‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 280 sur 296 · CHAPITRE XLVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIL

ComiiiCBt GarfMitwi rcmoDstre B*cstre marier sans le 8cea et adveo de leurs

et CBftlBt

ec mères ■.

Entrant Pantagruel en la salle grande du chasteau ^ trouva le bon Gargantua issant du conseil ^ luy ût narré sommaire de leurs adventures^ exposa leur entreprise^ et le supplia que, par son vouloir et congié, la peussent mettre eu. executioq. Le bon homme Gargantua tenoit en ses mains deux gros pacr quetz de requestes respondues, et mémoires de respondre: les bailla à Ulrich Gallet, son antique maistre des libelles et requestes, tira à part Pantagruel, et, en face plus joyeuse que de coutume , luy dist : Je loue Dieu , filz très cher, qui vous conserve en désirs vertueux , et me plaist très bien qu^ par vous soit le voyage perfaict * : mais je voudrois que pareil-

* li faut remaVqaef que I^nlagniel, en demandant à son ^père là permission d*a]ler consulter Toracle de la diVeboulenie^proteste en même temps qu*il ne se mariera jamais sâhé son consentement. C'est de là que Gargantua prend occasion de s*étever contre un abus qui s^était introduit à la faveur du droit canonique et auquel on ne remédia qtl imparfaitement par Tédit de 1556 él Tordonnance de 1560.

« Bien sçay-je, disait Pasquier à cette occasion (liv. Itl, lettr. 1), que depuis quelques centaines d'ans quelques moines, rapetas-

seurs de vieilles gloses, nous ont inftiové àtsUt barbais et bmte opinion, que, de droict canon, le cousentement des pères et mères nVstoit requis aux mariages de leurs enfants que par honneur et non par nécessité. » Ajoutons que la question fut discutée au ooncile <le Trente, qui commença en 1645, c'est-àdire vers ré|>oque de la publication de ce livre, ce qui confirmerait jusqu'à un certain point l'opinion des commentateurs qui veulent que le pays de Lantemois soit la ville de Trente.

^ Accompli, réalisé.

010 Ll\Hii; m, CHAPITRE XLVIH.

iement vous vint en vouloir et désir vous marier. Me semble que dorénavant venez en aage à ce compétent. Panui^e s'est assez efforcé rompre les difQcultés qui luy pouvoient estre en cmpeschement. Parlez pour vous.

Père très débonnaire^ respondit Pantagruel ^ encores n'y avois je pensé : de tout ce négoce je me deportois sus Vostn; bonne volunté et ))atemel commandement. Phistost prie Dieu estre à vos pieds veu roide mort en vostre desplaisir que , sans vostre plaisir, estre veu vif marié. Je n'ay jamais entendu que, par loy aucune , fust sacre, fust propbane et barbare, ait esté en arbitre des enfans soy marier, non consentans, voulans, et promovens leurs pères, mères et parens prochains. Tous législateurs ont es enfans ceste liberté tollue, es parens l'ont réservée.

Filz très cher, dist Gargantua, je vous en croy, et loue Dieu^e ce.qu'à vostre notice * ne iiiennent que choses bonnes et louables, et que, par les fenestres de vos sens, rien n'est on domicile de vostre esprit entré fors libéral savoir. Car, de mon temps, a esté par le continent trouvé pays auquel sont ne sçay quelz pastopbores ^ taulpetiers^, autant abhorrens de nopces comme les pontifes de Cybele en Phrygie (si chappons fussent, et non Gais * pleins de salacité et lascivie) lesquelz ont dit loix es gens mariés sus le fait de mariage ^. Et ne sçay que plus doibve abominer, ou la tyrannicque presumption d'iceux redoubtéstaulpetiers*, qui ne se contiennent dedans les treillis de leurs mystérieux temples, et s'entremettent de négoces

* Connaissance. (onFrançais) pleins de salacité, elc. ' C'étaient des prêtres égyptiens, ^ D'après une ancienne règle de

ainsi nommés parce qu'ils portaient droit canonique , la simple déclara-

les effigies des dieux. Voyez Ma- tion, faite devant un prêtre, par

crobe, liv. XI, p. 352, édit. Pane- deux personnes, qu'elles entendaient

koucke. actndlement se prendre pour mari

^ Les moines qui vivent dans etfemme emportait mariage, pourvu

leur trou» comme des taupes. Au qu'elle fôt suivie de la cohabitatiou.

Page 1