‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 17 sur 117 · De vita beata, p. 72, t'-d. Erdm · texte numérisé non relu

De vita beata, p. 72, t'-d. Erdm

3. Nouv, Essais, )). 176 de la présente éd. et Théodicée, part, ru, §4 324etsùiv.

INTRODUCTION. mi

ont la conscience immédiate et permanente, qu'ils saisissent en elle-même comme foire, indépendamment de ses effets, avant eux et après eux: et c'est pourquoi ils se savent libres. Ici donc, la lumière de la conscience abandonne le philosophe, et le système s'obscurcit. Au lieu d'y tenir les yeux constamment ouverts , il semble que Leibniz ait tourné ailleurs ses regards; au lieu de chercher en lui-même les caractères de la force, sauf à ne lui laisser de ces caractères, quand il la mettra plus tard dans la nature, que ce qui en sera compatible avec les phénomènes observés. il semble qu'il transporte à lame les attributs devinés \\c> forces fatales et aveugles qui peuplent l'empire de la nature.

Outre la conscience claire de ma volonté, j'ai la conscience confuse de son pouvoir sur les organes dont elle dispose; et, dans l'effort que je fais pour les mouvoir, celte conscience devient de plus en plus nette; l'expérience m'apprend les limites de ce pouvoir, el je suis convaincu en toutes façons que ma volonté est bien la cause réelle et efficace des mouvement- qu'elle commande à mon corps. Comment ma volonté opère, je l'ignore; je sais seulement qu'elle opère; le reste est le secret de Dieu; ou plutôt, il n'y a pas de secret. Dieu m'a doué de cette puissance efficace . et il est probable qu'il n'y a employé ni moyen, ni détour; il a voulu que je puisse mouvoir mon bras, et c'est assez qu'il l'ait voulu pour que je le puisse. Aveuglé déjà sur l'efficace de la volonté à produire des résolutions internes, Leibniz ne sera pas plus clairvoyant sur sa vertu motrice. Aux yeux d'un cartésien, dominé par les idées préconçues de la raison, les phénomènes ne sont que des apparences, bonnes tout au plus à continuer les raisons et les hypothèses que les raisons suggèrent. Si l'âme pouvait produire des mouvements dans le corps, ces mouvements volontaires, peut-être capricieux, dérangeraient la symétrie de l'univers et ces belles lois mathématiques du mouvement, dont la rigueur est inflexible, comme celle de leurs preuves. Donc l'action de l'àme sur le corps et du corps sur l'âme, non-seulement n'est pas un fait réel, ce n'est pas même un fait possible. D'ailleurs les deux substances dillèrent toto génère; commenl l'une ferait-elle passer quelque chose dans l'autre? « Les monades » n'ont pas de fenêtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer »ou en sortir. Le< accidents ne sauraient se détacher ni se pro-

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)> mener hors des substances, comme faisaient autrefois les espèces » sensibles des scolastiques. Ainsi, ni substance, ni accident ne sau- » rail entrer de dehors dans une monade. » Ce principe de l'impossibilité d'action d'une substance sur une autre substance de nature différente n'est pas nouveau dans l'histoire de la philosophie; il remonte jusqu'à Empédocle, et peut-être plus haut '. Empédocle disait que le semblable ria pas d'action sur le dissemblable ; que le même ne peut agir que sur le meute. Accepté comme un axiome par presque tous les philosophes anciens, ce principe avait engendré dans l'antiquité les idées représentatives, dans la scolastique les espèces intentionnelles. Les cartésiens lui donnent une forme et une valeur nouvelles ; il confirme chez eux cette distinction si profondément et si glorieusement aperçue entre l'âme et le corps; il la prononce davantage en lui donnant pour conséquence et pour marque l'impossibilité d'une action mutuelle. Cette impossibilité reconnue, comment expliquer la correspondance au moins apparente des mouvements du corps avec les passions de l'âme, des actions de l'âme avec les mouvements du corps que nous nommons volontaires? L'influence physique des scolastiques est insoutenable, puisque la pensée et la masse étendue n'ont aucune liaison ensemble. Descartes l'a bien vu , et déjà il avait recours à l'assistance divine : ses disciples, élevant à la hauteur d'un système ce simple aveu d'impuissance, en avaient fait la théorie des causes occasionnelles où Dieu , présent à toute sa création , s'emploie sans cesse à remuer les corps comme l'âme le veut et à donner des perceptions ;i l'àme comme le corps le demande; en sorte que les mouvements du corps ou les volontés de l'âme sont l'occasion et non la cause, ou, si l'on veut, sont la cause occasionnelle, celles-ci des mouvements du corps, ceux-là des perceptions de l'àme. Leibniz convient du principe, mais ne goûte pas la conséquence : il n'est pas, selon lui, conforme à l'idée de la puissance de Dieu qu'il agisse toujours ei (iue jamais son action ne produise un ouvrage accompli; il aurail construit une machine et il serait sans cesse occupé a en conduire les rouages. Ç'esl d'ailleurs faire intervenir J)ewm ex machina et introduire dans la nature un miracle perpétuel.

1. Voy. Fragments de Hamilton, traduits par Peisse, art. Beid et Brown.

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Mais s'il y avait une hypothèse qui, on sauvant la liberté de l'homme d'une influence extérieure impossible et chimérique, garantit en même temps les lois du monde d'un désordre inexplicable, qui, en conservant à Dieu sa puissance, relevât la perfection de sa .sagesse; si cette hypothèse était possible , et que possible, elle rendit raison du réel ; démontrée à priori par sa beauté même et à posteriori justifiée par les apparences, elle serait enfin le vrai système. Cette hypothèse est celle de l'harmonie préétablie; le besoin d'expliquer la correspondance de l'âme avec le corps a pu mettre sur la voie de sa découverte: mais elle ne se fonde que sur les principes de l'entendement et réunit dans un^iccord universel . dont cette correspondance n'est qu'un exemple et un cas particulier, toutes les substances de l'univers. Dieu est sage; sa sagesse est parfaite et souveraine; donc il ne fait rien que d'excellent et de beau. 11 a montré la fécondité de sa toute-puissance en créant un nombre infini de monades; il a dû manifester sa sagesse en établissant entre cette infinité de créatures, entre le nombre infini de leurs phénomènes et dans tout leur développement simultané ou successif, l'accord le plus invariable, l'ordre le plus beau et la plus admirable harmonie. Donc tout est lié ; tout est harmonique en perfection dans les ouvrages de Dieu : la dernière des monades agit à chaque instant conséquemment à tous ses états passes, en vue de ses états futurs et de concert avec toutes les autres monades de l'univers; en sorte que, dans l'état présent d'une seule d'entre elles, une intelligence assez pénétrante pourrait lire son passé, son avenir, tout ce qui arrive présentement dans ce monde infini, tout ce qui jamais y arrivera ou y est arrivé déjà. Cette harmonie est préétablie; c'est-à-dire que Dieu l'a concertée d'avance et constituée par un décret unique, les choses sont donc préformées, et Dieu, qui les porte a l'existence , y a lu de toute éternité la série de leurs modifications, de leurs mouvements, de leurs actions; dans toutes et dans chacune, tout se produit en vertu de leur nature, que la volonté de Dieu, de possible, a rendue actuelle. De la l'harmonie entre toutes les parties de la matière, entre l'avenir et le passé, entre les décrets de Dieu et nos actions prévues, entre la nature et la grâce, entre le règne des causes efficientes et le règne des causes finales.

xuv INTRODUCTION.

L'âme de l'homme et son corps, formant un mêmesuppdt, sont un

fragment de l'univers, qui représente dans des proportions plus pe- Lites cette harmonie de l'ensemble : « Dieu a créé l'âme d'abord de » telle façon qu'elle doit se produire et se représenter par ordre ce »qui se passe dans le corps, et le corps aussi, dételle façon qu'il » doit faire de soi-même ce que l'àme ordonne. Do sorte que les lois «qui lient les pensées de l'âme dans l'ordre des causes finales et «suivant l'évolution des perceptions, doivent produire des images » qui se rencontrent avec les impressions des corps sur nos organes ; » et que les lois du mouvement dans le corps, qui s'entresuivent dans » l'ordre des causes efficientes, se rencontrent aussi et s'accordent « tellement avec les pensées de l'âme, que le corps est porté à agir » dans le temps que l'âme le veut. »

Leibniz s'enchante lui-même de cette hypothèse; elle lui cause des ravissements d'admiration, et cette admiration, qui se reporte sur Dieu , l'auteur de tant de merveilles, lui est la meilleure preuve de la vérité du système. S'il en pouvait concevoir un autre plus beau et plus digne de la sagesse divine , il le préférerait ; mais quoi de plus beau et de plus fécond! L'accord de tant de substances, dont aucune n'a d'influence sur les autres, ne suppose-t-il pas une cause générale dont elles dépendent toutes, et n'exige-t-il pas de cette cause une puissance et une sagesse infinies pour préétablir tous ces accords? L'hypothèse fournit donc une preuve inconnue jusqu'ici de l'existence de Dieu, et Leibniz ne songe pas qu'il fait peut-être un cercle, prouvant l'harmonie par la sagesse de Dieu et Dieu par la beauté de l'harmonie. Elle sauve noire liberté ou indépendance réelle; elle est d'un merveilleux usage dans la physique. D'ailleurs elle donne la seule explication intelligible de la communication des substances, et lève enfin cette grande difficulté jusqu'ici insoluble. Surtout elle a l'incomparable avantage de maintenir l'universalité des règles; et Leibnitz aime les maximes qui se soutiennent et on il n'y a pas d' exceptions ; il trouve dans leur simplicité féconde comme une 'ïnarque de leur divinité, parce qu'en e'.'.el c'e-! un dis caractères de la sagesse (pic la constance dans les mêmes desseins et l'uniformité dans les moyens de les accomplir. Loucher, avec un -eus parlait, lui objecte que cette hypothèse, possible peut-être, esl tout au moins gratuite, que les faits ne la

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suggèrent pas, qu'elle vient après coup pour les expliquer, mais ne s'en lire point. Leibniz voit dans celle objection un éloge; il répond que toutes les hypothèses sont faites exprès et viennent après coup pour sauver les phénomènes et les apparences ; et si la réponse satisfait peu, elle est au moins très-conséquente à l'esprit du système, très-conséquent lui-même à L'esprit général de la philosophie cartésienne.

Telle est l'hypothèse de l'harmonie préétablie. Son arrêt est prononcé depuis long-temps; et elle n'est plus guère aujourd'hui qu'un de ces phénomènes historiques qu'on recherche par curiosité, pour leur bizarrerie plutôt que pour le profit qu'on en tire ; et cependant, il est permis d'excuser, sinon le système, au moins le philosophe, sinon la conséquence, au moins le principe. Le principe, c'est cette magnanime confiance dans la puissance de la raison, s'élevant au-dessus du monde pour l'expliquer d'en haut et se mettant à la place de Dieu, pour pénétrer d'un coup ses secrets; c'est cette méthode hardie qui fait la gloire de toute école rationaliste, qui a engendré et qui soutient toutes les sciences mathématiques, que la physique elle-même ne répudie qu'au détriment de ses progrés, et dont la ruine, si elle était possible, serait pour l'esprit humain, même dans ses recherches expérimentales, la perte de toute lumière; mais elle est indestructible, comme l'esprit humain dont elle représente une face, et la meilleure, celle qui regarde du côté de Dieu; si Bacon n'en a pas triomphé, c'est qu'on ne triomphe pas de la nature humaine. Quant au philosophe, son excuse est dans ses écarts mêmes : il n'y a que les esprits médiocres qui sachent se toujours tenir dans les limites du bon sens, parce qu'en eux, tout étant égal, rien ne domine et par conséquent rien n'excède; sentir ou penser fortement, c'est presque toujours penser ou sentir exclusivement, de sorte qu'en philosophie quelque peu d'extravagance est presque toujours l'accompagnement du génie; Platon et Malebranche ont passé pour des fous aussi bien que Leibniz. D'ailleurs, ces aberrations ont une autre utilité : elles enferment toutes cette profitable leçon que les meilleures choses ont leur défaut, les meilleurs principes leurs excès, et par là fixent de mieux en mieux à notre témérité les bornes infranchissables de la puissance intellectuelle de l'homme.

XLVi INTRODUCTION.

Parti de la nature humaine, sciemment ou à son insu, Leibniz, de ce point fixe, ou s'élève à Dieu ou descend la série des créatures,» toujours fidèle à ces principes suprêmes dont l'universelle suffisance à expliquer les choses fait à ses yeux la principale excellence. Nous ne pouvons le suivre dans les détours de cette longue course; mais, pourvus comme nous le sommes de la doctrine sur la nature humaine , il nous devient aisé à cette lumière de reconnaître la route, et d'y marquer la limite de chaque région distincte.

La nature ne va pas par sauts, disait l'école. Leibniz répète et adopte le principe : n'en faisons-nous pas l'expérience au dedans de nous, où se déroule sans interruption la chaîne continue de nos perceptions? Puis, la loi de continuité, c'est ainsi qu'il la nomme , est très-conforme à la sagesse de Dieu : l'enchaînement et la gradation, c'est déjà de l'ordre, et au contraire, le vide des formes, comme disaient les scholastiques, est quelque chose d'inculte; c'est un défaut, d'agencement '. Leibniz en tire à priori cette conséquence négative qu'il n'y a pas d'atomes de matière, contre Épicure et Gassendi, et que les bêtes ne sont pas de pures machines, contre Descartes; car il y aurait un abîme entre l'atome matériel, incapable de perception et d'appétit, et l'être vivant, d'une part; il y en aurait un autre, et plus profond, entre l'âme humaine et toutes les créatures, d'autre part. Conséquence positive : il y a des âmes au-dessous de l'âme humaine; il y en a jusqu'au bout de la chaîne des êtres; le tout est d'en marquer les degrés par leurs attributs.

Le corps, le corps brut est déjà animé. Simple, il est l'union intime et indissoluble de deux principes concréés, savoir : la forme, la force, Ventélèchie d'abord; puis, la matière première qui n'est autre chose que cette puissance passive d'où naît l'inertie, comme l'entéléchie est la puissance active. Puisque l'entéléchie est force, et qu'il est de l'essence de la force d'agir, elle n'est jamais dans un absolu repos: les expériences de Boyle le prouvent d'ailleurs; donc, flic est vivante. A l'action interne qui a son principe dans la monade, réjpond, en vertu de l'harmonie préétablie, l'action externe des autres monades. Or, celle correspondance de l'externe

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