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LIVRE I, CHAPITRE IX

a esté prudent qu'il n'y a point mis son nom. Mais^ au reste ^ je ne sçay quoy premier en luy je doibTe admirer, ou son oultrecuidance, ou sa besterie.

Son oultrecuidance : qui , sans raison , sans cause et sans apparence, a osé prescrire, de son autorité privée, quelles choses seroient dénotées par les couleurs : ce que est Tusance des tyrans, qui voulent * leur arbitre tenir lieu de raison; non des sages et savans, qui, par raisons manifestes, eontentenl les lecteurs.

Sa besterie: qui a existimé que, sans autres démonstrations et argumens valables, le monde reigleroit ses devises par ses impositions badaudes. De fait (comme dit le proverbe, à cul de foyrard^ tousjours at)onde merde], il a trouvé quelque reste de niays du temps des hauts bonnetz ', lesquelz ont eu foy à ses escrits, et, selon iceux, ont taillé leurs apophthegmes ^ et dictés, en ont enchevestré leurs mulets, vestu leurs pages, escartelé leurs chausses, brodé leurs gands, frangé leurs licts, peint leurs enseignes, composé chansons; et (que pis est) fait impostures et lasches tours clandestinement entre les pudiques matrones.

En pareilles ténèbres sont compris ces glorieux de court,

et transporteurs de noms, lesquelz, voulans en leurs devises

signifier espoir 5, font pourtraire une sphère ; des pennes

d'oiseaux pour peines ; de Tanchotie, pour melancfaolie ; la

. lune bicorne, pour vivre en croissant ; un banc rompu, pour

la première Kgne da prologue ; mais * Adages.

il n'est pas sur le litre. * Ces deux mots, qui paraissent

Voici lesdeuï passages dontRa- si fort s'éloigner l'un derautre,pott-

bêlais se raille : vaient , pour le besoin de l'équivo-

« Quant aux sept sacrements de que, se rapprocher complètement ;

« rÉglise, èlancke couleur repré- d'une part, espoir se pouvait pro-

« sente le sacrement de ^op/^me. noncer esper^ et, d'autre pAct*

« Azur se prend pour le sacre- sphère se prononçait et s'écritait

« ment de confirmation, » espère,

* Veulent. « LelivredeTcspere. » (Bib. des ' A cul ^renous ( édit. aut. à ducs de Bourbon.)

1535). " L'cspere du ciel. » (Chron. de

* Vieille mode» alors fort ridicu- "Nangis.)

Usée. (De Laborde , GL des ém.)

baoque roupte; non, et un halcret*, pour non durliabit; on Uct sans ciel^ pour un licentié. Que sont homonymies^ tant ineptes, tant fades, tant rustiques et barbares, que l'on deyroit attacher une queue de renard au ooltet, et faire un masque d'une bouze de vache à un ohascun dUceux qui en Youdroient dorénavant user en France, après la restitution des bonnes lettres.

Par roesmes raisons (si raisons les doibs nommer, et non resveries) ferois je peindre un penier', dénotant qu'on me fait peiner. Et un pot à moustarde, que c'est mon cœur à qui moult tarde. Et un pot à pisser, c'est un officiai. Et le fond de mes chausses, c'est un vaisseau de petz. Et ma braguette, c'est le greffe des arrestz. Et un estronc de chien, c'est un tronc de céans', où gist l'amour de m'amye.

Bien autrement faisoient en temps jadis les sages d'Egypte, quand iiz escrivoient par lettres qu'ilz appelloient hiéroglyphiques : lesquelles nul n'entendoit qui n'entendist, et un ebascun entendoit qui entendist la vertu , propriété et nature des choses par icelles figurées. Desquelles Orus Apollon * a en grec composé deux livres, et Polyphile^, au songe d*amours, en a davantage exposé. En France, vous en avez quelque transon en la devise de monsieur l'Admirai*, laquelle premier porta Octavian Auguste.

* Cuirasse oa cotte de maille, JfrpneroiQmacMa PoUpkiii, Àlde qui est un dur habit ^ un irétement Mauuce^ 1499, in- 8°, et son védar. Pas un commentateur n'a fait rîtable auteur est le dominicain remarquer que cela signi^e non du^ A. Colonna.

rabiL Du reste , durhaèit est écrit ' Cette devi se était Fes tina leute.

ta un seul mot dans Téd. antér. à L'amiral dont Rabelais vent parler

1535 et dans celle de 1 535. est probablem.ent Philippe Chabot,

' Équivoques (ôfAwvuiJita). qui, suivant Le Dnchat, avait la

' Pour saisir cette équivoque y il ^mème devise , avec une ancre et un

faut ne pasperdre,de vue l'office du dauphin pour corps; mais il faut

panier, qui est un instrument de remarquer que les armes de cette

peine, famille portent des chabots et non

* On HorapoUon , grammairien des dauphins. Rabelais les confond grec du iv' siècle, auteur d'un ou- plaisamment à dessein.

vrage intitulé Hteroglyphka, L'ancre était un embfèmè com-

^ Le vrai titre de cet ouvrage est : mon à tous les amiraux de France.

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Mais plus oul^ ne fera voile mon esquif entre ces gouffres et gués mal plaisans. le retourne faire scalle * au port dont suis issu. Bien ay je espoir d'en esc^ire quelque jour plus amplement^ et monstrer^ tant par raisons philosophiques que par autorités rèceues et approuTées de toute ancienneté , quelles et quantes couleurs sont en nature^ et quoy par une chascune peut estre designé ; si Dieu me sauve le mouUe du bonnet^; c'est le pot an vin ^ comme disoit ma mère grand.

' Escale. ces mots, Si Dieu me sauve ^ etc.,

' Le moiile du bonnet , c'est ia on Ut : 8i le prince le veuH et côm-

■ iète : le poi au vin se disait aussi mende / cUqui en ofimmenda$ti em-

teste (du latia testa). Dans l'édi- 9embh donne ef povoir §4 tça-

tioo antérieure à 1 535, à la place de voir.

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