CHAPITRE X
CommenC Pamatmcl remoiislre à Pannrte dlfOclle chose faire le conseil de mariage 9 et des sors Homerlfues et Ylrtl-
! Vostre conseil , dist Paniirge, sous correction *, semble à la chanson de Ricochet ^ : ce ne sont que sarcasmes, mocquéries, f)aranomasies s, epanalepses *, et redites contradictoires. Les unes destruisent les autres. Je ne sçay esquelles me tenir. Aussi respondit Pantagruel, en vos propositions tant y a de si et de mais, que je n'y sçaurois rien fonder, ne rien resouldre. N'estes vous asceuré de vostre vouloir? Le point principal y gist : tout le reste est fortuit, et dépendant des fatales dispositions du ciel. Nous voyons bon nombre de gens tant heureux à ceste rencontre, qu'en leur mariage semble reluire quelque idée et représentation des joyes de paradis. Autres y sont tant malheureux, que les diables qui tentent les hermites par les desers de Thebaide et Montserrat, ne le sont davantage. Il s'y convient mettre à l'adventure, les yeulx bandés, baissant la teste, baisant la terre, et se recommandant à Dieu au demeurant, puis qu'une fois Ton s'y veult mettre. Autre asceurance ne vous en sçaurois je donner. Or, voyez cy ^ que vous ferez, si bon vous semble. Apportez
* On dirait aujourd'hui : sauf tU Ricochet, et qu*ainsi ce dernier
erreur. mot paraît éire un nom propre.
^ « On dit proverbialement : 'Du grec icapavô(i.t)(Ttc, inso*
C*est la chanson du ricochet, quand lences, perfidies, on redit toujours la même chose. » * Répétitions (èicavâ>T)^t; , en
(Furetière.) Remarquons cependant grec).
que notre texte porte : la chanson ^ Voici.
moy les œuvres de Virgile \ et, par trois fois^ avec l'ongle les ouvrans^ explorerons, par les vers du nombre entre nous convenu^ le sort futur de vostre mariage. Gar^ comme ^ par sors homericques, souvent on a rencontré sa destinée (tesmoing Socrates, lequel, oyant en prison reciter ce mètre * d'Homère, dit de Achilles, Iliad. IX, 362 :
"Hiiari xèv TptTàT((> çOitiv èp(6(i»Xov lxoC(«f]v
Emati ken iritato phthien eribolon hikoimen.
Je parviendray, sans faire long séjour,
En Phthie belle et fertile au tiers jour : ^
prévit qu'il mourroit le tiers subséquent jour, et le asceura à Ëschines, comme escrivent Plato, in Critoney Cicero, primo de Divinatione et Diogenes Laertius.
Tesmoing Opilius Macrinus , auquel , convoitant savoir s'il seroit empereur de Rome, advint en sort ceste sentence, //iW. Y11I,102:
^Û yépov, ^ {laXa §in ^s veoi Tsîpouoi {JiaxY)TQ(i. lil 8è piTp XéXuTai, x«À£7ïàv fie ae ^tipaç ÔTCdÇei. 0 geron i mala di se neoi teirousi machitai Si de hii lelytai, chalepon de se géras opasei.
0 homme vieux, les soudars désormais Jeunes et fors te laissent certes ; mais Ta vigueur est résolue ; et vieillesse Dure et moleste accourt et trop te presse.
• « Les anciens Romains , soas Nos pères remplacèrent V Enéide
« les empereurs, eurent une certaine par la Bible. Louis le Débonnaire
« manière de deviner les closes fu- voulut détruire cette coutume; mais
« tures, à Touverture du livre, par il paraîtqu*elle persista, car Agrippa
«« la rencontra de la ligne qu'ils nous dit, dans son livre de la Va^
« avoient auparavant assignée, cbo- nité des sciences : «< se qui sepratiquoit urdiiiairemeut « Quœ superstitio hodieet ad sa-
" sur les œuvres de Virgile, et « cras literas et psalmorum versi-
«< pour ceste cause, appeloicnt ce^te « culos translata est , etiam non
€« façon de faire : les sors virgi- « improbantibus plerisque nostne
.< lianes, » (Pasqnier, Recherches, « religionis magistris. »» L. IV, ch. 4.) 2 Ce vers.
462 LIVRE nu CHAPITRE X.
De fait^ il estoit ja rieux^ el ayant obtenu Tempire seulement un an et deux mois^ fut, par Heliogabâlus , jeune et puissant^ dépossédé et occis.
Tesmoing Brutus, lequel, voulant explorer le sort de la bataille Pharsalicque, en laquelle il fut occis > rencontra ce vers^ dict de Patroclus, Uiad. XVI, 849 :
!4XXà |Jie {Aoip* ôXôVj, xal AriTouç Ixtavsv uiéç.
Alla me moir olol, ktti Litôui ektanen hyiios.
Par mal engroin de la Parce felone • Je fus occis , et du filz de Latonè.
C'est ApoUo, qui fut pour mot du guet le jour d'icelle bataille. Aussi, par sors Vlrgilianes, ont esté cogneues anciennement et prévues choses insignes, et cas de grande importance ; voire josques à obtenir l'empire romain, comme advint à Alexandre Severe, qui rencontra en ceste manière de sort ce vers escrit, jEneid. VI, 851 :
Tu regere imperio populos , Romane , mémento.
Romain enfant , quand viendras à l'empire , Régis le monde en sorte qu'il n*empire.
Puis fut, après certaines années, realement et de fait créé empereur de Rome.
En Adrian , empereur romain, lequel, estant en double et peine de savoir quelle opinion de luy avoit Trajan, et quelle affection il luy portoit , prit advis par sors Virgilianes , et rencontra ces vers, yEneid. VI, 809 :
Quis procul, iUe autem ramis insignis oitva?, Sacra ferensf nosco crines, incanaque menta Régis RomanL
Qui est cestuy qui là loing en sa main Porte rameaulx d^olive illustrement?
A son gris poil et sacre aooustrement , Je recognoy Tantique roy romain.
Puis fut adopté de Trajan, et luy succéda à l'empire.
En Claude second, empereur de Rome> bien loué, auquel advint par sort ce vers escrit, ^Eneid, 1, v. 269 :
Tertia dûm Latio regnaniem viderit sestas.
Lorsque t'aura régnant manifesté
En Rome , et veu tel le troisiesme esté.
De fait il ne régna que deux ans.
A iceluy mesraes, s'enquerant de son frère 0uintel,lequ6l.il vouloit prendre au gouvernement de Tempire, advint ce vers, ^neid. VI, v. 869 :
Ostendent terris hune Safitum fata.
Les destins seulement le montreront es terres.
Laquelle chose advint. Car il fut occis dix et sept jours après qu'il eut le maniement de l'empire.
Ce mesme sort escheut à l'empereur Gordian le jeune.
A Claude Albin, soucieux d'entendre sa bonne advetiture, advint ce qu'est escrit, /Eneid. VI, v. 838 :
Hic rem Romanam magno turhanie tumullu Sistet eques, etc.
Ce chevalier, grand tumulte advenant, L'estat romain sera entretenant ; Des Carthagiens victoires aura belles Et des Gaulois , s'ilz se monstrent rebelles.
En p. Claude, empereur, prédécesseur de Aurelian, auquel, se guementant * de sa postérité, advint ce vers en sort, JEneid. I, 278 :
His ego nec metas rerum nec tempora pono.
Longue durée à ceux cy je prétends, Et à leurs biens ne metz borne ne temps.
Aussi eut il successeurs, en longues généalogies.
En M. Pierre Amy^, quand il explora pour savoir s'il es-
* S'enquérant. ^ Probablemeut le moiue corde-