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CHAPITRE III

Badcbcc.

mort d« sa fcmnic

Quand Pantagruel fut né, qui fut bien esbahy et perplex? ce fut Gargantua son père : car, voyant d'un costé sa femme Badebec morte, et de Tautre son filz Pantagruel né, tant beau et grand, il ne savoit que dire ny que faire. Et le doubte qui troubloit son entendement estoit assavoir mon * s'il devoit pleurer pour le dueil de sa femme, ou rire pour la joie de son filz. D'un costé et d'autre, il avoit argumens sophistiques qui le suffoquoient; car il les faisoit très bien in modo et figura , mais il ne les pouvoit souldre. Et, par ce moyen, demeuroit empestré comme la souris empeigée^, ou un milan pris au lacet.

Pleureray je, disoitil? ouy : car, pourquoy? Ma tant bonne

* PalsgraTe traduit assavùir mon par wyUe wyder {savoir n), Cotgra^e l'explique autrement :

u C'est, dit-il, an inforcement oj an uffirtiMUion, un complément d'affirmation. » Ils ont raison Ton et l'autre. Le savant bénédictin J.

Périon {de Linguœ gallicœ origine) constate cette double acception.

Quand mon est interrogatif, il le fait venir du grec {i.(ôv ; et quand il est afBrmatif, de {j.év. Mon seraitil par hasard un abrégé de mon Dieu, expression dont nous nous

servons encore pour renforcer une aiBrmation ou une négation? On a bien pu autrefois retrancher, par scrupule religieux, Je mot Dieu, comme on le fait dans certains jurons.

Montaigne a dit : «< sçavoir mon €c si Ptolémée s'y est aussi trompé « autrefois. » — M. Génin a publié récemment, sur le mot mon, une curieuse dissertation, que nous regrettons de ne pouvoir analyser.

^ Empigé se dit dans le Niver-

femme est morte, qui estoit la plus cecy, la plus cela qui fust au monde. Jamais je ne la verray, jamais je n'en recou- ▼reray une telle : ce m'est une perte inestimable! 0 mon Dieu y que t'avois je fait pour ainsi me punir? Que ne m^envoyas tu la mort à moy premier * qu'à eûe? car viyre sans elle ne m'est que languir. Ha, Badebec, ma mignonne, m'amie, mon petit con (toutesfois elle en avoit bien trois arpens et deux sexterées ^), ma tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle, jamais je ne te verray. Ha, pauvre Pantagruel, tu as perdu ta bonne mère, ta douce nourrice, ta dame très aimée. Ha, faulse mort, tant tu m'es malivole, tant tu m'es oultrageuse , de me tollir* celle à laquelle immortalité appartenoit de droit.

Et, ce disant, pleuroit comme une vacbe : mais tout soudain rioit comme un veau, quand Pantagruel luy venoit en mémoire. Ho, mon petit filz, disait il, mon couillon, mon peton ^, que tu es joly! et tant je suis tenu à Dieu de ce qu'il m'a donné un si beau filz, tant joyeux, tant riant, tant joly. Ho, ho, ho, ho, que je suis aise! beuvons ho! laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les. verres, boute la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, taille ces soupes, envoyé ces pauvres, baille leur ce qu'ilz demandent, tiens ma robe.

naift commft gyoooyme d*empétrer.

Il désigne plus particulièrement un animal ou une personne dont les pieds sont embarrassés par un obstacle quelconque. Ce sens , joint à l'orthographe empcigé, nous porte à croire que ce mot est là pour empiégé,

' Plutôt qu'à elle.

^ Mesure de terre contenant, un setier de semence {sextarala, du Cange).

3 Enlever.

^ Peioftf en patois poitevin , signifie encore petit pied. — Molière

s'est servi de ce mot dans le Médecin malgré lui :

« Ah ! que j'en sais, belle noiir- « rice... qui se tiendroient heureux «de baiser seulement les petits «< boots de vos pelons, »

Ici petou est pris au figuré, dans le même sens qu'on dirait : « Mon petit espiègle, mon gentil lutin (my gentle imp. •» Gotgrave).

Le pied n'est pas la seule partie par laquelle on ait désigné le tout, Rabelais dit aussi : Mon bedon. Nous disons encore : Mon petit cœur.

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que je me mette eu pourpoint pour mieulx festoyer les commères.

Ce disant, ouyt la letanie et les mémentos des prestres qui portoient sa femme en terre; dont laissa son propos ^ et tout soudain fut rayy ailleurs^ disant : Seigneur Dieu^ fault il que je me contriste encores? cela me fasche, je ne suis plus jeune , je deviens vieux , le temps est dangereux ^ je pourray prendre quelque tievre, me voy là affolé. Foy de gentilhomme^, il vault mieulx pleurer moins, et boire davantage. Ma femme est morte, et bien, par Dieu.(Dà ^urakdi)^^ je ne la resusciteray pas par mes pleurs: elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si mieulx n'est ^ : elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos misères et calamités : autant nous en pend à Toeil. Dieu gard le demourant! il me fault penser d'en trouver une autre.

Mais voicy que vous ferez, dist il aia^ sages femmes (où sont elles? Bonnes gens, je ne vous peux voir) ; allez à l'enterrement d'elle, et ce pendant je berceray icy mon filz : car je me sens bien fort altéré, et serois en danger de tomber malade : mais beuvez quelque bon traict devant : car vous vous en trouverez bien, et m'en croyez sus mon honneur. A quoy obtemperans, allèrent à l'enterrement et funérailles, et le pauvre Gargantua demeura à Thostel. Et ce pendant fit l'épitaphe pour estre engravé , en la manière que s*ensuit :

* Bon propos, éd. anc. <* donc afler par ddk Upmrmâi» ! »

* C'était le serment ordinaire — Ce not de la yietlie M** Pilou de François I«<^. a son fils, qni se livrait à des actes

3 Les commentateurs prétendait de dévotion outrée (Voy. les Hfs-

qu'il feat soos-entendre vemam. torieiUt de Tallemaat), paraît une

Kous aimons mieux rexpUcatlon réminiscence de cet endroit de Ra-

suivante, que nous fournissent des bêlais.

notes inédites de la Monnoie. Dans ^ C'est là une malice de Rabe-

le Donat , cap. de Adverino, le lais. Il joue sur le mot sage. Où

maître interroge le disciple sur les sont-elles? — C est-à-dire où sont

adverbes de temps, de lieu, etc., les femmes sagesî — Et Gai^gan-

et il lui demande «• Da iemporis , tua ne les peut voir, tant elles sont

« da separandif dajurandi, » et rares. Bonnes gens lai ici une ex-

sous-entend toujours adveràia. clamation de pitié, encore fort usi-

* « Mon pauvre garçon, tu ve«x tée «n quelques provinces.

Elle en mourut la noble Badebec ,

Du mal d'enfant, qui tant me sembloit nice :

Car elle avoit visage de rebec ',

Corps d'Espagnole , et ventre de Souiœe.

Priez à Dieu qu'à elle- soit propice,

Luy pardonnant, s'en riens oultrepassa.

Cy gist son corps , auquel vesquit sans vice,

Et mourut l'an et jour que trespassa '.

• Le rebec était le ^olon. On to» , un vers qui ressemble fort avait riiabitndeantrefois de scalp- à oeitti de Rabelais. C'est le derter une figure à Textrémité daman- nier de Tépitaptie que le frene arche, cbier veut qu'on écrive sur lui :

' Nous lisons dans le nfonologue Cy gist Pemet le franc archier,

à» franc archer de Bagnolet^ in- <Hi> «T nounit ans desanvher

•éré à 1» suite dee œuvres os Vii^ i, ;„;^; ,;^ ^^, ui,^, '

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