UN PEU DE THÉOLOGIE
miéres au pauvre pour quelques pièces de monnaie ; au riche il réserve les secondes, et lui dit : « Vous, monsieur, qui êtes un homme comme il faut, voilà ce qui convient à votre noble organisation ; vous ne pouvez vous guérir qu'avec ce précieux spécifique. » Les prêtres font à peu près la même chose. Cela est reçu dans le commerce.
Il y a plus: ces marchands de superbes convois vous induisent en tentation ; ils vous vendent sciemment des choses nuisibles. Ces cloches qui répandent bruyamment par la ville leurs iamenlalions, ces colonnes habillées de deuil, ces cierges qu'on fait brûler autour du cercueil, ces magnifiques draperies dont on revêt un peu de puanteur et de corruption ; la mort, celle vieille carcasse, qu'on altiffe d'une manière coquette, dont on fait une femme comme il faut; ces larmes d'or avec lesquelles le riche pleure son trépassé : tout cela, c'est la vanité des vanités, et tout cela est vanité ! C'est un orgueil d'autant plus répréhensible, que c'est en présence du néant le plus évident de l'homme qu'il étale ses pompes. En voulant fléchir Dieu, on l'irrite. C'est une pincée de cendres qui le brave, qui lui dit : « Tu n'as pu tout m'ôler ; je serai malgré toi un personnage important jusqu'au bord de ma fosse. » Les martyrs n'ont point eu de cercueil : ils n'ont eu d'autre sépulture que les gémonies des païens, que les colonnes où on les attachait en guise de flambeaux, pour éclairer de leur graisse les orgies nocturnes d'un tyran plein de sang et de falerne. Ces reliques que vous adorez, ce sont des membres torturés par le bourreau, traînés dans les rues, exhumés des égoûts, des lambeaux arrachés aux chiens ; et un bourgeois qui n'a jamais jeûné, qui n'a pas seilement fait maigre le vendredi, qui n'avait d'autre cilice qu'un bon gilet de flanelle, veut être enterré magnifiquement ! et il se trouve un curé qui se prête à cette folle idée ! Que prouvent donc toutes ces pompes funèbres? Que le défunt était riche, que ses héritiers font une bonne succession. Eh bien ! raellez un sac d'argent sur son cer-
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cucil, cela prouvera loul autant, el du uioins la dignité de la religion ne sera pas compromise.
Prêtres, représentants de Dieu sur la terre, que veulent dire ces distinctions que vous établissez entre la pourriture du riche et celle du pauvre. Quoi! Dieu aussi adresse de petites cajoleries à la richesse ! il fait l'empressé avec elle, il lui fait la révérence au seuil de l'éternel séjour ! « Monsieur l'avoué, dit-il à celui-ci , veuillez passer ici, vous y avez une place réservée ; monsieur le banquier, dit-il à celui-là, n'allez pas de ce côté, c'est un faubourg du ciel, c'est le quartier des pauvres qui sont arrivés ici sous un vil linceul. » Si vous croyez, prêtres, devoir de la déférence aux riches, ôtez-leur votre tricorne, quand vous les rencontrerez; cédez-leur le pas à l'entrée des salons ; reconduisez-les jusqu'au milieu de la rue, mais n'abaissez pas la croix devant eux, car sur cette croix est l'image de Dieu, car cette croix, c'est le symbole de l'égalité comme celui du salut ! c'est le gibet où Dieu est mort pour tous. Dieu ne distingue pas le riche du pauvre, l'or de la boue; il ne distingue que l'homme juste du méchant. Vous, cirons vaniteux, qui vous croyez des atomes plus gros que nous autres, voyez en automne les feuilles se détacher tristement de leurs tiges, les flocons de neige descendre silencieusement vers la terre. Ainsi tombent les hommes, sans faire, en tombant, plus de bruit à l'oreille de Dieu, le bouigeois que le paysan.
Ceux que Dieu a fait naître égaux, ceux qu'il voit égaux, qu'il traite en égaux, de quel droit les prêtres les divisent-ils en hommes à petit collège et à grand collège, à petit glas et à gros glas ! les petits, cotés pour une aumône secrète, les grands pour un dîner de confrères. Si la religion a des honneurs à décerner, que ne les réserve -t-elle pour ces chrétiens d'élite qui ont édifié les hommes par leurs vertus? N'est-ce pas un scandale devoir le fripon qui a fait fortune mieux enterré que l'honnête homme resté pauvre; celui qui va en enfer, escorté plus honorablement que celui qui va au ciel ? Jésus-Christ ne doit-il pas se dire : Si jo
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mourais encore pour ces marauds, ils me donneraient à peine un demi-coUége?
Les Égyptiens qui n'étaient que de pauvres idolâtres, jugeaient leurs morts avant de les admettre aux honneurs de la sépulture. Los Pharaons eux-mêmes, dépouillés de leur pourpre, comparaissaient en simples bandelettes devant ce suprême tribunal. Les prêtres du vrai Dieu devraient bien en faire autant. N'est-il pas triste de penser que si M. '"■ avait la manie des prêtres, comme il a celle des écus, il en aurait une légion à son enterrement? Xon que j'accorde aux prêtres le droit de refuser la sépulture chrélietme à qui que ce soit : ils sont payés par tous, pour prier pour tous; mais quand les héritiers d'un homme taré, d'un fripon de notoriété publique, d'un banqueroutier qui a fait son luxe de l'aisance de cent familles, viennent leur commander un riche convoi, ne pourraient-ils pas leur dire : « Les magnificences de l'église ne sont pas pour monsieur votre père ou monsieur votre oncle. Nous prierons pour lui, parce que nous y sommes obligés; mais nous ne l'honorerons pas devant le peuple : cela serait d'un trop mauvais exemple. »
Et que dire encore de cette offerte ajoutée à tout mariage et à tout enterrement? de ce cadeau de dragées que reçoivent les prêtres quand ils baptisent un enfant ? de cet autre cadeau d'argenterie, qu'ils se laissent offrir, lorsqu'ils font, comme ils disent, des premières communions! Dieu, s'il pouvait rougir, ne rougirait-il pas de voir ses ministres accepter un ignoble pour-boire, comme un postillon?
Comment se fait-il donc que le sacerdoce, ces sublimes fonctions venues du ciel , soit descendu au niveau d'une industrie? Jésus-Christ chassait les vendeurs du temple, et la sacristie est un comptoir où chacun marchande et choisit, selon ses facultés, les cérémonies du culte! Quelle vénération peut on avoir pour ce clergé moitié pontife et moitié marchand ? L'ho?nme de la sacristie ne fait-il pas tort à l'homme de la chaire? et peut-on regarder
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comme la voix de Dieu, celle voix qui loul à l'heure vous additionnait un mémoire? Aussi écoulez comme le peuple parle des prêtres. Ils ont, dit-il, une bonne boutique, un bon négoce; leur commerce va toujours, et leur marchandise ne dépérit pas.
Je sais bien qu'il faut que les prêtres vivent de l'autel, j'accorderai même qu'il faut qu'ils soient gras. Mais pourquoi ne sont-ils pas rétribués complètement et suffisamment par le gouvernement comme les autres fonctionnaires? Pourquoi même ne le seraientils pas par les communes? Qu'était-ce que la dlme, sinon les prêtres exorbilamment rétribués par les communes? De celle façon, les cérémonies du culte seraient les mêmes pour tous ; les choses saintes ne seraient pas vendues; on ne verrait plus une famille qui vient de perdre son chef, celui qui la faisait vivre, obligée d'abandonner au prêtre, pour le faire enterrer, le dernier morceau de son pain.
Et pourquoi les prêtres voudraient- ils être riches? Jésus-Christ a dit : « Il est plus facile à un chameau de passer parle trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume descieux.«S'imaginenl-ils que le trou de l'aiguille est grand comme une porte cochére, ou que le chameau n'est pas plus gros qu'un ciron. Ou Jésus-Christ ne savait ce qu'il disait, ou les prêtres ne savent ce qu'ils font; ou les prêtresse damnent de gatlé de cœur, ou ils ne croient pas à l'Evangile.
Si Jésus-Christ avait voulu de magniflques habits, un palais , une litière, un chef de cuisine, son père céleste lui aurait donné tout cela. Cependant toutes ces jouissances que fait la richesse, il les a repoussées. Quoi ! le maître a voulu être pauvre, et les serviteurs veulent être riches! Le maître allait sur un âne, et les serviteurs vont en carrosse ! le maître était vêtu simplement, et les serviteurs sont vêtus de soie et de dentelles comme de vieilles dames ! Le maître n'avait ni feu ni lieu ; il eût été, s'il eût vécu de nos jours, poursuivi comme mendiant par le parquet, et les serviteurs veulent des palais! Le substitut du procureur du roi eût dit