‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 178 sur 296 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

GoBiment PanUf ruel dressa on tropbée en nicmoirc de lear prouesse, et Panurg:e on aaire en mémoire des levranlx. Et comment Pantacrnel, de ses peiz , en^endrolt les petits Sommes, et, de ses vesnes S les petites femmes. Et comment Panarge rompit on gros basion sur deux verres.

Devant que partons d'icy, dist Pantagruel^ en mémoire de la prouesse qu'avez présentement fait, je veulx ériger en ce lieu un beau trophée. Adonc un chascun d'entre eux, en grand liesse, et petites chansonnettes villaticques 2, dressèrent un grand bois auquel y pendirent une selle d'armes, un chamfrainde cheval 3, des pompes*, desestrivieres^, des espérons, un haubert*, un haut appareil asseré*^, une hasche, un estoc d'armes •, un gantelet, une masse, des goussetz, des grèves®, un gorgery *<*, et ainsi de tout appareil requis à un arc triomplial ou trophée. Puis, en mémoire éternelle, escrivit Pantagruel le dicton victorial comme s'ensuit.

^ Yesses. En langage d'écolier, on dit encore vesse ou veneiie pour signifier peur.

' Villageoises.

3 Pièce de fer qui couvrait le devant de la tête d'un cheval armé.

(Académie.)

* Ce mot nous parait pris ici |)ar Rabelais dans le s^s de pommettes ou de pompons. JoinviJle, dans la Vie de saint Louis, parle de pompes et bohans (Ta/nliements.

^ Étriers.

^ Cotte de mailles.

' Une armure d'acier. Ou troore à la fin du chapitre xxix : armé à hauU app€treil.

* Sorte d'épée à la fois forte, courte et acérée, dont on usait daas la cavalerie, suivant Cotgrave.

^ Armure qui couvrait le devant des jambes.

'® Ou gorgerin. Armure qui couvmit la gorge.

Ce fut icy qu'apparut ]a vertus

De quatre preux et vaillans champions ,

Qui, de bon sens, non de harnois vestuz*,

Comme Fabie, ou les deux Sciptons,

Firent six cens soixante morpions ,

Puissans ribaulx , brusler comme une escorce :

Prenez y tous, rois, ducs, rocs et pions',

Enseignement qu'engin ' mieulx vault que force :

Car la victoire,

Comme est notoire.

Ne gist qu*en heur

Du consistoire *

Où règne en gloire

Le haut Seigneur :

Vient, non au plus fort ou greigneur % Ains à qui luy plaist, com* fault croire : Donc a et chevance et honneur * Cil qui par foy en luy espoire '.

Ce pendant que Pantagruel escrivoit les carmes* susdits, Panurge emmancha en un grand pal* les cornes du chevreul, et la peau et le pied droit** de devant d'iceluy. Puis les oreilles de trois levraulx '*, le rable d'un lapin , les mandibules d*un

* On lit aatrement ce Ters dans Fédilioii de C. Nourry :

« Qui non dTbarnoys nau de bon sens vestux. •

' Pièces du jeu d'échecs.

' Ingenium^ adresse.

* Conseil.

^ Plus grand.

^ On lit dans les éditions de Nourry et de Fr. Jnste, 1534 :

t>oncquef a cbeTance et honneur.

' Espère.

* Vers, carmina (latin).

* Pieu. On lit pal dans Tédit de C. Nourry. Par pou on désigne eu patois saintongeois les petits pieux alésés qu'on adapte aux charrettes.

En poitevin pau a le sens de pieu.

** Nous donnons la leçon suivie par C. Nourry et par Mamef.

L'édition de \ 534 porte UtpUd droit; c'est probablement là l'origine de la faute. Dans d'autres, au lien de supprimer on s dans Uty on a écrit les pied* droit» de devant , comme si un. chevreuil pouvait en aToir deux. — Le Duchat explique assez ingénieusement les pieds droits. Mais s'il fait preuve d'érudition, il est constant qu'il s'éloigne de la vérité.

» » Édition de Nourry et de Fr.

Juste, 1534. Les éditeurs modernes écrivent à tort des trois le- Yraulx. Rabelais,, dans le chapitre qui précède, n'a pas parlé de trois mais de onse lièvres ou levrauts.

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