CHAPITRE m
CammeBI Pmmtgt looe ici dcMeort et emprvBieiirs.
Maift, demanda Pantagruel, quand serez yoas hors de debtes? Es calendes grecques, respondit Panui^é : lors que tout le monde sera content, et que serez héritier de tous mesmes. Dieu me garde d'en estre hors : plus lors ne trouTerois qui un denier me prestast. Qui au soir ne laisse leyain , ja ne fera au matin lever paste. Devez vous tousjours à quelqu'un ? Par iceluy sera continuellement Dieu prié vous donner bonne , longue et heureuse vie : craignant sa debte perdre, tousjours bien de vous dira en toutes compagnies, tousjours nouveaulx créditeurs vous acquestera : afin que par eux vous faciez versure * , et de terre d'autruy remplissez son fossé. Quand jadis en Gaule, par l'institution des druides, les serfz, varletz et appariteurs estoient tous vifz bruslés aux funérailles et exeques ^ de leurs maistres et seigneurs, n'avoient ilz belle peur que leurs maistres et seigneurs mourussent? Car ensemble force leur estoit mourir. Ne prioient ilz continuellement leur grand dieu Mercure, avec Dis », le père
' Faire versore, c'est, comme on (Tusc. I, 42). Et dans Térence
dit vulgairement , découvrir saint on lit : Versura solvis (Geta).
Pierre poar couvrir saint Paul ; ' Obsèques (exequiœ, en latin),
payer un créancier en s'en créant César, en parlant des funérailles
un nouveau. des Gaulois, dit : « Servi et dien-
Johanneau a fait observer avec « tes , quos ab iis dilectos esse
raison que cette expression est « constabat, justis funeribus con-
toute latine. Cicérona dit, dans ce « fectis, wia crema6aniur. » (X>e
sens : Versura facta solvere (ad Bell, GalL, VI, 19.)
Alttcum,Yyi)\ versura dissolvere * Deum maxime Mercurium
aux escus, longuement en santé les conserver? N'estoient ilz soigneux de bien les traicier et servir? Car ensemble pouvoient iiz vivre ^ au moins jusques à la mort. Croyez qu'en plus fervente dévotion vos créditeurs prieront Dieu que vivez^ craindront que mourez /d'autant que plus aiment la manche^ que le bras^ et la denare^ que la vie. TesmcNings les usuriers de Landerousse'^ qui nagueres se pendirent, vo^aos les bleds et vins ravaUer ^ en pris^ et bon temps retourner.
Pantagruel rien ne respondant, continua Panurge : Vray bot^, quand bien j'y pense ^ vous me remettez à point en ronfle veue ^^ me reprochant mes debtes et créditeurs. Dea, en ceste seule qualité je me reputois auguste, révérend et re-* doubtable, que, sus l'opinion^ de tous philosophes (qui disent rien de rien n'estre fait) rien ne tenant, ny matière première, estois facteur et créateur,
A vois créé, quoy? tant de beaux et bons créditeurs. Créditeurs sont (je le maintiens jusques au f^ exclusivement) créatures belles et bonnes. Qui rien ne preste est créature laide et mauvaise, créature du grand villain diantre d'enfgr.
Et fait, quoy? D^tes. 0 chose rare et antiquaire * ! Debtes,
eoiunt, liioiif «noos daiui César. Le iDf^me historiea dit aussi que les Gaulois prétendaient descendre du dieu Dis ou Platon.
* Il y a là UB Jea de mots tnr i^ sens de mancia ou buona manda, en italien, pour désigner ce que Boas appelons un pottr-èùèrCé
* L'argent.
^ Nous ne savons pas ce que Rabelais a touIu désigner par ca nom de Landerousse; peut-être mêoie Ta-t-il inventé pour ne désigner personne. Ce qui est constant, c'est qu'une affreuse famine pesa sur la France vers 1 53 1 , et fut suivie, quelques années après, d'une baisse sur le prix des grains.
' Baisser.
f Boi, en patoU poitevin, signifie : sabot. Ce mot désignait aussi j(voy. Du Cange) une image de cire votive. L'on on l'autre de ces sens peut avoir donné Uep au juron dont il s'agit.
^ Cette locution est empruntée à an ancien jeu de cartes dans lequel le point s'appelait ronfle.
Quant au sens, il ne paraît pas douteux, surtout en présence de l'interprétation donnée par Cotgrave : Vous heurtez toutes mes idées, vous me forcez à raisonner sqr de nouveaux frais. You put me shreivdly to my plunye, you hâve me al a hay.
"' Contrairement à l*opiinon.
* Ancienne (oW, Cotgrave).