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LIVRE J, CHAPITRE XIX

Par mon ame, j'ay veu le temps que je faieois diables de arguer. Mais de présent je ne iais plus que resver, et ne me fault plus dorénavant que bon vin, bon lict, te desau lèii , le ventre à table ^ et escuelle bien profonde ^ Hay, ikwiitiey je vous prie , in nomine PatriSy et FUu et Spiriius Sancii , Amen^ que vous rendez nos cloches: «t Dieu vous gard de mal et Nostre Dame de santé ^, qui vivit et régnât per omnia secula seculorum. Amen. Henhasch, basch, grrenheiihasch.

. f^erum enim vero, qvando guident , dubio procul, Edepol, guoniam, ifa, çerte^ meus deusfidius^ une ville sans cloches est comme un aveugle sans baston, un asne sansCTOpiere, et une vache sans cymbales ^. Jusques à ce que nous les ayez rendues, nous ne cesserons de crier après vous comme un aveugle qui a perdu son baston, de braisler comme un asne sans cropiere, et de bramer comme une vache sans cymbales* Un quidam latinisateur, demeurant près l'hostel Dieu, dist une fois, allegantrautorité d'unTaponnus* (je faulx, c'estoitPontanus), poète séculier^ qu'il desiroit qu'elles fussent de plume ^ et le batail ^ fust d'une queue dé renai'd ; pourœ qu'elles luy engendroient la chronique * aux tripes du cer-

< Mns n'A besoin^, tant sa force amoHt , Qae de profonde escuelle et de bonlict.

(Crétin, Ép. à une dame de Lyon.)

A l'homme vieil faait U p^rfonde «tewlie, , Lict mol, repos, le godet sous raisselle. ~ ( Pierre Grosnet, Adages.)

' Que Nostre Dame voue gitrde de eanié! Drôle de loubait! (remarque Janet.) Rabelais met ici, dans la bouche de aon orateur, «ne de ces éqaivoquet qu'il affectioniie tant. Ei Noetre Dame de eanié ^ reut dire : «ksi que Notre Dane de Santé.

3 Grelot, clochettes.

* TafMMf tu est, sous forme latine^ le SMt topo», qu'on a dit pour tampon, bouchon, lei il est pris évidemment dans un sens ii^nrieux.

Rabelais donne un coup de griflTe à ritalieu J. Jovien Pontan. — On sait que.notre auteu)* avait publié, eu 1632, comme antiques, deux pièces apocryphes, «a tësiament et un contrat de vente. Or c'est ce même Pontanus qui avait fabriqué le contrat de vente , inde irœ. On sait que les sorbonisies désignaient, sous le nom de eécuUere^ les mh teurs noa cathoUques. Aiwii , Homère , Virgile, étaient des poëtos séculiers. — Jaootus donne piui-ètre ici cetie qualification à PeaéaiNM , en souvenir de son dialsffue iNîtiilé Choron^ où les gens d*Église sont assez irrévérencieusement trMtés.

» Battant

* La maladie chronque.

veau, quand il composoit ses vers carminiformes. Mais, nac petetin petetac, ticque, torche lorgne S il fut déclaré hérétique : nous les faisons comme de cire ^, Et plus n'en dist le déposant, haleté wt ^amH(e* Calepinvs recensui 3.

' Bcgnicr m, iwilé oe passage, dans sa satire X :

... Ainsi ec» gens , à se piquer ardents. S'en vinrent i parlera tic tac, torche lorgne. Qui casse le museau, qui son rival eborgne.

Ces deux mots , torche lorgne , qui se trouvent dans Coqailiart et qveKabdftis répète souvent^ vcêlleot dire frapper à dr-oile et à gauche, de tous côtés, sans y regarder.

Une torchée , en langage populaire et dans plasienrs patois, est synonyme d'une volée.

Lorgner signifiait aussi frapper; témoin ce passage de Boiiaveiiturè Despéri«r9, 98^ Nouv. : « A grands cebps de poing hr^noit dessus. »

* « Paire comme de cne, »

ainsi qn'on le voit dans le Roman dB l« Roêe , tOMiaii dit« : représenter dansla perfection, coamie en

iiaJien da aqfmot^. La phraiic seiuble donc signifier : Voilà comme nous arrangeons les hérétiques.

Au moyen âge, les effigies, les ex'-voto se faisaient en cire, et la quantité en était innombrable, ainsi que chacim sait.

Rabeiais veut^il dire qn*on inventait facilement des hérétiques ?

Notre malin auteur ne penseraitil pas, en outre, aux auto-da-fé déjà commencés quand il écrivait ? Faire comme de cire signifierait alors briller comme des cie.rgcs.

* Ce sont trois formules finales :

la première , pour dore un interrogatoire ; la seconde , usitée à la fin des comédies latines; et la troisième , dans le genre de celles par lesquelles se terminaient les copies et collations de manuscrits.

80 LlVRli: 1, CIlAmKE XX.

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