‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 276 sur 296 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Gomnienl Pantavracl raconte odc estranvc MIffeirc pcrplexlics da Jatemeai livfliala.

Comme fut (dist Pantagruel) la controverse débattue devant Cn. DolabellaS proconsul en Asie. Le cas eat tel : Une femme ^ en Smyrne, de son premier mary eut un enfant nommé Abecé. Le mary defunct, après certain temps elle se remaria; et, de son second mary, eut un filz nommé Effegé. Advint (comme vous savez que rare est Faffection des paratres, vitrices, noverces et marâtres envers les privings^, et enfants des defunctz premiers pères et mères) que cestuy mary et son filz, occultement, en trahison, de guet à pens, tuèrent Abecé. La femme, entendant la trahison et meschanceté , ne voulut le forfaict rester impuny, et les fit mourir tous deux, vengeant la mort de son filz premier. Elle fut par la justice appréhendée, et menée devant Cn. Dolabelta. En sa présence elle confessa le cas, sans rien dissimuler; seulement alleguoit que, de droit et par raison, elle les avoit occis : c'estoit Testât du procès.

11 trouva l'affaire tant ambigu , qu'il ne savoit en quelle partie incliner. Le crime de la femme estoit grand , laquelle

* Ce trait est rapporté par Va- francisés. » Cette allégation est

1ère Maxime et par Aulu-Gelle. bien certainement faasse. Nous

' a Ce sont , prétend de Marsy, avons rencontré presque tous ces

cinq mots latins que Rabelais a mots dans des auteurs plus anciens.

yGoogle

PA]^TAGRUEL. ivil

àYOlt ocbis ses mary second et cnfàtit : mais la cause du meurtre luy «embloit tant naturelle, et comme fondée en droit des pc^ipîes, veu quM!« aboient tué son filz premier, ewt ensemble, en trahison, de guet à pens, non par luy ouitragéê né injuriés, seulement par a^aHee d'occuper le total héritage : que , ponr la décision, il envoya es Areopagites etl AlA«neS, entendre quel seroH sur ce leur advis et jugement. Les Areopagites firent respdnse que, cent ans après , person-» nellement (m leur entoyast les parties contendentes, afin de respondre à certains intem^atoires, qui n'estoient au procès verbal fc^ntenoz. C'estoît à dit^ que tant grande leur semblolt la perplexité et obscurité de la matière, quMlz ne sa voient qu'en dire ne juger. Qui eust décidé le' cas au sort des dez , il n'eust erré, advint ce que pourroit. Si contre la femme, elle raeritoit punition, veu qu'elle avoit fait la vengeance de soy S laquelle appartenoit à justice. Si pour la femme, elle sembbit avoir eu cause de douleur atroce. Mais, en Bridoye, la continuation de tant d'années m'estonne ^.

Je ne sçaurots, respondil Ëpistemon, à vostre demande categoricquefnent respondre. Force est que le confesse. Co^ jecturallement^ je refererois cestuy heur de jugement en l'aspect bénévole des cieulx, et foreur des Intelligences mo» trieee. Lesquelles^ en contemplation de la simplicité et affec*' tîon sincère du juge Bridoye , qui soy desflanl de son savoir et eàf^cité, cognoissant les antinomies et contrariétés des loix, des tdits, des coustumes et ordonnances; entendant la fraude du calumniatéur infernal > lequel souvent se transAgiire en memagier de lumière par ses ministres, ks perveifs advoeatSi eûfiseillifflis, t)roGnreurs, et autres telz suppoti, tourne le noir en blanc, fait (bntastioquement sembler à l'une et

* Elle s'était fait justice 2î elle- mais en Bridoye la coniiimation de

Même. iant d*aniiéet me estonne. » C'eflt'>

' Ctm ikit tmtd, ponr Tidée^ à à*dire : pour hm fois, pMie; nutt*

ce que Pantagruel dit à la fin du ce qui me surprend en Bridoye ,

ehapitre précédent. « Pour «n ou «'««t qu'il ait p« durant tant d'an*

deux jugements ainsi donnés à l'a- nées si bien réussir en jugeant au

▼enture, J« M m» Mbakiroli poiot ) ftort étB ék.

(J28 LIVRE 111, CHAPITHIi XLIV.

l'autre partie qu'elle a bon droit (comme vous savez qu'il n'est si mauvaise cause qui ne trouve son advocat^ sans cela jamais ne seroit procès au monde] ; se recommanderoit humblement à Dieu le juste juge, invocqueroit à son aide la grâce céleste, se deporteroit, en l'esprit sacrosaint^ du hazard et perplexité de sentence defmitive, et, par ce sort, eiploreroit son décret et bon plai»r, que nous appelions arrest. Remueroient et tourneroient les dez * pour tomber en chance de celuy qui, muny dç juste complaincte, requeroit son bon droit estrepar justice maintenu : comme disent les talmudistes, en sort n'estre mal aucun contenu; seulement, par sort estre, en anxiété et doubte des humains, manifestée la volunté divine.

Je ne voudrois penser ne dire, aussi certes ne croy je, tant anormale estre l'iniquité et corruptele tant évidente de ceux qui de droit respondent en iceluy parlement Myrelinguois en Myrelingues, que pirement ne seroit un procès décidé par ject de dez, advint ce que pourroit, qu'il est passant par leurs mains pleines de sang et de perverse affection. Attendu mesm^ment que tout leur directoire en judicature usuale a esté baillé par un Tribunian, homme mescreant, inûdelc, barbare, tant maling, tant pervers, tant avare et inique, qu'il vendoit les loix, les editz, les rescrits, les constitutions et ordonnances, en purs deniers, à la partie plus offrante. Et ainsi leur a taillé teurs morceaux par ces petits boutz et eschantillons de loix qu'ilz ont en usage ; le reste supprimant et abolissant, qui faisoit pour la loy totale : de peur que, la loy entière restante, et les livres des antiques jurisconsultes veuz sus l'exposition des douze Tables et editz des prêteurs, fust du monde apertement sa meschanceté cogneue.

Pourtant seroit ce souvent meilleur (c'est à dire moins de mal en adviendi'oit) es parties controverses marcher sus chausses trappes que de son droit soy déporter en leurs res-

' Le sujet de ces verbes est : lesquelles (mieHigesees motrices).

PAISTAGRUËL. 629

ponses et jugemens; comme souhaitoit Cato de son temps ^ et conseilloit que la court judiciaire fust de chausses trappes pavée*.

* Pour, en écarter les plaidears. Rabelais, comme on sait, Tapplica- Hotnan atiribne à Bndé, ami de tion de ce mot de Caton.

6éO LIVRE in, CHAPITRE XLV.

iiiiiiiiiiW n ■ iiii.*^ ■■*■ ii.n ..ii.ii.i .■■■i.i. ■«■«mil I 1JI.BII

Page 1