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CHAPITRE XXVÎI

Comment frère Jean joyeusemeni congellle Panarire.

Par saint Rigomé * , dist frère lean , Panurge , mon amy doux Je ne te conseille chose que je ne fisse, si j'estoiâ en ton lieu. Seulement ayes esgard et considération de tousjours bien lier et continuer tescoups. Si tu y fais intermission, tu es perdu, pauvre , et t'ad¥iendra ce qu'advient es nourrisses. Si elles désistent alaicterenlans, elles perdent leur laict. Si continuellement ne exerces ta mentuk, elle perdra son laict, et no te servira que de pissotière : les couilles pareillement ne te serviront que de gibbessiere. Je t'en advise, mon amy. J'en ay veu Texperience en plusieurs, qui ne Font peu quand ilz vouloient, car ne Tavoient feit quand le povoient. Aussi, par non usage, sont perduz tousprivileges*;ce disent les clercs. Pourtant 3, fillol, maintiens tout ce bas et menu populaire, troglodyte , braguettodyte * , en estât de labouraige sempiternel. Donne ordre qu'ilz ne vivent en gentilz hommes, de leurs rentes, sans rien faire.

Ne dea, respondit Panurge, frère Jean, mon couillon gauche *, je te croiray. Tu vas rondement en besoigne. Sans exception ne ambages tu m'as apertement dissolu toute craincte qui me povoit intimider. Ainsi te soit donné des cieulx, tousjours bas et roide opérer. Or donc à ta parole je me marieray.

' Ou Rigomer (Rigomarus). les Troglodytes habitaient des ca-

C'est un saint particulièrement vé- verues , au dire de Pline : néré en Poitou' et en Touraine. « Troglodytœ specus excavant;

^ Ancienne maxime de droit ca- liae illis domus. » noniqne. ^ Terme d'amitié correspondant

^ Partant, ainsi donc. à l'expression mea riMntuîa, dont

^ Qui habite la braguette comme usaient les Latins.

PANTAGRUEI.. 5ot

11 n> aura point de fiaoUe. Et- m auray toosjours beUes cJmdch brieves^ quand ta me Tiendras yotr, et seras protecteur de leor sororité *. Voyla quant à la première partk da serBM>n.

Ëseotite^ dist frère Jean, Toraele des cioches de Vareimes ^. Que disent elles? ie les entends, respondit Panurge. Leur s^n (fst^ par masoif^plas fatidieque que des chaudrons de Jkipiter en Dodone. Escoute 9farie toy, marie tof : marie , marie. Situ te marie y marie, marie ^ très bien t'en trouveras y verm, veras. Marie y nharie* Je t'aseeure que je me marteray : tous les elemens m'y invitent. Ce mot te soit comme une muraille de bronze.

Quant au seeond point, tu me semblés aueuneraent doubler, voire délier de ma paternité , comme ayant peu favorable le roide dieu des jardins. Je te supplie me faire ce bien de croire que je Tay à commandement, docile, bénévole, attentif, obéissant en tout et partout. Il ne luy fault que laseber les longes, je dis Taiguillette, luy monstrer de près la proye, et dire , baie ^ , compagnon. Et quand ma femme future seroit aussi gloutte ^ du plaisir vénérien que fut onques Messalina , ou la marquise de Oineestre ^ en Angleterre, je te prie croire que je Tay encores plus copieux au contentement.

Je n'ignore que Salomon dit, et en parloit comme elerc et savant. Depuis luy, Aristoteles a, déclaré Testre des femmes estre de soy insatiable : mais je vevdx qu'on sache qjue , de mesme qualibre, j'ay le ferrement infatigable. Ne m'allègues point icy en paragon les fabuleux ribaulx Hercules,

* De leur lien de sœur [soro- tant. De là vient chemin de À«<'/r^r.

rità^ en italien). ^ Gloutonne.

^ Cet oracle des cloches, dont ^ Nous ne trouvons pas de Rabelais place ici le théâtre à Ya- marquise de Winchester qui ait rennes ( probablement Yarennes fait parler d'elle vers cette époque auprès de Smmur), est une va- en Angleterre, et ce passage est riante d'un vieux conte qui se trouve omis dans le Rabelais anglais, dans le sermon Ille, Du veuvage , Mais il est certain que les courtide Jean Raulin , et qui a souvent sanes de Winchester étaient faété répété depuis. meuses sons le nom de Winches-

3 Èaler les chiens ou les che- (rian geese , et c'est peut-être à

vaux, c'est les faire aller en mon- elles que ce passage fait allusion.

552 UVRE m, CHAPITRE XIVII.

Procalas S Gesar y et Maharaet , qui se vante en son Alooian ayoir en ses geniloires la force de soixante gsdlefireticrs. 11 a menty le paillard. Ne m'allègues peint Flndian tantoelelNré par Theophraste^ Pline et AUieneus^ leqoel, avec l'aide de certaine herbe , le faisoit en un jour scHxante et dix fois^ et plus. Je n'en croy rien. Le nombre est supposé. Je le prie ne le croire. Je te prie croire (et ne croiras chose que ne soit vraye) mon naturel'^ le sacre Ithyphalle ', messer Gotal ^ d'Aïbingues^ estre le primo dth mondo, Escoute ça^ couillette. Vis ta onques le froc du moine de Castres? Quand on le posoit en quelque maison^ fust à descouvert ^ fust à cachettes, soudain, par sa vertu horrifique, tous les manans et faabitans du lieu entroient en ruyt, besles et gens, hommes et femmes, jusques aux ratz et aux chatz. Je te jure qu'en ma braguette, j'ay autrefois cogneu certaine énergie, encore plus anomale. Je ne te parleray de maison ne de buron'; de sermon ne de marché : mais , à la Passion qu'on jouoit à Saint Maixant, entrant un jour dedans le parquet, je vis , par la vertu et occulte propriété d'icelle, soudainement tous, tant joueurs que spectateurs, entrer en tentation si terriûcque, qu'il n'y eut ange, homme, diable, ne diablesse qui ne voulust biscoter. Le portecole ^ abandonna sa copie; celuy qui jouoit Saint Michel descendit par la vollerie : les diables sortirent d'enfer, et y emportoient toutes ces pauvres femmelettes:

* Ses exploits amoureux sont Albi , et près de laquelle se troa* rappelés par Agrippa , De vanit. vait le couvent du moine dont Rascient,, cap. 3. bêlais va parler.

^ Sous-entendu membre. ^ On disait autrefois : il »'^

^ DugreclOuç, droit, et çàX- ni maison ni buron. Ce dernier

Xo;, phallus. mot désigne en Auvergne une ca-

* CotaU en italien , comme le bane de berger.

mot chose en français, sert quel- ^ Nicot atteste qu^on appelait

quefois à désigner le membre viril, protocole celui qui portait le rôkt

Quant à Albingue^ un commenta- par derrière les acteurs dans les

leur l'explique en disant que les farces et moralités, pour les redres-

habitants ^Albenga, près de Gê- ser quand ils variaient ou demeu-

nes, étaient renommés pour la vi- raient court,

gueur de leur tempérament. Le « Aulcuns en cette significa-

Duchat dit qu'on appelle, à Castres, tion, ajou te-t-iU l'escrivent forie-

portfi tVAlhingvp relie qui mène à collr. >»

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mesmes Lucifer se deschayna. Somme, voyant le desarroy, je deparquay du lieu; à l'exemple de Caton le censorin*, lequel, voyant par sa présence les festes Floralies en desordre, désista estre spectateur.

^ Rabelais fait sans cloute allusion à ce passage de Valère Maxime:

« Eodem (il s'agit de Portius Caton) ludos florales, quos Messins iedilis faciebat, spectanti, populus

ut mimœ nudarentnr postulare erubuit ; quod cum ex Pavonio, amicissimo sibi , cognovisset , discessit e theatro, ne prœsentia sua spectaculi consuetuolinem impediret. »

(L. II, c. 10.)

obi UVRE 111, CHAPITRE XXVIU.

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