‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 16 sur 117 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

» toutes les dispositions que l'âme peut avoir à agir, et non-seule- » nient les raisons, niais encore les inclinations qui viennent des » passions ou d'autres impressions précédentes. Ainsi , si l'esprit « préférait l'inclination faible à la forte, il agirait contre soi-même » et autrement qu'il est disposé d'agir. » Et ailleurs ' : « Toutes les » fois que dans toutes les circonstances prises ensemble, la balance » de la délibération est plus chargée d'un côté que de l'autre, il

» est certain et infaillible que ce parti l'emportera à l'égard de

» la volonté , le choix suit toujours la plus grande inclination , )> sous laquelle je comprends tant passions que raisons vraies ou » apparentes. » De là à prétendre comme Platon que la vertu et le vice sont la science et l'ignorance, il n'y a pas loin; et Leibniz confesse qu'il suffit de toujours bien juger, pour toujours bien agir-'. Par une conséquence naturelle, les peines et les récompenses de la loi sont un moyen de police et non l'expression d'un jugement absolu de la raison; les lois humaines menacent de châtier et de récompenser pour empêcher les mauvaises actions et avancer les bonnes; il s'agit avant tout et seulement d'effrayer et d'allécher celte volonté capable d'inclinations qui la gouvernent5. D'ailleurs, si Leibniz avait bien connu le libre arbitre, aurait-il combattu, comme une preuve insignifiante, \esentiment vif interne que Descartes alléguait, en cela plus sage que son illustre disciple. Ce sentiment vif, cette conscience claire que l'homme a de sa liberté, n'en est-elle pas en effet la seule preuve, et une preuve suffisante? « Donnez, dit Leibniz, à une aiguille aimantée la conscience de «ses mouvements, elle pourra croire qu'ils dépendent d'elle— «même, ne sentant pas les attractions insensibles de l'aimant ter- » restre. comme il arrive que les hommes ne sentent pas les influen- » ces de leurs perceptions confuses ou appétitions. » Nous répondons que l'aiguille ne se croirait pas libre, parce qu'elle ne verrait en rlle que des mouvements et non une force capable de les produire, comme les hommes aperçoivent en eux l'entraînement des passions, sans songer à se l'imputer; mais les hommes qui voient cela en eux y voient autre chose encore, savoir une force dont ils

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