CHAPITRE XXV
GomniMii Paawe te cOMcHie * Her Trip»a.
Voyez cy, dist Epistemon continuant, toutesfois que ferez*, avant que retournons vers nostre roy, si me croyez. Icy, près risle Bouchait 2, demeure Her Trippa ; vous savez comment, par art d'astrologie, geomantie^, chiromantie *, metopomantie^ et autres de pareille farine, il prédit toutes choses futures; conférons de vostre affaire avec luy. De cela, respondit Panurge, je ne sçay rien. Bien sçay je que, luy un jour parlant au grand roy des choses célestes et transcendentes , les lacquais de court, par les degrés, entre les huys , sabouloient sa femme à plaisir, laquelle estoit assez bellastre •. Et iP, voyant toutes choses etherées et terrestres sans bezicles , discourant de tous cas passés et presens, prédisant tout Tadvenir, seulement ne voyoit sa femme brimballante, et onques n'en sceut les nouvelles. Bien, allons vers luy, puis qu'ainsi le voulez. On ne sçauroit trop apprendre.
' Voici toutefois ce que vous ferez.
' Petite ville, voisine deCliiiion.
On est allé chercher bien loin les raisons qui ont guidé Rabelais dans le choix de l'île Bouchard pour demeure de Her Trippa.
Notre auteur, pensant toujours aux lieux on il avait passé son enfance, aimait à en parler, et jamais il n'en manque une occasion.
^ Divination au moyen de figures tracées sur la terre.
* Divination par Tinspection des lignes de la main.
^ Divination par Finspection des lignes du front.
* Cette terminaison astre, dire, ajoutait quelquefois aux mots une nuance défavorable : marâtre, gentil! âtre , poétastre. D'autres fois comme ici, comme dans/ôW/rtf,;*»"ndtre, elle semble désigner une qualité approximative. Bellastre, feasonaèlyfair, dit Cotgrave.
' Liii.
PANTAGHLKL. :m
Au lendemain ^ arrivèrent au logis de Her Trippa ^ Panurge luy donna une robe de peaulx de loup, une grande espée bastarde bien dorée à fourreau de velours, et cinquante beaux angelotz ^ : puis familièrement avec luy conféra de son affaire. De première venue Her Trippa, le regardant en face, dist : Tu as la metoposcopie et physionomie d'un coqu ^. Je dis coqu scandale ^ et diffamé. Puis, considérant la main dextre de Pa* nurge en tous endroits, dist : Ce faulx traict , que je voy icy au dessus du mont Jovis^^ onques ne fut qu'en la main d'un coqu. Puis, avec un style, fit hastivement certain nombre de pointz divers, les accoubla par geomantie, et dist : Plus vraye n'est la vérité qu'il est certain que seras coqu, bien tost après que seras marié. Cela fait, demanda à Panurge Thoroscope de sa nativité. Panurge luy ayant baillé, il fabriqua promptement sa maison du ciel en toutes ses parties, et, considérant Tassiette et les aspectz en leurs triplicités, Jetta un grand souspir, et dist : i'avois ja prédit apertement que tu serois coqu, à cela tu ne pouvois faillir : icy j'en ay d'abondant asceurance nouvelle. Et te afferme que tu seras coqu. Davantage, seras de ta femme battu et d'elle seras desrobé. Car je trouve la septiesme maison en aspectz tous malings, et en batterie de tous signes portans cornes, comme ^ries, Taurus^ Capricorne, et autres. En la quarte; je trouve décadence de Jovis, ensemble aspect tetragone de Saturne, associé de M^ciure. Tu seras bien poyvré, homme de bien.
* Les interprétateura ont re- ^ En grec, (ji&TOJicoffxoTCoc si-
coonu dans Her Trippa Henri gnifie : ex fronte kominem judi-
Corneille Agrippa, qui a écrit uu caus^ appréciant un homme à Tins-
traité de philosophie occulte et de pection de son front,
nombreux ouvrages où il parle sou- C'est comme si Her Trippa di-
vent des diverses sortes de divina- sait : Tu as sur ton front et. ta fi-
tion. gure le cachet d'un cocu.
Nous serions très - disposés à ^ Nous dirions : affiché,
croire qu'en effet Rabelais y a ^ Dans la langue de la cbiro-
songé. maucie , le mont Jouis signifie une
' Monnaie d'or frappée sous petite élévation , une proéminence
Philippe de Valois. sur les doigts.