‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 203 sur 219 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

de ces choses qui peuvent être cause que les parties de ce petit lien sont si fort attachées^ savoir les petites parties dont il est composé.

Quand je ne considère que les parties dont les corps durs sont composés , je me sens porté à croire (\\\'on m peut imaginer aucun ciment qui unisse les parties de ce lien , qu'ellesmêmes et leur propre repos ; car de quelle nature pourrait-il être ? Il ne sera pas une chose qui subsiste de soi-même ; car toutes ces petites parties étant des substances, pour quelle raison seraient-elles unies par d'autres substances que par elles-mêmes ? Il ne sera pas aussi une qualité différente du repos, parce qu'il n'y a aucune qualité plus contraire au mouvement qui pourrait séparer ces parties que le repos qui est en elles ; mais, outre les substances et leurs qualités , nous ne connaissons point qu'il y ait d'autres genres de choses ».

11 est bien vrai que les parties des corps durs demeurent unies tant qu'elles sont en repos les unes auprès des autres ; et que lorsqu'elles sont une fois en repos , elles continuent par elles-mêmes d'y demeurer autant qu'il se peut. Mais ce n'est pas ce que je cherche^ je prends le change. Je ne cherche pas d'où vient que les parties des corps durs sont en repos les unes auprès des autres ; je tache ici de découvrir d'où vient que les parties de ces corps ont foi ce pour demeurer en repos les unes auprès des autres, et qu'elles résistent à l'effort que l'on fait pour les remuer ou les séparer.

Je pourrais ^ pourtant me répondre que chaque corps a véritablement de la force pour continuer de demeurer dans l'état où il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le repos ; mais que ce qui fait que le parties des corps dui's demeurent en repos les unes auprès des autres , et qu'on a de la peine à les séparer et à les agiter, c'est qu'on n'emploie pas assez de mouvement pour vaincre le repos Cela est vraisemblable ; mais je cherche la certitude , si elle se peut trouver, et non pas la seule vraisemblance. Et comment puis-je savoir avec certitude et avec évidence que chaque corps a cette force pour demeurer en l'état qu'il est , et (pie cette force est égale pour le mouvement et pour le repos, puisque la matière paraît au contraire indifférente au mou-

' Principes de Descartes , art. 55 de la seconde partie. ^ Descartes , art. 41 de la même partie. Art. 65.

\emeiit et au repos^ et absolument sans aucune force? Venons donc^ comme a fait M. Descartes ^ à la volonté du Créateur, laquelle est peut-être la force que les corps semblent avoiidans eux-mêmes. C'est la seconde chose que nous avons dite aupai'avant pouvoir conserver les parties de ce petit lien dont nous parlions , si fort attachées les unes aux antres.

Certainement il se peut faire que Dieu veuille que chaque corps demeure dans l'état où il est, et que sa volonté soit la force qui en unit les parties les unes aux autres ; de même que je sais d'ailleurs que c'est sa volonté qui est la force mouvante, laquelle met les corps dans le mouvement. Car, puisque la matière ne se peut pas mou\oir par elle-même, il me semble que Je dois juger que c'est un esprit , et même que c'est l'auteur de la nature qui la conserve et qui la met en mouvement, en la conservant successivement en plusieurs endroits par sa simple volonté, puisqu'un être infiniment puissant n'agit point avec des instruments, et que les effets suivent nécessairement de sa volonté.

Je reconnais donc qu'il se peut faire que Dieu veuille que chaque chose demeure en l'état où elle est * , soit qu'elle soit en repos , ou qu'elle soit en mouvement ; et que cette volonté soit la puissance naturelle qu'ont les corps pour demeurer dans l'état où ils ont une fois été mis ^. Si cela est, il faudra, comme a fait M. Descartes, mesurer cette puissance, conclure quels en doivent être les effets, et donner ainsi des règles de la force et de la communication des mouvements à la rencontre des différents corps, par la proportion de la grandeur qui se trouve entre ces corps , puisque nous n'avons point d'autre moyen d'entrer dans la connaissance de cette volonté générale et immuable de Dieu , qui fait la différente puissance que les corps ont pour agir et pour se résister les uns aux autres, que leur différente grandeur et leur différente vitesse.

Cependant je n'ai point de preuve certaine que Dieu veuille^ par une velouté positive, que les corps demeurent en repos; et il semble qu'il suffit que Dieu veuille qu'il y ait de la matière, afin que non-seulement elle existe, mais aussi afin qu'elle existe en repos.

M n'en est pas de même du mouvenieni, parce <]ue l'idée d'une matière mue renferme certainement deux puissances

' Art. 51.

Art. 45 et ceux (jtii suivent.

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