‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 29 sur 296 · LIVRE 1, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE X

mais receue par consentement de tout le monde ^ que les philosophes nomment Jiw gentium, droit universel, valable par toutes contrées.

Gomme assez savez que tous peuples, toutes nations (je excepte les antiques Syracusans et quelques Arglves, qui avoient Tame de travers), toutes langues*, voulans exteriorement demonstrer leur tristesse, portent habit de noir : et tout dueil est fait par noir. Lequel consentement universel n'est fait que nature n'en donne quelque argument et raison.: laquelle un chascun peut soudain par soy comprendre sans autrement estre iustruict de persoape ; laquelle nous appelions droit naturel.

Parle blanc, à mesmës inductions de nature, tout le monde a entendu joye, liesse, soulaz, plaisir et délectation.

Au temps passé, les Thraces et Crêtes signoient ^ les jours bien fortunés et joyeux de pierres blanches ; les tristes et defbrtunés, de noires. La nuyt n'est elle funeste, triste, et melancholieuse? EHe est noire et obscure par privation. La clarté n'esjouist elle toute nature ? Elle est blanche plus que chose que soit. A quoy prouver je vous pourrois renvoyer au livre de Laurens Valle contre Bartole : mais le tesmoignage evangelique vous contentera. Matth,, 17, est dit qu'à la transfiguration de Nostre Seigneur, vesiimenta ejus fada sunt alla sîcut lux : ses vestemens furent faits blancs comme la lumière. Par laquelle blancheur lumineuse, donnait entendre à ses trois apostres ridée et figure des joyes éternelles. Car, par la clarté,- sont tous humains esjouis. Comme vous avez le dict d'une vieille qui n'avoit dents en gueule ; encore disoit elle : Bona lux. Et thobie , cA. 5 , quand il eut perdu la veue, lors que Raphaël le salua, respondit : Quelle joye pourray je avoir, qui point ne voy la lumière du ciel ? En telle couleur tesmoignerent les anges la joye de tout l'univers à la résurrection du Sauveur, Jean, 20 ; et à son ascension, Ad, 1. De semblable parure vit saint Jean evan-

Toutes natious. ' Marquaient,

geliste^ y4poc. é et 7, les fiddes Yestus en la céleste et béatifiée Hierasalem.

Lisez les histoires antiques, tant grecques que romaines, vous trouTerez que la yillè de Albe (premier patron de Rome) fut et coQstruicte et appellée à Tinvention d'une truie blanche.

Vous trouYcrez que , si à aucun , après avoir eu des ennemis victoire, estoit décrété qu'il entrast À Rome en estât triomphant, il y entroit sur un char tiré par chevaux blancs. Autant eeluy qui y entroit en ovation : car, par signe ny couleur, ne pouvoient plus certainement exprimer la joye de leur venne que par la blancheur.

Vous trouverez que Pendes, duc des Athéniens, voulut celle part de ses gensdarmes esquelz par s(Hrt estoient advenues les febves blanches, passer toute la journée en joye, soulaz et repos ; ce pendant que ceux de l'autre part batailloient ^ Mille autres exemples et Ueux^àce propos vous pou^rois je exposer; mais ce n'est icy le lieu.

Moyennant laqudle intelligence, pouvez resouldre un problème, lequel Alexandre Aphrodisé a réputé insoluble : Pourqaoy le leon, qui de son seulcry et rugissement espouvante tous animaux, seulement crainct et révère le coq blanc? Car (ainsi que ditProclus, libro de iocr^io et ma" gia) c'est parce que la présence de la vertu du soleil, qui est Torgane et promptuaire de toute lumière terrestre et syde- Tak, plus est symbolisante et compétente au coq blanc, tant pour icelle couleur que pour sa propriété et ordre spécifique, que au leon. Plus dit, qu'en forme léonine ont esté ditîiles souvent veus, lesquelz, à la présence d'un coq Uanc, soudainement sont disparus.

C'est la cause pourquoy Cati (ce sont les François, ainsi appelles parce que blancs sont naturellement comme laict , que les Grecs nomment Gala) voluntiers portent plumes blanches sus leurs bonnetz. Car, par nature, ilz sont joyeux, candides, gradeux et bien amés; et, pour leur symbole et enseigne , ont la fleur plus que nulle autre blanche, c'est le lys.

I ÉdH. de 1535, àaiailUroieui (édii. anlér. à 153:)).

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Si denundeK omnmeiit , par ooulear blanche , n&ture nous induict entendre joye et liesse : je yous responds que l'analogie et conformité est telle. Car, oomme le blanc exterioremwtdisgrege et espartla veue^ dissoWent^ manifestement les esprits visifi , selon PopinioB d'Aristotes en ses prMeme$ et des perspectifi (et le voyez par expérience, quand vous passei les monts couvers de neige , en sorte que vous plaignez de ne pouvoir bien regarder; ainsi que Xenopbon escrit estre advenu à ses gens, et somme Golen expose amplement Mro f 0 de um partium) , tout ainsi le cœur, par joye excellente , est interiorement espart, et patit manifeste resolution des esprits vitaulx : laquelle tant peut estre acreue, que le ocnur demeureroit spolié de son entretien , et par conséquent seroit la vie estainete par œste pericharie y comme dît Galen /. i2 Méthode , libido 5 de locis a/JeeUê , êi Hbro % de ê^piomaton ^ausis. Et comme estj^ au temps passé advenu tesmoignent Marc Tulle, libro 1 question. Tuscul,, y erriu», Aristoteles, Tite Live^ après la bataille de Cannes; Pline, iibr^l , cap, 32 et 5a; A. Gellius lib. 3, 15, et autres, à Diagoras Rhodien, Cbilon, Sophocles, Diony tyran de Sicile, Phiiippides, Fbiiemon, Polycrate , Philistion, M. Juventi ^y et autres qui moururent de joye. Et comme dit Avicenne , in 2 eanone^ et libro de viribuscordis^ du zapbran, lequel tantesjouit le cœur qu'il le despouille de vie , si on en prend en dose excessive, par resolution et dilatation superflue. Ici voyez Alex. Aphrodisé, Hbro primo problematumy cap. 19, et pour cause. Mais quoy ? j'entre plus avant en ceste matlerfe que n'establissois au commencement. Icy donc calleray mes voiles, remettant le reste au livre en ce consommé du tout '. Et diray, en un mot, que le bleu signifie certainement le ciel et choses célestes, par mesmes symboles que le blanc signifie * joye et plaisir.

' Édit, autér. à lS3â et édit. ^ Au livre où <:eit« natièra est

de 1 535.D*autres ont se dissolvent, complétemetit traitée.

» Juventius. Voy . Pline, lîv. vil. * Signifiait (édit antér. à 1 5 55

cil. 63, etV. Maxime,!. IX, cb. 13. et de 1 536).

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