‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 18 sur 117 · I. Epis là Wagm nm j 6 p 167, éd. Erdm · texte numérisé non relu

I. Epis là Wagm nm j 6 p 167, éd. Erdm

INTRODUCTION xlvii

et de l'interne, cette représentation de l'externe dans l'interne, du composé dans le simple, de la multitude dans l'unité, constitue la perception. Maine de Biran a justement remarqué que cette prétendue perception de la monade ne se peut comprendre que comme une pure dénomination extrinsèque, et non comme une qualité de la monade elle-même, laquelle représente l'univers et en est, si l'on veut, le miroir vivant, mais seulement pour l'intelligence supérieure qui sait y lire. Le secret de celte méprise n'est-il pas dans une faute psychologique de Leibniz, qui admet sur la foi d'un raisonnement que Pâme humaine a des perceptions sans conscience, comme si la conscience n'était pas l'inséparable mode de tout fait intellectuel, comme si l'abstraction de la conscience n'entraînail pas la destruction même du fait ? Quoi qu'il en soit, la monade de Leibniz est clouée d'action, de perception et par conséquent d'appétit, puisque l'appétit n'esl que la tendance, le conatus pour passer d'un acte à un autre, d'une perception a une perception différente.

Le corps composé est un agrégat de monades : il y a dan-- chacun une infinité réelle de simples, et il n'est aucune partie ou partie de partie qui n'en contienne à l'infini. La connexion de tous les mouvements conspirants des monades simples qui forment le composé, c'est ce qui fait la cohésion; car la séparation ne peut se faire sans qu'il en résulte une certaine perturbation des mouvements, à laquelle il s'oppose toujours quelque résistance. L'agrégation des monades est-elle maintenue par quelque lien substantiel, par un vinculum substantielle, qui donnerait à la matière seconde une sorte d'unité réelle, différente de l'unité physique, de celle d'un tas de pierres par exemple? Si oui, quelle est la nature de ce lien? Si non, les corps ne sont, comme chez Platon, que de pUrs phénomènes. Nous renvoyons sur ces questions à la curieuse correspondance de Leibniz avec le P. Desboss,^.

La plante, l'animal, l'être organique en un mot est un agrégat de monades substantifié [substantiatum) où il y a une monade dominante. Celte monade dominante n'est pas invariablement attachée à la même portion de matière seconde ; celle-ci au contraire s'écoule perpétuellement comme un fleuve : elle change, augmente et diminue; au milieu de ces changements, l'animal persiste, tou-

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jours lié à quelque corps organique ; sa mort apparente n'est que l'enveloppement ou la diminution de ses organes, comme sa naissance n'a été que leur accroissement ou leur développement. L'animal développé contient en lui une infinité de germes , animalcules déjà organiques, qui viendront à la naissance, quand leur jour aura lui, et qui sont ce qu'était dans les semences celui-là même qui les contient aujourd'hui, attaché à un corps, mais invisible par sa ténuité. L'animal marque une forme de l'existence supérieure à la forme précédente ; il possède une àme dans un sens plus vrai que la monade pure, et vit d'une espèce de vie plus noble, la vie sensitive. A la faculté de percevoir, s'ajoute en effet la faculté de sentir, qui suppose Y attention et la mémoire, et qui constitue une sorte d'intelligence empirique, la seule même dont quelques hommes se servent. Et c'est ici surtout que devient manifeste le vice de la philosophie cartésienne et la supériorité des hypothèses nouvelles : déjà démentie par les raisons, celle-là, en refusant toute espèce d'àme aux animaux, s'oppose de plus ici aux croyances du sens commun.

Nous voilà donc graduellement, et sans franchir aucun intermédiaire, revenus jusqu'à l'homme. A la perception et à l'appétit qui est déjà dans la monade simple, premier élément de toute matière, ajoutez la mémoire, l'attention, le sentiment, et, d'un mot, Y expérience, voilà l'animal : à l'expérience, ajoutez encore la raison , qui est la faculté de concevoir les vérités universelles et d'en tirer des conséquences, et, de plus, que toutes ces facultés se redoublent dans Yaperception de la conscience , qui est notre exclusif privilège, voilà l'homme. La conscience et la raison sont ses titres : par elles, il entre en société avec Dieu et devient citoyen de la république des esprits ; par elles aussi , capable de conserver dans la vie future le souvenir de la vie actuelle, il est destiné à cette immortalité morale qui est la vraie, immortalité de bonheur pour l'homme juste et de maux pour le méchant. Tandis que l'animal, destitué de la conscience, est seulement indestructible, mais non immortel.

Un pas de plus, et nous voici à Dieu ; nous voici introduits dans cet admirable livre, le plus savant, le plus beau, et, ce qui vaut mieux, le plus sensé (pion ait écrit sur le plus grand sujet qui

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puisse occuper l'esprit humain , nous voulons parler de la Théodicée de Leibniz , qu'il faut renoncer à analyser, parce que nul effort d'analyse ne réussirait à rendre la salutaire impression de ses beautés ou à extraire le suc abondant de cette fortifiante nourriture.

Le principe de la raison suffisante nous élève à Dieu : « il est » la première raison des choses, car celles qui sont bornées, comme » tout ce que nous voyons et expérimentons, sont contingentes et » n'ont rien en elles qui rende leur existence nécessaire. Il faut » donc chercher la raison de l'existence du monde , qui est l'as- « semblage entier des choses contingentes, et il faut la chercher » dans la substance cpii porte la raison de son existence avec elle, » et laquelle, par conséquent, est nécessaire et éternelle. » Puis, Dieu conçu par la raison comme l'être absolu et infini, c'est la connaissance de nous-mêmes, c'est encore la notion de notre propre nature qui en complète, et, pour ainsi dire, en remplit l'idée ; ses attributs, ce sont les nôtres élevés à l'infinité, et, par conséquent, de nos attributs ceux-là seulement qui ne se détruisent pas par l'infinitude. « Pour l'aimer, il suffit d'en envisager les perfections, » ce qui est aisé, parce que nous trouvons en nous leurs idées. Les » perfections de Dieu sont celles de nos âmes, mais il les possède « sans bornes : il est un océan dont nous n'avons reçu que des » gouttes ; il y a en nous quelque puissance, quelque connaissance, » quelque bonté, mais elles sont tout entières en Dieu. L'ordre, » les proportions, l'harmonie nous enchantent : la peinture et la » musique en sont des échantillons. Dieu est tout ordre ; il garde » toujours la justesse des proportions, il fait l'harmonie univer- » selle : toute la beauté est un épanchement de ses rayons. »

Dieu est donc intelligence : « car ce monde qui existe étant con- » tingent, et une infinité d'autres mondes étant également possibles » et également prétendants à l'existence, pour ainsi dire, il faut » que la cause du monde ait eu égard ou relation à tous ces » mondes possibles pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport » d'une substance existante à de simples possibilités ne peut être » autre chose que l'entendement, qui en a les idées. » Son entendement est la région des vérités éternelles, et ce que l'esprit borné de l'homme en conçoit trouve ainsi en Dieu la raison de son absolue et universelle vérité. Le géomètre, combinant et mesurant les

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