PROLOGUE! DE L'AUTEUR
BeuTeurs* très illustres , et Vous véroles très précieux (car à TOUS, non à autres, sont dédiés mes escrits), Alcibiades, au dialogue de Platon , intitulé Le Banquet, louant son précepteur Socrates , sans controverse prince des philosophes , entre autres paroles le dit estre semblable es Silènes '. Silènes estoient jadis petites boites , telles que voyons de présent es boutiques des apothycaires, peintes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme de harpies, satyres, oisons bridés ^ lièvres cornuz, canes bastées^ boucs volans, cerfs limonniers, et autres telles peintures contrefaites à plaisir, pour exciter le monde à rire : quel fut Silène, maistre du bon Bacchus :
' Pe L^Âulnay et lohannean écri- "Sdùi prologe : ce dernier, pour s'en tenir, «oi-disant, à l'orthographe <uivie par l'autear dans les deux premiers livres. Or, l'édit. ant. à 1535, celles de 1535 et du Pantagruel, de C. Nwirry, ont prologue. Le Dachat va plus loin ; il estime que prologeei prologue ont des sens distÎDcts. La vérité est que du tjemps de Rabelais on écrivait indifTéremment naviger, naviguer^ phiîologç, philologue, et que ces mots ne différaient alors ni pour le sens ni même pour la prononciation.
' Buveurs. Nous conservx>ns heureurs, parceque dans les éditions contemporaines il n'est écrit autrement qu'une fois à peine , et que nous ne voulons pas noi|^ exposer à altérer la prononciation de Rabelais. Dans plusieurs de nos pro- Tioces, et spécialement dans le Cfainonais, ou prononce encore èeu-
veur, Pans les anciennes éditimui, nous trouvons même èeveftr, bevonSj beviez sans u.
3 « A ces Silènes exposés dans les « ateliers des statuaires, et tenant « à la main une flûte ou des pipeaux. « En séparant les deux pièces dont « sont formées ces statues, on dé- « couvre à l'intérieur l'image d'un « Dieu. » (Platon, le Banquet,)
Johanneau accuse à tort Rabelais d'inexactitude, en s'appuyant sur un autre passage du Banquet , où Socrate est comparé au dieu Silène.
* On lit, dans une ancienne bis-, toîre de Rouen, que les religieux de Saint-Ouen donnaient en redevance un oison bridée c'est-à-dire ayant au cou et aux ailes des rw bans de soie.
Dans les, fresques d'HercuIanum on voit non des oies , mais des cygnes, avec des brides et des selles.