que devient notre argent. Je ne vois pas pourquoi nous ferions une bourse de voyage à M. Dufétre , puisqu'il voyage sans bourse délier ; et lui-même il est trop raisonnable et trop juste pour exiger de nous ce sacrifice. L'an passé je m'étais permis de lui dire : «MonsieurDufêtre, ne vous laissez pas allouer d'indemnité déroute: » il n'a tenu aucun compte de ma recommandation, et, du reste, je m'y attendais, mais à cette époque il n'avait pas encore l'expérience de son diocèse : il ignorait comment voyage un évêque sur cette terre bénite du Nivernais ; il pouvait s'imaginer que le clergé de ce pays était au dépourvu, que nos pauvres desservants pouvaient à peine ajouter, le dimanche, une volaille de fête au pot au-feu accoutumé. Voici peut-êire ce qu'il se disait ;

« Le milan ne se pose pas sur la tige d'un frêlea rbuste ; or, moi qui ai dix fois autant de traitement que ces misérables prêtres de village, je ne puis m'abaltre, avec toute ma suite, autour de leur iiumble table, et leur imposer l'obligation de nous héberger tous;» ou bien il pouvait penser que l'église nivernaise était inhospitalière, peu donneuse, mangeant son pain sous le couvercle de la huche, et aimant mieux acheter quelque morceau de bonne terre que de donner un grand dîner. Dans l'un ou l'autre de ces deux cas, il a calculé qu'il serait obligé d'aller prendre domicile dans une hôtellerie, comme nous autres simples voyageurs qui ne tenons pas notre passeport de Dieu, et c'est sans doute sur une ancienne

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note d'auberge qu'il a basé le chiffre de l'indemnité par lui acceptée, ou peut-être a-t- il évalué approximallvemenl à deux mille francs les gratiGcations qu'il serait obligé de semer sur son passage. Mais, aujourd'hui, il sait comment se font les choses dans ce pays; de quelque côté qu'il porte ses bénédictions, il voit de loin joyeusement fumer la cheminée du presbytère; tout préire nivernais enverrait plutôt au mont-de-pielé sa soutane neuve, la montre d'or de sa gouvernante, que de laisser le digne prélat aller prendre sa réfection dans une auberge. Les jeunes desservants qui n'ont pas encore eu le temps de faire des économies, ou les vieux qui ont eu le temps d'absorber celles qu'ils avaient faites, aiment mieux faire appel à la cave et à la basse-cour des habitants notables de la paroisse, que de laisser ce grand évcque sortir à jeun de leur pauvre demeure. Trois lieues faites par M. Dufétre dans son diocèse coûtent plus à son clergé que ne coûtaient aux chrétiens de la Galilée trente lieues faites par Jésus-Christ accompagné de ses douze apôtres. Le prélat a donc son pain quotidien assuré pendant ses tournées; et quant aux gratifications à répandre là où il passe, maintenant qu'il a trouvé un moyen aussi édifiant qu'économique de s'acquitter envers les domestiques qui lui ont prêté leur aide dans les maisons où il s'arrête, il doit être parfaitement tranquille à ce sujet; il y a plus, M. Dufétre doit reconnaître que ses tournées sont non seulement pour lui un temps de franche-lipée, mais encore qu'elles lui fournissent l'occasion de faire des économies ; car enfin, tandis qu'il accomplit ses pérégrinations, le foyer épiscopal est éteint, l'écurie est fermée, l'araignée file en paix sa toile à la porte des celliers, et à Nevers un beau saumon ne coûte guère moins d'une vingtaine de francs. M. Dufétre n'a plus aucun prétexte pour embourser son indemnité; mais s'il s'obstinait à rembourser, le conseiller dont la voix a fait l'an passé prévaloir ses frais de route, pourrait bien être revenu celte année à une opinion moins apostolique. A la vérité, parmi les membres du conseil général il y a nombre de gens têtus, routiniers, n'admettant pas

D'UNB TOLRP»feB f PISf.OPALK. ^'i'

volonliers les raisons nouvelles, se croyant cbligés, parce qu'ils vont à la messe, d'être de l'avis de leur évéque. Ils diront : Nous avons donné l'an passé deux mille francs à M. Dufêtre, c'est un précédent ; pourquoi ne les lui donnerions-nous pas encore cette année? Vous ne sauriez les faire déguerpir de cet argument; ils appellent cela faire delà conservation. Mais si son cocher disait à un de ces honnêtes conservateurs : « L'an passé, en vous conduisant au conseil général, je vous ai versé à celle place, c'est un précédent, voulez-vous que je vous y verse celle année? » je serais curieux de savoir ce que répondrait le conservateur. En tout cas, si le conseil général persiste à allouer une indemniléde route à M. Dufêlre, qu'il melle à sa disposition un assortiment d'images, à la charge par lui de les faire indulgencier par Noire Saint-Pére le Pape. Cette monnaie conviendrait beaucoup mieux au prélat que des pièces de cent sous, et ce serait plus économique pour le département. C'est une idée que je livre aux méditations de messieurs les conseillers généraux.

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D'ARGHIÏEGTIJRE.

>^^^°^'^^E n'est ni un avoué, ni un banquier qui meurt. IM S^ p5>N.c'est moins que rien : c'est un pauvre artiste ^M Iji pQ^nomade qui vient prendre a Clamecy un der- ^^ ^'^ û^ nier gîte, qui vient nous demander pour chevet §MM^l^M^^^un peu de notre froide et lourde terre. Je vous P \/ \/ \/ ^^l'ai déjà dit : c'est moins que rien; c'est une

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palelle chargée encore de couleurs qui tombe ; c'est un pinceau encore plein d'images qui se délie. Cela ne vaut pas la peine que monsieur le curé se dérange et que messieurs les artistes du lutrin passent leur surplis.

Cependant on va trouver monsieur le curé. On lui dit : o Un homme est mort ; il ne laisse qu'une femme, un caniche et des dettes : nous nous sommes cotisés pour que la misère ne le tuât pas avant la maladie ; mais enQn il est mort : voulez-vous l'enterrer graluitement, ou faut-il nous cotiser encore? » Monsieur le curé, qui était ce jour-là en humeur de bienfaisance, répond qu'il enterrera gratuitement.

Ici ce n'est pas la coutunie de laisser un malheureux prendre seul le chemin de sa fosse. Des citoyens honorables, tout ce qu'il y a d'un peu artiste dans la ville, se rendent au convoi. Mais que donne mon-ieur le curé? — La croix de bois, ce vil suaire qu'on jette avec dédain sur la bière des plus pauvres, un vicaire, le sacristain, et pour appoint un petit enfant de chœur !

Je sais bien que, pour l'artiste, cette parcelle du clergé vaut autant que trois prélats. Peu importe à l'artiste, au séjour où il est, la petite avanie faite à son cadavre! Le papillon, quand il déploie ses ailes, s'inquiète-t-il de ce qu'est devenue sa grossière enveloppe? Qu'est-ce, d'ailleurs, qu'un cercueil? un paquet que l'on adresse à Dieu. Que le paquet soit enveloppé d'un tissu précieux ou d'une toile d'emballage, il arrive toujours à son adresse.

Mais pour monsieur le curé ce n'est pas la même chose. Cette espèce de dédain qu'il affecte pour une honorable misère est un procé^lé peu canonique. Monsieur le curé me fait ici l'effet d'un fesse-mathieu auquel un mendiant de bonne maison vient, en présence d'une nombreuse société, demander l'aumône, et qui lui donne le liard le plus démonétisé qu'il pei'l trouver dans son escarcelle.

Pour moi, si j'avais l'honneur d'être l'ami de monsieur le curé, le lui aurais dit : « Voici une bonne occasion qui se présente d'être

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agréable à vos ouailles. Vous êtes bien celui de tous les habilanls de la paroisse qui vous trouvez dans la meilleure position pour exercer la bienfaisance. Vous pouvez non seulement l'exercer sans bourse délier, mais encore avec bénéfice : car enfin vous avez les gros sous de l'ofTerle qui vous reviennent. Si vous ne voulez rien faire pour ce pauvre malheureux, faites au moins quelque chose pour ceux qui l'accompagnent. Ces messieurs sont de bonnes pratiques : les uns auront incessamment besoin d'un mariage, et quelques autres, hélas ! peut-être d'un enterrement. Vous avez dans votre garde-meuble une croix d'argent, des chandeliers d'argent, des bouts de cierges qui ne vous coûtent pas cher ; donnez tout cela à leur artiste. Que diable, il ne vous passe pas tous les jours un artiste par les mains ! Avez-vous donc peur qu'il ne vienne de temps en temps un artiste mourir à Clamecy, exprés pour user votre croix d'argent ? »

Pour la religion non plus ce n'est pas la même chose. La religion souffre toujours un peu des petits scandales que donnent ses prêtres. Cela fait réfléchir et quelquefois blasphémer. Moi-même qui suis un homme simple, un vrai croyant, un homme d'ailleurs qui ne se dégoûte pas d'un bon ragoût pour un cheveu qui s'y trouve, le tentateur m'apparaît quelquefois sous la forme d'une objection, et Uuus causons.

— C'est une sotte dépense, me disait l'autre jour cet infâme, de se faire enterrer par les prêtres. Un bon acte mortuaire et l'adjoint, voilà tout ce qu'il faut. Ou le défunt est absous, ou il est condamné; dans les deux cas, l'enterrement religieux est lout-àfait inutile. Plaide-t-on encore pour un homme déjà jugé? Vous dites que les décrets de votre Dieu sont immuables, et vous vous flattez, avec une cinquantaine de versets et de répons, de les lui faire révoquer. Vous n'êtes pas d'accord avec vous-même. Si vous obteniez d un juge, à force de prières, qu'il revînt sur son arrêt, vous diriez en vous-même : Ce juge est un imbécile. Croyez-vous donc que Dieu ait moins de fermeté qu'un ju^e? Pour moi, qui

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suis le démon, si j'étais Dieu, je dirais aux prêtres : « Vous savez que cet homme est jugé; pourquoi me faire avaler encore à son intention les fausses notes de vos chantres et la fumée de vos cierges ? Croyez-vous que je n'aie autre chose à faire que d'écouter votre plain-chant? Et ces fleuves qui labourent vos cités, et la terre qui tremble et oscille comme un navire au roulis de la mer, et ces villes qui s'abîment au milieu des flammes, et cette comète qui menace de briser votre globe comme une coquille d'œuf, dont il faut que je règle la course vagabonde !... Éternels bavards, lais^ sez-moi tranquille ; vous me rendez la divinité insupportable! J'aimerais mieux êlre, sans vous, prince de Monaco, qu'avec vous le maître du ciel et de la terre. » Qu'auraient à répondre les prêtres, si ce n'est qu'ils ont une fabrique à entretenir et qu'ils veulent gagner de l'argent?

— O tentateur ! lui ai-je répondu, ou sois plus circonspect en tes paroles, ou éloigne-toi ; car lu me scandalises. Si l'enterrement religieux n'était qu'une vaine formalité, est-ce que les prêtres nous le vendraient si cher ? Polisson que tu es, prends-tu le clergé pour un charlatan qui vend du suif pour de la graisse d'ours ? Oui , deux fois oui, vingt fois oui, cent fois oui, l'enterrement religieux est nécessaire! Mais, dis-moi, un enterrement de luxe a-t-il plus d'eflicacilé qu'un enterrement à bon marché? C'est une question d'économie domestique sur laquelle je serais bien aise d'être fixé.

— Toi qui me fais celte question, répliqua le tentateur, tu me demanderas hienlôt si une messe de cathédrale a plus de valeur qu'une messe de village; si Dieu est plus présent dans du vin de Bourgogne que dans votre vin de la Croix-Pataud. Eh! pourquoi un enterrement de six francs n'en vaudrail-il pas un de quatrevingts? Ce sont les mêmes versets, les mêmes répons, c'est le même Dieu qu'on porte devant les deux cercueils. Crois-tu donc qu'on achète une bonne place au paradis comme au théâtre? que It's riches verront Dieu de face, et les pauvres seulement de protil ?

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OÙ esl-il écrit que le loyaurne des cieiix est ui.e hôtellerie où Ton est inieui ou moins bien accueilli, selon léguipage avec lequel on arrive Et, à ton tour, insoknt itamplilélaire, prends-tu saint Pierre pour un commis d'octroi, pour un gardcur de pont qui ne laisse rien passer sans qu'on ait payé l'entrée ?

— Pour cette fois, ô tentateur, répondis-je à l'objection, tu dis vrai. C'est une folie d'acheter à grands frais, pour des dépouilles qui nous sont chères, les honneurs d'un magnifique convoi, puisque ce supplément de dépense ne doit proGter qu'aux prêtres. Si j'étais (ils inconsolable ou veuve épiorée, je me dirais : De l'argent que je donnerais au curé, il vaut mieux que je paie les fioles du pharmacien ou les habits de deuil du marchand d'étoffes. Si j'ai quelque chose de reste, je le distribuerai en aumônes. Avec mon argent, monsieur le curé achèterait peut être, comme le dit La Fontaine, une feuillette du meilleur vin des environs; mais certes, un pauvre, rassasié et habillé de neuf, doit être auprès de Dieu un meilleur plaidoyer pour celui dont nous héritons, qu'un prêtre qui boit du vin rouge. Pour moi, que Dieu m'appelle à lui quand il voudra et me donne la fortune qu'il voudra, je veux être enterré par M. Clément, qui est un homme selon mon goût, et par le sacristain que je trouve magnifique en surplis. J'engage mes amis à en faire autant. Si nous n'avons pu être économes pendant notre vie, soyons-le au moins après notre mort. C'est d'ailleurs une bonne économie que celle qui n'impose aucune privation. Mais, dis-moi. objection, puisque ces deux sortes de convois ne sont pas meilleures l'une que l'autre, pourquoi les prêtres ont-ils des convois de deux sortes?

— Tu es bien de Clamecy, me répondit un peu insolemment l'objection, toi qui me demandes cela ! Eh parbleu ! c'est parce que les uns sont un casuel plu< productif que les autres. Un pharmacien a dans sa boutique des herbes cueillies autour de sa maison, dans son jardin, et qui guérissent ; il en a d'autres venues de pays lointains, et qui guérissent également. Il abandonne les pre-

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