CHAPITRE XXXVI
GoDCInaaiion des responses 4e TroolUoffan, cpheccique et PyrrHonlcn.
phllOAQplic
Vous dictes d'orgues », i^spondit Panui^e. Mais je croy que je suis descendu au puiz ténébreux, auquel disoit lieraclitus estre vérité cachée 2. Je ne voy goutte, je n'entends rien, je sens mes sens tous hébétés, et double grandement que je soyc charmé ^. Je parleray d'autre style. Nostre féal, ne bougez. N'emboursez rien. Muons de chanse^, et parlons sans disjunctives. Ces membres^ mal joinctz vous faschent, à ce que je voy. Or ça, de par Dieu, me doibs je marier?
Trouillogan. 11 y a de l'apparence.
*; PAiiUBfiE. Et si je ne me marie point?
Trouillogan. Je n'y voy inconvénient aucun.
Paihurge. Vous n'y en voyez point?
TRounjjOGAN. Nul, ou la veue me déçoit.
Panurge. J'y en trouve plus de cinq cens.
Trouillogan. Comptez les.
' Le sens de cette expression irest pas douteux; mais quelle en est Forigine ?
Nos prédécesseurs ont cru que iHre d'orgues y c'était avoir une bouche d'or, ou parler à merveille, comme parlent les orgues.
Nous lisons dans un vieil auteur, cité par Mabillon : organa (en français , les orgues) prophetarum, expliqués par a>alicinia, oracula, les oracles des prophètes.
' Ce mot eut attribué à Démo-
cri (e; mais Rabelais nomme Heraclite par une de ces confusions volontaires dont nous avons déjà va tant d'exemples.
^ Et crains grandement d'être ensorcelé.
* Chanse, dans son sens primitif, signifie un coup de dés. Muons de chanse signifierait donc : changeons de coup, ce qui expliquerait les mois précédents : nemboursez j-ien^ puisque le jeu va continuer.
•' CVs membres de phrase.
5îiO LIVRE m, CHAPUBk XXXVl.
Panurge. Je dis improprement parlant^ et prenant nombre certaÎQ pour ineertain; déterminé, ponr tndeterminé : c'est à dire, beaucoup.
Trouillogan. J'eseoute.
Panurge. Je ne peux me passer de femme, de par tous le£ diables.
Trocillogan. Oustez ces viîlaines bestes *.
Panurge. De par Dieu soit! Car mes Salmigondinoys ^ disent, coucher seul ou sans femme, estre vie brutale, et telle la disoit Dido en ses lamentations.
Trouillogan. a vostre commandement.
Panurge. Pé léquaudé^ j'en suis bien. Donc me marieiaj je?
TaouiixoGAN. Par adventure.
Panurge.. M'en trouveray je bien?
Trouollogan. Selon la rencontre.
Panurge. Aussi si je rencontre bien^ comme fesçeire, sefay je heureux?
Trouiixoga!!. Assez.
Panurge. Tournoos à contre poil. Et si je rencontre mal?
Trouillogan. Je m'en excuse»
Panurge. Mais conseillez moy de g^race : que doibe jefûre?
Trouillogan. Ce que voudrez.
Panurge. Tarabin tarabas *,
Trouillogan. Ne ittTooquez rien, je vous prie.
Panurge. Au nom cle Dieu soit. Je ne Teulx sinon ce que me conseillerez. Que m'en conseillez vous?
' TroaiIk»gAa«flt pea galant daas * Le radical tarai, qai parait
aoa quiproquo. vaair du grec 6ap«99«» , a doué
^ On se rappelle qa^au chap. 32 naissance à plusieurs mois de It du livre précédent Akofribas (ou langue d'oe, qui tous expriment ri- Rabelais) a reçu de Pantagruel la dée de tumulte, de troaUe. L'ua châtellenie de Salmîgondin, An d'eax, /am^nsltfr, es4 realé dans is chap. 2 de ce livre , Panurge est langue vulgaire. Tarmbtu aigniiîait investi de la même chàtettenie. une crécelle. D'un a»tre oô4é les Faut-il voir là une distraction de mots qui suivent, ne irnooeque» noire auteur, ou bien ane preuve à rie», prouvent que tmroMn, imrahia Tappni de cette opinion que Rabelais étaient une formule d'iovoeatÎM. s*est parfois identifié avec Panurge? Elle est encore uaitée dans Ki
^ C'est un juron poitevin* campagnes»
vGooQle
igl
Trouillogam. Rien.
Pakcbce. Me marieray je?
Trouuxogan. Je n'y estois pas.
Panurge. Je ne me marieray donc point.
Tmduxogan. le n'en peux mais.
Pasume. Si je ne suis marié, je ne seray jamais coqu?
Tbodillogah. J'y pensoîs.
Panurge. Mettons le cas qne je sois marié.
TaontLOGAN. Où le mettons nous?
Panurge. Je dis, prenez le cas que marié je sois.
Trouillogan. Je suis d'ailleurs empesché.
PAireiGE. Menk en mon nez, dea si j'osasse jurer quelque petit coup en robe <, cela me soulageroit d'autant. Or bien, patience. Et donc, si je suis marié, je seray coqu?
TaoDiLLOGAif. On le diroit.
Pauuhgc. Si ma femme est preude et chaste , je ne seray ja« mais coqu?
TaeciLLOGAif. Vous me semblez parier correct.
Pahubgb. Ëscoutez.
Trouhjlogan. Tant que voudrez.
Panurge. Sera elle prude et diaste? reste seulement ce point.
Trouillogan. J'en doubte;
Panurge. Vous ne la listes jamais?
Trouillogan. Que je sache.
Pauurge. Pour quoy donc doubtez tous d'une chose que ne cognoissez?
Tii0Diiii8GAM. Pour cause.
Panubge. Et si la cognoissiez?
Trouillogan. Encores plus.
Panurge. Page, mon mignon, liens icy mon bonnet, je le te donne sauve les lunettes, et va en la basse court jurer une petite demie heure pour moy. Je jureray pour toy, quand tu voudras.
Mais qui me fera coqu?
< Sous dqpe (en cmppe, éd. 1 562).
on LIVHE IIJ, CHAm'Rb: XXXM.
Trouillugan. Quelqu'un.
Panurge. Par le ventre boeuf de bois * , je vous frotteray bien, monsieur le quelqu'un.
TROuitLOGAN. Vous le dictes.
Panurge. Le diantre, et celuy qui n'a point de blanc en Toeil 2 m'emporte donc ensemble, si je ne boucle ma femme à la Bergamasque ', quand je partiray hors mon serrail. Trouillogan. Discourez mieubt.
Panurge. C'est bien cbien cbié chanté * pour les discours. Faisons quelque resolution ^.
Trouillogan. Je n'y contredis.
Panurge. Attendez. Puisque de cestuy endroit ne peux sang de vous tirer, je vous saigneray d'autre veine. Estes vous marié ou non?
Trouillogan. Ne l'un ne l'autre, et tous les deux ensemble. Panurge. Dieu nous soit en aide. Je sue, par la mortboeuf , d'ahan^; et sens ma digestion interrompue. Toutes mespbrenes , metaphrenes et diaphragmes sont suspenduz et tenduz pour incornifistibuler en la gibbessiere de mon entendement ce que dictes et respondez.
Trouillogan. Je ne m'en empesche.
Panurge. Trut avant^, nostre féal, estes vous marié? Trouillogan. Il me l'est ad vis.
Panurge. Vous l'aviez esté une autre foig? Trouillogan. Possible est.
Panurge. Vous en trouvastes vous bien la première fois?.
* C'est un composé de plusieors teté, récemment importées dlUlie
jurons, tels que ventre de èœitfel en France.
saàre de bois, * Voy. liv. I, page 24, note 2.
^ Ce sont deux manières de dé- * Tâchons d'aboutir à une sola-
signer le diable. La première est tioo.
une variante, et la seconde une pé- ^ Fatigue extrême. On disait
riphrase dont on se servait pour aussi ahanner.
éviter de prononcer le nom du dia- ^^^^^^^ j^^„„^
ble. «< Celui qui n'a point de blanc a mon bled aue je vanne
en l'œil, » probablement parce qu'on ^ la chaleur du m^. le représente avec des yeux rouges
de feu. ' C'est ainsi qu'en Saintonge on
^ Allusion aux ceintures de chas« excite les ftoes à marcher.
TROiJfLLOOAN. H ii'eiKt pas impossible.
Panurge. a ceste seconde fois comment vous en trouvez vous?
TROunxoGAN. Comme porte mon sort fatal.
PAiniRGE. Mais quoy^ à bon escient^ vous en trouvez vous bien?
TaounxoGAN. 11 est vray semblable.
Panurge. Or ça, de par Dieu, j'aimerois, par le fardeau de saint GristofleS autant entreprendre tirer un pet d'un asne mort que de vous une resolution ^. Si vous auray je à ce coup. Nostre féal, faisons honte an diable d'enfer, confessons vérité, Fustes vous jamais coqu? Je dis vous qui estes icy, je ne dis pas vous qui estes là bas au jeu de paulme.
Trouiixogan. Non, s'il n'estoit prédestiné.
Pantrge. Par la chair, je renie : parle sang, jerenaguc^; par le corps, je renonce. Il m'eschappe.
A ces motz Gargantua se leva, et dist : Loué soit le bon Dieu en toutes choses. A ce que je voy, le monde est devenu beau filz, depuis ma cognoissancc première. En sommes nous là? Donc sont huy les plus doctes et prudens philosophes entrés au phrontistere ^ et escole des pyrrhoniens, aporrheticques, scepticques, et epbectiques ^. Loué soit le bon Dieu. Vrayement on poun'a dorénavant prendre les lions par les jubés*; les chevaulx, par les crains ; les bufles, par le museau ; les boeuf z, par les cornes; les loups, par la queue; les chèvres, par la barbe; les oiseaux, par les pieds; mais ja ne seront telz philosophes par leurs paroles pris. A Dieu mes bons amis. Ces motz prononcés, se retira de la compagnie. Panta* gruel et les autres le vouloient suivre : mais il ne le voulut permettre.
' C'est-à-dire Jésus-Christ. phane : ^'u^wv ffoçwv tout' è<TTiv
* Une solatiou. 9povTi(jTyîpiov. {Alphabet de l'au-
* Variante de renier, renegare, ieur.)
^ Une escole ou maison en la- ^ Tous ces mots expriment à
quelle plusieurs personnes habitent, peu près la même idée : il s*agit
ayant ensemble mesme communauté toujours de philosoplies qui doutent . de vie et de bonnes lettres. Aristo- ® Crinières.
594 LIVRE lU, C»ÀPITB£ XXXVI.
Issu Gargantua de la salle ^ Pantagruel dtst es tnntés: Le Timé de Platon, au commeoeement de rassemblée^ compta les invités : nous^ au rebours^ les compterons en la fin. Un^ deux^ trois ; où est le quart? N'estoit ce nostre «my ftridoye? ËptttemoB lespondit avoir esté ea sa maison peur Tinviter, mais ne Tavoir trouvé. Un huissier du parlement Myrdii^ guoys en Myrelingues * Vestoii venu quérir et adjoum^ pour personneUenient eomparoisti^» et devant les sénateurs raûson rendre de quelque sentence par luy donnée. Pourtant estoit il au jour précèdent departy^ a£n de soy représenter au jour de Tassignatton : et ne ton^r en deffault ou contumace. Je veulx 9 diat Pantagruel , entendre que c'est : plus de quaraate ans y a qu'il est juge de Fonsbeton; iceluy temps pendant a donné plus de quatre mille sentences définitives.
De deux mille trois cens et neuf sentences par luy données ^ fut appelle par les parties condamnées en la court souveraine du parlement Myrdingoys en Myrelingues : toutes piu* arrestz d'icelle ont esté ratifiées, approuvées ^ et confir*mées : l^^s appeaulx renversés^ et à néant mis. Que mainte-nant donc soit personnellementadjourné sus ses vieux jours, il qui par tout le passé a vescu tant saintement en 8oa estai, ne peut estre sans qu^ue desastre. Je luy veulx de tout mon pouvoir estre aidant en équité. Je sçay huy tant estre la noalignité du monde aggravée , que bon droit a bien besoing d'aide. Et présentement délibère y vacquer, de peur de quelque surprise.
Alors furent les tables levées. Pantagruel dt es invités dons précieux et honorables de bagues , joyaulx , et vaisselle, tant d'or comme d'argent, et, les avoir cordialement remercié, se retira vers sa chambre.
' Si ce mot vient du grec piupioi, pas plutôt à la Bretagne^ et ii'au-
dix mille, et du latin Unguœ^ lan- rait-il pas formé Myrelingues de
gués, comme le veulent les corn- mira lingual langue korrifiquet mentateurs, c'est un mot assez mal ■ Appels mis à néant. On sait
composé ; Rabelais ne pensait-il qu'on disait : relever appela