‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 70 sur 296 · LIVRE 1, CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XXXII

du sens et délaissé de Dieu. Voire mais, dist Grandgousîer^ mon amy, quelle cause prétend il de cest excès? Il ne m'a, dist Gallet, cause queconques exposé, sinon qu'il m'a dit en cho- 1ère quelques motz de fouaces. Je ne sçay si Ton n'auroit point fait oui trage * à sesfouaciers. Je le Yeulx,dit Grandgousier, bien entendre devant qu'autre chose délibérer sur ce que seroit de faire. Alors manda savoir de cest affaire; et trouva pour vray qu'on avoit pris par force quelques fouaces de ses gens, et que Marquet avoit receu un coup de tribard sus la teste; toutesfois, que le tout avoit esté bien payé, et que le dit Marquet avoit premier blessé Forçier de son fouet par les jambes. Et sembla à tout son conseil qu'en toute force* il se devoit défendre.

Ce non obstant, dit Grandgousier, puisqu'il n'est question que de quelques fouaces, j'essayeray le contenter: car il me desplaist par trop de lever guerre. Adonc s'enquesta combien on avoit pris de fouaces, et, entendant quatre ou cinq douzaines, commanda qu'on en fîst cinq charretées en icelle nuyt; et que l'une fust de fouaces faites à beau beurre, beaux moyeux d'œufz', beau saffran, et belles espices, poiir estre distribuées à Marquet; et que, pour ses interestz, il luy donnoit sept cens mille et trois philippus* pour payer les barbiers qui l'auroient pensé : et d'abondant luy donnoit la mestairie de la Pomardiere , à perpétuité franche pour luy et les siens.

Pour le tout conduire et passer fut envoyé Gallet. Lequel, par le chemin, fit cueillir près de la saulsaye ^ force grands rameaux de cannes et rouzeaux , et en fit armer autour leurs charrettes, et chascun des chartiers. Luy mesmes en tint un en

* Daus^rage (édit. ant. à 1535) ; lippe, probablement sous Philippe d'oustrage (édit. de 1535). le Sel.

2 Par tous les moyens. * Saullaye ou saulsaye , c'est

^ Le rond qui se trouve au milieu proprement un lieu planté de sau-

de Tœuf , comme dans une roue de les, et par extension d'arbres qael-

Toiture. — C'est le jaune. conques. Dans une ancienne tra-

* Pièce d'or frappée sous quel- duction de Monte-Mayor , arboledo qu'un de nos rois , du nom de Phi- est rendu par saussaye.

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ga main; par ce voulant donner à cognoistre qu'ilz ne de^ mandoient que la paix^ et qu*ilz venoient pour Tacheter.

Ëilx^ Tenus à la porte , requirent parler à Picrochole de par Grandgousier. Picroch^e ne voulut onques les laisser entrer^ ny aller à eux parler; et leur manda qu'il estoit empesché , mais qu'ilz dissent ce qu'ilz voudroient au capitaine Touquedillon 9 lequel affustoit quelque pièce sus les murailles. Adonc luy dist le bon homme : Seigneur, pour vous rescinder tout ance de débat S et oster toute excuse que ne retournez en nostre première alliance^ nous vous rendons présentement les fouaces dont est la controverse. Cinq douzaines en prindrent nos gens : elles furent très bien payées : nous aimons tant la paix^ que nous en rendons cinq charrettées : desquelles ceste icy sera pour Marquet, qui plus se plainct. Davantage, pour le contenter entièrement, voyla sept cens mille et trois philippus que je luy livre ; et, pour Tinterest qu'il pourroit prétendre, je luy cède la mestahie de la Pomardiere, à perpétuité, pour luy et les siens, possedable en franc alloy : voyez ci le con tract de la transaction. Et pour Dieu vivons dorénavant en paix, A vous retirez en vos terres joyeusement : cedans ceste place icy, en laquelle n'avez droit quel- Conques^ comme bien le confessez. Et amis comme par avant.

Touquedillon raconta le tout à Picrochole , et de plus en plus envenima son courage , lui disant : Ces rustres ont belle peur : par Dieu, Grandgousier se conchie, le pauvre beuveur; ce n'est pas son cas ^ d'aller en guerre, mais ouy bien vuider les flaccons. Je suis d'opinion que retenons' ces fouaces et Tar-

' Édit. aul. à 1535. — C'est sans ' Ce n^est pas son ca9 d'aller.

nul doute la bonne leçon. Toute (Édit. ant. à 1535.)

ance, c'est-à-dire tout prétexte de Son naïf, (Édit. de 1535.)

débat, latinisme: Ansam dare, iSow ar^ (Edit., Dolet, F. Juste,

donner prise. L'éd. de 1535 porte: et 1542 , s. I.)

Pour vous rescinder tout ance de^ ^ (Edit. ant. à 1535, de 1535 ,

èat. de F. Juste, de 1542, s. 1.) Dolel,

On Ht dans Tédit. de Dolet, pour qui pratiquait la règle du subjonc-

recile»' tout ce débat; dans d'autres, tif , écrit retenions , comme au pro-

pour vous retirer de tout ce débat, logae il a écrit trouviez^ ^

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gent^ et au reste nous hastons de remparer ici et poursuivre < nostre fortune. Mais pensent iiz bien avoir affaire à une duppe, de vous paistre de ces fouaces? Voyla que c'est, le bon traictement et la grande familiarité que leur avez par cy devant tenue vous ont rendu envers eux eontemptible^. Oignez villain, il vous poindra. Peignez viïlain , il vous oindra.

Ça, ça, ça, dist Picrochole, saint Jacques ilz en auront: faites ainsi qu'avez dit ^. D'une chose, dist Touquedillon, vous veuk je advertir. Nous sommes iey assez mal avitaiUés, et pourveus maigrement des bamois de gueule K Si Grandg^usier nous mettoit siège , des à présent m'en irois faire arracher les dents toutes, seulement que trois me restassent; autant à vos gens comme à moy ; avec icelles nous n'avangerons ^ que trop à manger nos munitions. Nous, dist Picrochole , n'aurons que trop mangeailles. Sommes nous iey pour manger ou pour batailler? Pour batailler, vrayement, dist Touquedillon ; mais de la panse vient la danse ^,

Et où faim règne , force exule ^

Tant jaser, dist Picrochole. Saisissez ce qu'ilz ont amené.

A donc prindrent argent^ et fouaces, et bœufz, et charrettes, et les renvoyèrent sans mot dire, sinon que plus n'aprochassent de si près, pour la cause qu'on leur diroit demain. Ainsi sans rien faire retournèrent devers Grandgousier, et luy contèrent le tout : adjoustans qu'il n'estoit aucun espoir de les tirer à paix, sinon à vive et forte guerre '.

* Ici pour suivre (édit. ant. à auront fait ainsi qu avez dit. (F.

1535). — Cette leçon exprime une Juste, et 1 542 , s. I.)

nuance différente, et peut bien être ^ Ce qui sert à garnir la gueule,

la vraie. ' Nous n'avancerons.

. ^ Méprisable ( du lat. contem- e Car de la panse Tient la danse,

nere. {vuion,)

\ (Éd. ant. à 1 535 et de 1535.) ' S'en va , ex^lat,

Hz en auront et sera fait ainsi • Dtfles amènera la paix, sinon

quavez dit. (Édit. Dolet.) Hz en au moyen d'une vive et forte guerre.

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