PROLOGUE
fut celle femme sacrée à Venus Indicque, laquelle fut recogneue du philosophe Tyanien * entre le fleuve Hydaspes et le mont Caucase)^ mais en dimension perpendiculaire (choses non encores veues en Egypte) , esperoit^ par offre de ces nouyeautés^ Tamour du peuple envers soy augmenter. Qu'en advint il? A la production du chameau^ tous furent effroyés et indignés : à la veue de Thomme bigarré, aucuns se moquèrent^ autres Tabominerent comme monstre infâme^ créé par erreur de nature. Somme ^ Tesperance qu'il avoit de complaire à ses Egyptiens^ et, par ce moyen, exlendre Taffection qu'ilz luy portoient naturellement, luy decoulla des mains. Et entendit plus à plaisir et délices leur estre choses belles, élégantes et parfaictes, que ridicules et monstrueuses. Depuis, eut tant l'esclave que le chameau en mespris; si que, bien tost après, par négligence et faulte de commun traictement, firent de vie à mort eschange.
Gestuy exemple me fait entre espoir et crainte varier, doubtant^ que, pour contentement propensé, je rencontre ce que j'abhorre, mon trésor soit charbons *, pour Venus advienne Barbet le chien * : en lieu de les servir, je les fasche ; en lieu de les esbaudir», je les offense; en lieu de leur complaire, je déplaise, et soit mon adventure telle que du cocq d'Euclion, tant célébré par Plante en sa Marmite^, et par Ausone en son Gryphon^ et ailleurs; lequel, {K)ur en grat-
' Apollonius de Tyaiie. comédie de Plaute intitulée Aulu-
' Redoutant. laria (de Hulula^ marmite). £a-
3 C'était un proverbe grec. clion est au vieil avare qui, ayaui
* Dans Fancien jeu des taies découvert une marmite, un pot ou osselets , le côté du dé le plus rempli d'or» l'enfouit avec pi*écaufavorable représentait Vénus , et le tion. Il accuse son coq d'avoir, de plus mauvais un chien. — Les Es- complicité avec des voleurs, gi-atié pagnols ont nommé encuenlro la la terre autour de l'endroit où il meilleure chance, et azor la plus avait caché sa marmite, et il lui mauvaise. « Puesto que de tal ma- casse la tête d'un coup de bâton.
« nera podia acorrer el dado , que euclion.
te echalemos azor en lugar de en- Capio fustcm, obirunco ffalium.
m cuentro. • (Cervantes, O. <?«//.). (^'^*- "*• «^^ *)
* Rabelais fait allusion h la ^ C'est dans la XI'' idylle
UVRE ilK
tant avoir descouvert le trésor, eut la coppe gorgée *. Advenant le cas, ne seroit ce pour cheureter 2? Autrefois est il advenu ; advenir encores pourroit. '
Non fera. Hercules. Je recognois en eux tous une forme specificque et propriété individuable, laquelle nos majeurs' nommoient Pantagruelisme , moyennant laquelle jamais en mauvaise partie ne prendront choses quelconques. Ilz eognoistront sourdre de bon, franc, et loyal courage. Je les ay ordinairement veuz bon vouloir en payement prendre, et en iceluy acquiescer, quand débilité de puissance y a esté as^ sociée.
De ce point expédié, à mon tonneau je retourne. Sus, à ce vin, compaings! Ënfans, beuvez à pleins godetz. Si bon ne vous semble, laissez le. Je ne suis de ces importuns lifreknfres,qui, par force, par outrage et violence, contraignent les lans et compagnons trinquer, voire carous, et alluz*, qui pis est. Tout beuveur de bien, tout goutteux de bien, altérés, venans à ce mien tonneau, s'ilz ne veulent, ne boivent : s^ib veulent, et le vin plaist au goust de la seigneurie de leurs
d'Aasone, intitulée Griphus, énig^ me y que se trouve celte allusion, non pas au coq d'EucIion, mais au coq en général :
Ter Clara instantis Eoi
Signa canit seras, deprenso Marte , satelles.
' Pour gorge coppée, coupée.
' Il s*oflfre ici un de ces cas fort rares où Ton peut douter si u est voyelle ou consonne. — Chevreier est français. Il se trouve dans le Dict. de T Académie, avec le sens de faire la chèvre, sauter d'impatience, se dépiter.
Cheureter n'est plus français; mais on le rencontre encore dans le patois de TAunis , avec le sens de fureter, chercher avec soin. Les étymologistes comprendront facilement cette mutation de lettres entre cheureter et fureter (ou f cure-
ter, coAide on prononce v«lgaire' ment).
Rabelais a connu ce dernier mot, comme on peut s'en assurer par les variantes de l'édit. du Pantagruel de F. Juste (1533).
Des deux sens, quel est ici le préférable ?
A notre avis, c*est le second. Si le cas doit advenir, ce ne serait pas un encouragement à chercher. Ne seroit ce (pour ce ne seroit) se trouve assez souvent dans Rabelais pour qu'on ne nous fasse pas de cette foi'me une objection. — Le point d'ia^ terrogation a bien pu être mis à tort par les imprimeurs , qui igso raient le sens de cheureter.
* Nos ancêtres {majores, en latin).
^ Même boire et reboire sans fin (to caroues^, Colgrave). {Zum