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possibles, par là s'assimile à Dieu et devient comme le confident de ses secrets.
Dieu est puissant : car entre les mondes possibles il en a déterminé un, et cela ne peut être autre cliose que l'acte de la volonté qui choisit. Et c'est la puissance de celte substance qui en rend la volonté efficace. Sa puissance est infinie; et, tandis que, dans toutes les substances créées, il n'y a que des actions mêlées de passions, point de force active sans matière, Dieu est un acte pur.
II agit librement, mais sagement ; son choix est infaillible, certain, déterminé, parce que sa sagesse, qui le dicte, est infaillible ellemême ; mais il ne laisse pas d'être libre. Dans sa sagesse est la raison de l'harmonie des lois de la nature, comme dans sa liberté la racine de leur contingence. Donc, ni son intelligence ne limite sa liberté, et ce n'est pas être assujetti à l'absurde fatum de Sraton et de Spinosa que voir certainement le bien et certainement aussi le pratiquer ; ni sa liberté ne va contre sa sagesse ou sa justice, et c'est en faire un tyran que de prétendre qu'il agit sans raison et par caprice ; que la justice qu'il a instituée parmi les hommes est arbitraire, ou, qu'étant la même pour lui que pour nous, il la viole quand bon lui semble, et la respecte quand il lui plaît. La justice et la vérité sont les mêmes en Dieu et dans l'esprit des hommes qui participent de loin a son intelligence : Dieu ne va pas contre elles, parce que ce serait aller contre sa nature.
« La puissance de Dieu va à Mite , la sagesse ou l'entendement « au irai, et la volonté au bien. Et celle cause intelligente doit » être infinie de toutes les manières et absolument parfaite en » puissance, en sagesse, en bonté. Et comme tout est lié, il n'y a » pas lieu d'en admettre plus d'une. Son entendement est la source » des essences, et sa volonté est l'origine des existences. Voilà en » peu de mots la preuve d'un Dieu unique, avec ses perfections, » et, par lui, l'origine des choses. »
Ainsi, le procédé de Leibniz , dans la fkèoâic&ê, est le même que partout : c'est la raison, c'est l'entendement qui donne Dieu et son infinité; elle le donne, a priori, cl cette preuve de son existence en est la preuve unique et suffisante. Contestez-la, et Dieu est nié. L'expérience ne donne que le fini ; et du fini aucun effort de logique ne saurait faire sortir l'infini. L'athéisme, ou un anthropo-
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morphisme mesquin et ridicule qui ne vaut pas mieux, est la seule théodicée légitime et conséquente de l'empirisme.
Dieu conçu, ses attributs posés, sa providence comprise, l'optimisme s'ensuit, comme la conséquence la plus rigoureuse du plus absolu principe. « Or, cette suprême sagesse, jointe à une bonté qui n'est pas moins infinie qu'elle, n'a pu manquer de choisir le meilleur. » Donc, tout est dans l'ouvrage de Dieu le mieux fait et le mieux gouverné qu'il se puisse ; tout est bien, et ce monde est le meilleur des mondes, comme Dieu est le meilleur des maîtres. Voilà la vérité, la vérité certaine et sans exception; l'expérience bien dirigée la justifie. Dans ce monde, le savant découvre de ravissantes harmonies, qui élèvent sa pensée vers Dieu et lui en font mieux connaître la sagesse; et, en se considérant lui-même et ses semblables, l'homme trouve dans son excellente nature des motifs d'aimer le Créateur pour sa bonté, autant qu'il l'admire pour sa grandeur, et, s'il est juste, il adorera cette providence qui lui a assigné le plus beau rôle sur la terre, et qui a promis à sa vertu une immortalité de bonheur. Que si maintenant, au milieu de cette harmonie sublime, les faibles yeux de l'homme lui semblent découvrir quelques imperfections; si dans cette cité de Dieu, dans ce parfait état, administré par le meilleur des monarques, il lui parait quelquefois qu'il y a moins de vertu qu'il ne se pourrait, moins de bonheur que son ambition n'en désire, des crimes sans châtiments et de bonnes actions sans récompenses proportionnées, ira-t-il, préférant son jugement borné à la sagesse de Dieu, l'accuser audacieusement de méchanceté et d'impuissance? Opposerat-il au témoignage clair el direct de l'entendement la petite étendue de ses expériences? Mettra-t-il l'apparent au-dessus du réel, et les incertaines dépositions de ses sens au-dessus des universelles vérités de la raison? Assurément, ce serait volontairement accepter la pire de toutes les folies. Que l'homme cherche donc , et qu'il regarde encore; qu'il essaie, s'il le peut, de résoudre celle apparente contradiction du fait avec le droit, de l'expérience avec la raison , qu'il fasse comme le physiologiste , qui , assuré de ne trouver aucun organe inutile, cherche sans se lasser le but et la fonction de chacun, et, s'il ne la démêle tout d'abord, poursuit avec .opiniâtreté sa recherche infructueuse, comme persuadé que
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l'expérience, lui montrant un organe sans destination, ne doit pas prévaloir contre la raison, lui imposant de croire qu'il en a une et que celte destination est bonne. Et si , après tous ses efforts pour concilier la sagesse divine avec l'apparent désordre du monde, la providence et la bonté de Dieu avec les troubles apparents euxmêmes de la république des esprits, l'obscurité demeure, qu'il confesse son ignorance et qu'il se contente d'attribuer à la faiblesse trop bien connue, trop souvent éprouvée de son esprit fini, l'impuissance où il est de pénétrer le mystère. « Tous les inconvénients » el toutes les objections ne peuvent faire qu'on ne doive croire » raisonnablement, quand même on ne le saurait pas démonstra- « livement, qu'il n'y a rien de si élevé que la sagesse de Dieu, » rien de si juste que ses jugements, rien de si pur que sa sain- » lelé, et rien de plus immense que sa bonté. »
Maintenant, les objections peuvent venir; d'avance, elles sont déclarées nulles et de nulle valeur. C'est le devoir du philosophe de les peser et, s'il le peut, de les résoudre; mais si quelques-unes déconcertent son esprit et résistent à tous ses efforts, c'est son devoir aussi de se résigner et d'attendre une plus pure lumière qui ne luira à ses yeux qu'après cette vie. Leibniz a-t-il toujours réussi ù dénouer les sophismes de Bayle? a-t-il toujours triomphé de l'éternelle objection du mal ? Il le croit, mais il nous est permis d'en douter; et si les limites de cette préface le permettaient, nous oserions contester quelques-unes de ses réponses. Feut-èlre que leur faiblesse s'expliquerait aisément par l'obscurité dans laquelle est resté ce grand esprit sur la véritable destinée de l'homme ici-bas: le mal est une invincible objection contre la doctrine qui place dans le bonheur la fin de l'humanité sur celte terre; il est une nécessité pour le système qui la fait consister dans le mérite obtenu par le sacrifice, et à créer sa personnalité par la lutte et le travail, en dépit de tous les obstacles, au mépris de toutes les douleurs! Et si Leibniz, aveugle sur ce point, comme il a été convaincu de l'être sur le fait de la liberté, identifie la sagesse avec la science du bonheur ', comment aurait-il aperçu la vraie raison du mal, du mal
1. Voy. De notionibus juris et justiti», p. 118, éd. lïrdm. Comp. de vita beala, p. " i. ibid., el Lettre à Hanschius sur le platonisme , p. \ 16,